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 Darcos, ministre de quoi déjà ?

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MessageSujet: Darcos, ministre de quoi déjà ?   Mer 25 Juin 2008 - 9:46

Reçu ça ce matin d'un petit groupe d'éditeurs amis ; livré tel quel :

La méthode Darcos

À l'heure où « notre » ministre de l'éducation nationale se penche sur les « savoirs fondamentaux » et se plaint de la mauvaise acquisition des connaissances, il est des plus joyeux - et des plus instructifs - de se pencher sur un petit chef-d'œuvre commis (en commun) par Monsieur Xavier Darcos, à savoir le Manuel d'histoire de littérature du XXe siècle, édité en 1989 chez Hachette dans la collection "Perspectives et confrontations".

Pas encore nommé au poste d'Inspecteur général de l'Education nationale, Monsieur Darcos, professeur agrégé de lettres classiques, enseignait alors auprès des classes préparatoires littéraires au Lycée Louis-le-Grand, et c'est à ce titre qu'il prit la direction de la rédaction de ce manuel d'histoire littéraire qui, s'il n'est certes pas destiné à connaître une grande postérité, mérite, cependant, de figurer en bonne place dans toutes les bibliothèques d'ouvrages comiques.

Ainsi, page 64, dans la petite notice de présentation consacrée au poète Max Jacob, on peut lire : « Max Jacob (1876-1944) futur surréaliste et futur moine, après sa conversion spectaculaire de 1909... »

Outre le fait que les deux états « futurs » du poète paraissent irrémédiablement incompatibles, on aimerait rappeler au « futur ministre de l'éducation » que l'habit ne fait pas le moine et que si Max Jacob, se retira plusieurs années à Saint-Benoît-sur-Loire, où il vécut une vie de retraite « quasi monastique », ce n'est pas pour autant qu'il porta la bure ni qu'il entra dans les ordres. On aimerait surtout signaler à Monsieur Darcos pour qui surréaliste est certainement un synonyme de « n'importe quoi » ou d'« à peu près » que Max Jacob, en dépit de certaines amitiés, ne fut jamais surréaliste, pas plus qu'il n'écrivit dans aucune des revues du groupe.

Il ne faut pas confondre : le Laboratoire central n'est pas la centrale surréaliste!

Mais cela ne fait que commencer :

Page 82, c'est au tour du dada Tristan Tzara, bien connu pour ses pirouettes et ses virevoltes, d'en subir une involontaire sous la plume - décidément bien documentée - de monsieur Darcos. On apprend ainsi que : « c'est autour de Tristan Tzara (Samuel Rosenstock 1896-1963), révolutionnaire allemand émigré (sic !!!!) » que s'organisent les premières séances du Cabaret Voltaire.

Sûr que le jeune Tzara-Rosenstock, né à Moinestri en Roumanie, aurait aimé ce nouveau pied de nez qui le fait d'un coup devenir Allemand, mais de là à en faire « un révolutionnaire émigré », c'est Vladimir Illitch, son voisin de la Spielgelstrasse à Zürich, qui aurait été content de l'apprendre !

Et le festival du rire continue.

Page 84, on apprend ainsi qu'à l'arrivée de Tzara à Paris, en 1920, « les surréalistes, groupés autour d'André Breton, [ ...] tout en vouant un amour enthousiaste au "père-fondateur" (sic), dénoncent déjà les méfaits d'un certain nihilisme intellectuel.... »

Et même si n'est qu'à partir de 1921 (Procès Barrès) et surtout 1922 (histoire du « Congrès de Paris » et publication de « Lâchez-tout ! ») que Breton se détacha de Dada, on est heureux de savoir que, dès 1920, celui-ci et ses amis étaient déjà les surréalistes qu'ils ne deviendront nominalement que quatre ans plus tard.

Mais à quoi bon s'encombrer de chronologie, de dates, d'exactitude, de faits... quand Monsieur Darcos peut écrire, dans la notice consacrée à André Breton, page 87, que celui-ci était un « lecteur de Rimbaud, de Lautréamont, un ami de Jarry et d'Apollinaire... ».

Il est vrai qu'il s'agit là d'une histoire du XXe siècle, et que Monsieur Darcos, n'ayant pas eu le temps de bien revoir ses fiches, n'a certainement pas mesuré qu'Alfred Jarry étant mort en 1907, il aurait eu pour ami un André Breton, âgé tout au plus de 11 ans... pour quelqu'un qui confessait ne pas aimer les enfants !!!

Tout le reste (et il y a 495 pages ) est de la même teneur comique. Il semble donc que ce soit en parfaite connaissance de cause que Monsieur Darcos fustige le manque de connaissances fondamentales des élèves, puisque c'est lui et ses méthodes qui ont formé une bonne partie des élites de la Nation. Allez savoir, ceci expliquant peut-être cela.

Eh oui, l'histoire de la littérature est parfois cruelle, c'est comme pour la conjugaison du passé antérieur ou l'utilisation de la règle de trois, cela exige aussi quelques « savoirs fondamentaux ».
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