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 Renaud Camus

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MessageSujet: Renaud Camus   Jeu 21 Déc 2006 - 9:21

Juste un petit extrait d'un texte de Renaud Camus que je trouve très pertinent....

Une bonne chose qui restera de la pénible "affaire Finkielkraut", c'est l'heureuse expression de Finkielkraut lui-même selon laquelle l'antiracisme serait - sera, est déjà, sans doute - «le communisme du XXIe siècle». Cette métaphore polémique je la trouve pour ma part extrêmement éclairante et féconde, et j'en suis très reconnaissant à son auteur, comme de nombreux autres bienfaits.

Que comparaison ne soit pas raison, maintenant... Un de mes amis prétend être le seul usager de la langue française à savoir encore ce que veut dire le verbe comparer ; et il s'insurge chaque fois contre la tournure « on ne peut pas comparer ceci et cela ». À son avis, on peut tout comparer, puisque comparer n'est en aucune façon assimiler. Je doute fort que Finkielkraut ait voulu dire que l'antiracisme est à présent, pour nous, la même chose exactement que ce qu'était le communisme au siècle dernier. Son idée, si je puis présumer d'en juger, c'est plutôt que l'antiracisme, par rapport à notre XXIe siècle, est dans la même situation que l'était le communisme par rapport au XXe siècle ; qu'il joue le même rôle ; que sa fonction historique est semblable ; que son influence, ses capacités d'action, sa prégnance parmi les discours et dans le profond des consciences, sont du même ordre de grandeur.

Une première différence, toutefois, et elle est de taille, c'est que l'antiracisme, qu'on sache, n'a pas de goulag. Et si l'on a pu parler, assez légitimement à mon sens, de l'espèce de terreur qu'il faisait régner, cette terreur, il faut le reconnaître, n'emprisonne que rarement (et pas toujours à tort, d'ailleurs), elle ne torture pas, à ma connaissance, et jusqu'à présent elle n'a tué qu'assez peu de monde, sauf en quelques justes guerres. En revanche elle détruit des vies, comme l'autre, elle brise des carrières, elle met des existences entières sous le boisseau : existences d'individus, bien sûr, et cela en grande quantité ; existences de peuples, aussi bien.

On pourrait dire que le communisme a été au pouvoir, qu'il a été le nom de certains régimes, du système en place en de nombreux États ; et que ce n'est pas le cas de l'antiracisme. On pourrait dire le contraire exactement, avec autant de pertinence si ce n'est davantage. Je ne sache pas, c'est vrai, qu'il y ait de régimes qui pour toute raison sociale se proclament antiracistes dans leur intitulé même ; mais l'immense majorité des régimes existants se présentent néanmoins comme tels, antiracistes, même s'ils ne le sont pas toujours - après tout les régimes communistes, eux aussi, n'avaient souvent de communiste que le nom. Et l'antiracisme est hautement revendiqué par toutes les institutions internationales à caractère planétaire, qui l'ont inscrit noir sur blanc au fronton de leurs temples et dans leurs textes fondamentaux, de sorte qu'il dit le droit sous lequel nous vivons tous, plus ou moins directement, que tous les États de la terre lui sont soumis, en théorie, et qu'il n'est pas jusqu'à la Suisse qui ne se puisse voir tancée en son nom, comme on le constate aujourd'hui même. Le communisme, heureusement, n'est jamais parvenu à s'imposer à pareille échelle. Entre les deux parties à notre comparaison les états de service ne sont pas tout à fait de même nature, sans doute, mais ils sont de retentissement et de poids tout à fait approchants.

Dans le tableau balancé auquel j'essaie de me livrer, tout est une question d'échelle, justement. Tout dépend du niveau auquel on se situe. Si l'on choisit de se placer au niveau de la France, par exemple, on observe que le communisme n'a jamais gouverné ce pays, tandis que l'antiracisme, au contraire, s'y trouve depuis plusieurs décennies aux affaires ; mieux, il y est une espèce de religion d'État, le plus sacré et pratiquement le seul, le dernier, de tous les dogmes institués, l'ultime objet de la transmission scolaire, celui auquel on s'accroche entre tous alors que la plupart des autres se sont depuis longtemps perdus en chemin.

Certes le communisme, même dans notre pays que jamais il n'a gouverné seul, fut un appareil très puissant, capable de prendre en main, du berceau à la tombe, le destin de centaines de milliers d'individus ; mais cela seulement en de certaines municipalités, et dans les larges zones qu'ensemble constituaient ces communes souvent attenantes. L'antiracisme, lui, tient très officiellement en main la République elle-même à chacun de ses paliers de décision, et en toute occasion elle se targue hautement de lui être soumise. Il est une formidable machine à pourvoir des places, des sièges, des pensions, des honneurs et des sinécures. D'une part il ne tient qu'à lui de hâter les carrières et de distribuer des avantages, des prébendes, des chaires, des postes, des fauteuils, des subventions, des jetons de présence, des expositions, des publications et des candidatures "en situation éligible" : cela bien plus que ne fut jamais capable de le faire le communisme, qui ***** n'avait pas la maîtrise, à pareille échelle, de semblables leviers de commande. D'autre part il a tout loisir, et il ne s'en prive pas, d'exclure, de briser à tort ou à raison, de prodiguer menaces et sanctions, d'écarter les suspects, d'autoriser et d'encourager les chasses en meute, de bénir les exécutions.

Le communisme disposait d'un ou deux journaux, de quelques revues influentes mais à la diffusion étroite, de deux ou trois maisons d'éditions, jamais bien vaillantes ; l'antiracisme, lui, règne sur toute la presse sans une seule exception honorable, sur tous les médias, sur toute l'édition courante.

Élément capital, les tribunaux lui sont tout dévoués - ce qu'ils ne furent jamais au communisme-, et jugent entièrement selon ses préceptes, pour ne pas dire ses instructions.

Un point commun essentiel, commun au moins diachroniquement, c'est que ces deux idéologies, au moins à l'orée de leurs époques respectives de plus grande extension, se présentent l'une et l'autre comme éminemment sympathiques, au point de pouvoir passer bien plus pour des morales que pour des idéologies. Mieux, elles ont pu passer toutes les deux - mais l'antiracisme bien plus encore et avec beaucoup plus de force de conviction que le communisme - pour détentrices exclusives de la force morale, objet celle-ci d'une véritable confusion avec elles, d'une coïncidence rigoureuse avec leurs discours et leurs positions. C'est un aspect capital, dans un cas comme dans l'autre : il leur permet en effet d'avoir non pas des adversaires, avec lesquels on peut débattre calmement, mais seulement des ennemis irréconciliables, qu'on ne peut souhaiter que d'abattre. Conséquence inattendue, il leur en échoit - mais encore une fois à l'antiracisme bien plus qu'au défunt communisme - une sorte de monopole de la haine, un droit exclusif à l'exécration vomitoire : passions que par tradition interne elles dénoncent incessamment chez leurs opposants (ou chez ceux qu'elles choisissent de considérer comme tels), mais qui avec le temps les ravagent elles-mêmes bien plus qu'elles ne font ces derniers.

«Tout anticommuniste est un chien», selon la parole fameuse. Tout anti-antiraciste est un pitbull, un pis que chien, un moins que chien, une hyène, une larve, la Bête immonde.

L'anticommuniste était un monstre parce que d'un c½ur léger il s'accommodait de la misère du peuple et profitait de son exploitation. Il n'avait pas l'intention de lever le petit doigt pour mettre fin à l'injustice sociale, sur laquelle reposait le pouvoir de sa classe ou sa propre jouissance, sinon les deux. Mieux, ou pis, il luttait pour que cette injustice se perpétue. De toute évidence ne pouvaient l'inspirer que la soif du mal, la méchanceté pure, le désir de nuire, la délectation infâme au malheur et à l'humiliation d'autrui - au mieux un criminel aveuglement, une inconscience répugnante, mortelle pour les autres, et dont on ne pouvait qu'espérer qu'elle finirait par être mortelle également pour lui-même.

S'agissant de l'anti-antiraciste c'est encore plus simple, encore plus net, encore plus abject. Il faut dire d'abord qu'il n'est pas anti-antiraciste, évidemment : ce serait lui faire bien trop d'honneur que de le nommer de la sorte ; il est tout simplement raciste. Et bien sûr, à quelques rares exceptions près (âmes perdues qui n'ont plus rien à perdre), personne ne veut être raciste - de sorte que l'antiracisme n'a pour ainsi dire pas d'ennemis qui aient le front de s'assumer comme tels. Aussi a-t-il l'habitude, comme jadis le communisme, surtout le communisme au pouvoir (en particulier dans les démocraties populaires) de considérer comme adversaires, par défaut (car il a grand besoin d'adversaires, qui sont sa nourriture même), tous ceux qui, à son gré, ne donnent pas suffisamment de témoignages et de preuves d'enthousiaste adhésion à ses thèses. L'ennui est qu'il faut sans cesse augmenter les doses ; d'où cette impression de discours somnanbule, que donne le babil national, et qui amuse si fort à l'étranger, sauf nos amis, qu'il désole : on croirait que tout l'esprit de la défunte récitation d'enseignement primaire est venu se réfugier là.

Renaud Camus

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MessageSujet: Re: Renaud Camus   Jeu 21 Déc 2006 - 10:09

Du Renaud Camus... faut avoir le temps de lire :)

A retenir particulièrment la principale différenciation entre une lutte politique classique et une lutte contre un "anti-raciste" :

Citation :
(..)Et bien sûr, à quelques rares exceptions près (âmes perdues qui n'ont plus rien à perdre), personne ne veut être raciste - de sorte que l'antiracisme n'a pour ainsi dire pas d'ennemis qui aient le front de s'assumer comme tels. Aussi a-t-il l'habitude, comme jadis le communisme, surtout le communisme au pouvoir (en particulier dans les démocraties populaires) de considérer comme adversaires, par défaut (car il a grand besoin d'adversaires, qui sont sa nourriture même), tous ceux qui, à son gré, ne donnent pas suffisamment de témoignages et de preuves d'enthousiaste adhésion à ses thèses. L'ennui est qu'il faut sans cesse augmenter les doses ;(..)

Au final, faut-il en conclure que l'anti-racisme en est arrivé à un stade de puissance telle pour que personne n'ose se revendiquer du contraire ?
Mais c'est vrai que de toute l'histoire des idéaux politiques, c'est le seul qui ne souffre d'aucune contradiction publique et autorisée. Si contradiction il y a, l'orateur qui brave l'anti-racisme devra au préalable abjurer publiquement qu'il n'est animé d'aucun sentiments racistes... ?!
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MessageSujet: Re: Renaud Camus   Jeu 21 Déc 2006 - 12:30

Steve-O a écrit:

Qu'est ce que vous en pensez ?

Pour décoder ce fatras essentialiste, il en faut du courage. Bravo à toi, si tu as pu t'y retrouver.
Personnellement, la comparaison de deux concepts si éloignés historiquement me laisse froid.

Quant à la conclusion : le parralèle communisme/anti-racisme s'envole comme par magie vers une dialectique anti-communiste/anti-raciste.
J'ai du rêver là ...
scratch

Parce que si on reste dans les totalitarismes, fascime/anti-racisme me semblait plus indiqué.
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MessageSujet: Re: Renaud Camus   Jeu 21 Déc 2006 - 18:57

Moi j'aime bien Renaud Camus parce qu'au contraire je trouve sa prose (ok je l'accorde un peu complexe) mais sa dialectique assez simple à suivre....

Pour l'antiracisme occuperait la place du communisme dans la Guerre Froide... L'ennemi autour duquel tout se crystallise, tout se pense....

Citation :
Quant à la conclusion : le parralèle communisme/anti-racisme s'envole comme par magie vers une dialectique anti-communiste/anti-raciste.
J'ai du rêver là ...

En fait je crois plutôt qu'il fait un double retournement... l'anti-racisme comparé à l'anti-communisme n'est finalement qu'un racisme de plus....



Citation :
Au final, faut-il en conclure que l'anti-racisme en est arrivé à un stade de puissance telle pour que personne n'ose se revendiquer du contraire ?
Mais c'est vrai que de toute l'histoire des idéaux politiques, c'est le seul qui ne souffre d'aucune contradiction publique et autorisée. Si contradiction il y a, l'orateur qui brave l'anti-racisme devra au préalable abjurer publiquement qu'il n'est animé d'aucun sentiments racistes... ?!

C'est l'un des principaux problèmes de Soral qui est exprimé là.... Il ne peut parler des problèmes sans se disculper avant de n'être ni raciste ni antisemite, ni quoi d'autres.... C'est une peu une sorte de soumission à l'idée d'attaquer tout en faisant attention de ne pas se faire considérer comme raciste....

Là où c'est interessant c'est qu'Alain en rejoignant le FN (peu importe les raisons qu'elles soient bonnes ou mauvaises) a cassé cette logique... Il s'affiche au côté d'un partie qualifié de raciste et se permet d'attaquer les problèmes de tous poils...
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MessageSujet: Re: Renaud Camus   Ven 22 Déc 2006 - 16:29

Je trouves que le paralelle est interessant , mais pas tres coherent . Le communisme est une ideologie qui n a pas grand chose de comparable avec l anti-racisme , et puis qu est ce que c est l anti-racisme de toute facon ?

Ce n est pas un mouvement politique , pas une ideologie , c est juste l assomption que si on est pas raciste ou xenophobe on est antiraciste .

Mais etre raciste ce n est pas exactement la meme chose que d etre xenophobe.

Est ce qu il existe encore des gens qui croient en une hierarchie des ethnies , a la superiorite biologique des blancs sur les jaunes ou quelque chose du genre ? Sans doute que ca existe mais je ne penses pas avoir jamais connu de personnes ayant foi en ce genre des theses , meme si les idees ont pu les effleures .

Maintenant en ce qui concerne la xenophobie , on peut tout a fait constater qu elle est exploite politiquement un peu partout sur la planete , selon les interets en jeu .

On peut meme dire que selon certaines variations conjoncturelle, la xenophobie progresse ou regresse parmi les populations humaines .

Autant il est facile de condamner le racisme je penses , car l essence meme du concept semble au regard de l histoire , absurde en un certain sens.

Autant il est difficile de condamner categoriquement la xenophobie , qui est la peur de l etranger , la peur de ce qu on ne connait pas .

Comment en vouloir aux gens de ne pas aimer l inconnu ?

J avoues moi meme avoir un peu peur des gens que je ne comprends pas , des cultures qui me sont totalement etrangeres.

Mais je dois avouer que ca ne m empeche pas pour autant de croire en une grande fraternite des hommes , unis par la mondialisation, par l interdependace economique, peut etre opposes aux uns aux autres en terme d idee , mais laissant cette opposition s exprimee de facon politique, diplomatique.

Mon souhait serait malgre tout qu une ideologie unificatrice se batisse autour des cendres du communisme et des premisces de la dialectique historique entre le liberalisme et le socialisme.

Pour que triomphe les valeurs de progres , de justice et de solidarite, de perfection etc..., communes aux hommes .
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