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Post mortem nihil est
 
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 Archives tricardiennes

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MessageSujet: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 6:25

Ce message a été écrit sur un autre forum (fermé depuis) le 18 avril 2007. Les anciens membres de ce forum reconnaîtront peut-être la vive plume d'un ancien intervenant. Nous communiquons ces extraits choisis (accompagnés d'autres interventions) à titre documentaire. Ils n'engagent bien sûr que leurs auteurs et nullement ce forum qui suit une démarche toute autre.

Citation :
Intervenant principal, 18 avril 2007

Sujet : L'avenir du populisme

On a prédit pour le FN, sur ce forum, un destin à la Fini, c'est-à-dire une normalisation du FN et son intégration dans le complexe de la droite parlementaire.

Qu'il existe des tendances qui vont dans ce sens, nul n'en doute. Que ces tendances puissent aboutir, c'est ce que je retiens impossible, et je vais essayer de le démontrer.

Le monde qui vient peut se définir comme le lieu de la guerre de tous contre tous, autre façon de dire que la société, en tant que communauté de destin ou lieu de décision politique, aura fait long feu. Désormais l'idéologie libérale réalise son projet, c'est elle qui in-forme les rapports sociaux. La récente tuerie de l'université américaine n'est qu'une illustration particulièrement sanglante de cette évolution, qui concerne aussi bien l'obésité et la dépression de masse que la dégradation du politique en simple gestion des ressources humaines.

Il va se développer, contre ce monde qui vient, une force d'autant plus puissante que sa base sociale sera large. En sera tout individu qui s'estime, à tort ou à raison, mal armé pour affronter son nouvel environnement hostile. C'est cette faiblesse même, qui est d'ordre social et culturel, qui voit son salut dans la re-création d'une communauté politique. Cette force, nous l'appelerons le populisme. Est populiste celui qui veut imposer à la marchandise la volonté du peuple, là où aujourd'hui c'est la marchandise qui fait l'homme à son image (c'est-à-dire une unité interchangeable, mobile et mondiale).

J'affirme maintenant que le Front national, sauf bouleversement imprévu, sera naturellement appelé à représenter cette nouvelle forme sociale, anti-libérale et anti-capitaliste. Il le sera parce que, pour des raisons historiques et idéologiques sur lesquelles je reviendrai peut-être plus tard, la gauche et l'extrême-gauche ne peuvent plus remplir ce rôle.

La comparaison avec l'ex-MSI italien, du sein duquel émerga AN de Fini, est parfaitement incongrue. Là il y avait réellement une place à prendre, étant donné l'effondrement de la vieille DC. En France ce n'est nullement le cas, l'UMP occupant solidement et pour longtemps encore le spectre droitier du champ politique.

Autrement dit le FN, s'il veut augmenter encore, ne pourra évoluer dans d'autres directions que celle du populisme. C'est à la conjonction de l'opportunité et de la nécessité historique que l'on comprend alors toute l'importance d'une figure comme Soral. Ce dernier incarne le populisme comme le Roi pouvait incarner la France.

La réussite du projet populiste aboutira à relativiser le clivage gauche/droite. Celui-ci ne va pas disparaître, comme cela a été régulièrement annoncé, mais plutôt se retrouver lui-même opposé à un autre paradigme méta-politique.

La mondialisation travaille à sa propre ruine. Nous n'avons rien à conserver de ce monde.

Nous attendent des moments formidables.



Dernière édition par MEDIATOR le Lun 10 Mar 2008 - 1:09, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 6:39

Citation :
Intervenant n°2, 18 avril 2007

Deux ouvrages sur le populisme sont sortis récemment :
- "Les populismes" sous la direction de Jean-Pierre Rioux, Tempus 2007
- "L'illusion populiste. Essais sur les démagogies de l'âge démocratique", par Pierre-André Taguieff, 2002, réédition enrichie 2007

Vouloir bâtir un renouveau politique sur le populisme peut s'apparenter à vouloir construire un château sur du sable.

En outre, je doute que, même présenté sous un autre angle, recourir à la vieille ficelle du socialisme national, soit efficace en définitive et surtout soit le devenir du FN. Et ce n'est pas parce que la gauche n'assume plus son rôle que nécessairement d'autres le feront. C'est s'imaginer qu'une solution va apparaître naturellement, par quasiment génération spontanée. C'est surtout fantasmer sur un FN totalement imaginaire, parce qu'un penseur, aussi talentueux que chacun voudra le considérer, est arrivé dans un parti qui n'en a plus en son sein depuis longtemps.

Il ne faut pas s'imaginer qu'il y a une solution, simplement parce qu'il est plus difficile d'accepter qu'actuellement il n'y en a peut-être aucune.

Citation :
Intervenant n°3, 18 avril 2007

Comment on fait et où on se situe quand on est d'accord avec les deux ?

Citation :
Intervenant principal, 18 avril 2007

Citation :
C'est s'imaginer qu'une solution va apparaître naturellement, par quasiment génération spontanée. C'est surtout fantasmer sur un FN totalement imaginaire, parce qu'un penseur, aussi talentueux que chacun voudra le considérer, est arrivé dans un parti qui n'en a plus en son sein depuis longtemps. Il ne faut pas s'imaginer qu'il y a une solution, simplement parce qu'il est plus difficile d'accepter qu'actuellement il n'y en a peut-être aucune.
Ce qui est sûr, c'est que [intervenant n°2] fait partie du problème et non pas de la solution. Le FN a un mérite immense, c'est celui d'exister et d'exister si j'ose dire dans des proportions suffisamment considérables pour que nos "élites" s'en alarment. Voilà par exemple un fait sur lequel vous devriez longuement méditer.

J'espère que vous n'entraînerez pas dans votre aventure personnelle un nombre trop grand de jeunes gens. Je n'aime pas votre médisance, votre application minutieuse à jeter de la merde sur le peu de forces en lesquelles peut encore compter le réalisme politique et révolutionnaire.

Ajoutons encore que le FN, tout accablé qu'il soit de ses nombreuses faiblesses théoriques et humaines, n'en forme pas moins aux yeux des observateurs les plus lucides (je pense à Baudrillard, à Zizek, à Badiou) un parti qui se distingue de tous les autres par sa nature... politique, là où tous les autres ne sont que des gestionnaires.

Il y a donc une solution, elle existe déjà, et bien entendu elle se transforme au contact de son époque. Le FN évolue, il apprend à connaître ce qui sera son chemin. La question n'est pas de savoir s'il y aura assez d'esprits supérieurs au sein de sa direction pour établir le programme révolutionnaire - ce sont les impuissants qui pensent cela, l'histoire se moque de nos rêves et surtout des vôtres qui n'ont même pas les moyens de leur auto-critique. La question bien plus pertinente est de savoir: comment le FN pourrait-il ne pas devenir ce que les "élites" ne veulent absolument pas qu'il devienne, à savoir un tas d'explosif dont pourraient se servir les "perdants de la mondialisation" pour faire sauter tout le système ?

Je dis qu'il doit le devenir parce que c'est sa pente la plus rapide, celle qui est le plus conforme au devenir historique. Néo-libéralisme ou social-démocratie, rien ne change à l'essentiel du programme mondialiste, partant de ses effets sur les populations. La différence avec le schéma marxiste "prolétariat contre bourgeoisie" (ou "travail contre capital") c'est qu'ici la perspective de la guerre sociale n'est plus dans la réalisation des idéaux universalistes et progressistes (l'erreur fondamentale de Marx où celui-ci s'inscrit dans l'horizon de son époque) mais dans le recouvrement des formes de souveraineté populaire, dans le projet démocratique radical revendiqué par les communautés humaines.

Toute la propagande contemporaine vise, de façon consciente ou non, à inscrire la formation de l'entité révolutionnaire populiste dans le cadre idéologique du siècle passé. Cela n'est pas simplement de la "diabolisation", il s'agit surtout d'éviter que les populistes eux-mêmes prennent conscience de ce qu'ils sont. Le populiste est le rebelle des temps post-modernes, il impose une valeur, le Peuple, dans un désert nihiliste d'où toutes les valeurs ont disparu.

Et votre critique militante, malintentionnée, ne contribue nullement à ce travail de conscience. C'est ici que se pose toute la bêtise de votre égotisme. Ne vous croyez pas obligé d'intervenir dans cette discussion.


Dernière édition par MEDIATOR le Mar 4 Mar 2008 - 6:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 6:42

Citation :
Intervenant n°4, 18 avril 2007

Aha, ce vieux [Intervenant principal] ! quand il revient, c'est pas pour des clopinettes.

Deux remarques rapides. Le peuple que suppose ce populisme, il n'existe pas (encore). Tel que tu le décris, il est virtuel ; réellement, il est éclaté, atomisé et n'a de base commune que sa pétoche alimentaire (emploi) ou sécuritaire (délinquance et criminalité). Ce n'est pas une base suffisante, parce que ces problèmes sont déjà pris en compte (mal) et traités (encore plus mal) par les partis de gouvernement. Les bobo de gogoche et les réacs sans burnes UMP en ont encore pour longtemps avant de comprendre à quel point leurs partis respectifs se sont foutus (et se foutent) de leur gueule. Ou alors, pour accélérer le bin's, il faudrait que la situation socio-économique empire dans des proportions exceptionnelles et rapides.

Ensuite, si le FN veut pouvoir catalyser durablement ce mouvement anti-libéral, il va lui falloir se dépouiller des scories crypto-racistes ou nazebroques qu'il traîne aux guêtres comme d'énooormes boulets. Vraiment fatals, les boulets : Le Pen n'a pas été mauvais ce matin, chez le beauf Bourdin sur RMC ; mais les auditeurs ont réagi en disant « ouais, il a raison gnagna mais bon quand même, il a dit "le détail", il a dit "l'occupation allemande pas méchante", donc on peut pas le laisser prendre le pouvoir, ça serait pas sérieux ma bonne dame, on a sa dignité hein, vous pensez bien. »

Citation :
Intervenant principal n°5, 18 avril 2007

J'ai suffisamment critiqué sur des points particuliers [Intervenant principal] en d'autres lieux du forum pour me permettre de dire ceci : l'analyse qu'il fait plus haut me paraît difficilement contestable. Qu'elle ne puisse pas être comprise par un grand nombre est une autre question.

Citation :
Intervenant principal, 23 avril 2007

Suite à son échec de hier soir, le Pen s'est laissé aller à dire qu'il s'était trompé, que les Français ne sont pas si mécontents, qu'au fond ils ne le méritent pas. Le bateau coule mais les passagers veulent couler avec. A quoi bon le sacrifice du capitaine, dans ce cas ? C'est dire une connerie pour exprimer un vrai découragement. Mais en même temps qu'il se décourage, le président du FN évite aussi de mesurer sa part de responsabilité.

Car les Français sont mécontents, et ce qu'il leur aura manqué, une fois encore, c'est une formation politique apte à structurer ce mécontentement, à le politiser, à l'inscrire dans une volonté programmatique de changement. Trop longtemps le FN s'est contenté d'agiter quelques affects, pas forcément les meilleurs. La réprobation des bien-pensants donnait à ce petit manège des airs de subversion. Mais il aura suffit que le candidat UMP s'invite pour un tour de carrousel, et voilà que s'évapore subitement le charme des zones limites de la démocratie parlementaire. Retour au bercail, la droite est de nouveau de droite.

Comme la mer qui se retire, le volte-face d'une partie de l'électorat frontiste découvre ce que nous autres savions déjà - à savoir la misère humaine de ce parti, tout vampirisé qu'il est par la personne de son chef et la clique qui gravite là-autour. C'est cette nullité humaine qui se reflète également dans la vacuité du discours, le fait que celui-ci invariablement se construise autour du rejet de la perspective future, du refus de l'avenir. Je pense à l'Europe, à l'identité, au fédéralisme.

Le FN d'aujourd'hui parle directement à des millions de Français qui de par leur condition sociale auraient vocation à s'engager dans une opposition frontale au système. Car ce sont des pauvres, des miséreux, des dominés, que la moralisation du capitalisme condamne au silence et à l'invisibilité sociale. Que la droite soit de droite ne signifie jamais que l'éloignement des classes plus embourgeoisées, individualistes et craintives. N'auront pas voté FN, cette fois, les petits commerçants, ceux des pavillons, ceux qui pensent que quand même, "soyons raisonnables". Ces classes n'ont jamais, historiquement, formé quoi que ce soit de solide et viable. Elles forment de bien mauvais matériaux, les travailler serait vain, laissons-les fuir vers les candidats de la bourgeoisie. Regardons plutôt aux classes populaires, car elles existent et sont nombreuses. Plus jeunes, plus violentes, elles se lanceront dans la bagarre sans la culpabilité qu'éprouve l'épicier de se donner aux idées plutôt qu'au commerce.

Le mécontentement diffus doit donc se dépasser pour accéder à un terrain politique. On ne change pas un système parce qu'il nous mécontente, parce que les moutons ne sont pas bien gardés. On le change quand il fait honte au projet que l'on a formé pour lui. D'une manière confuse, ce sentiment de honte est partagé par de larges secteurs de la population. Il faut maintenant lui donner les moyens de se dire et de se représenter à l'esprit des Français.

Cela ne peut correspondre en aucun cas à la fumeuse vulgate plus ou moins xénophobe, libérale et autocrate qui agite les esprits frontistes. C'est au contraire en critiquant cet état de minorité intellectuelle que le FN s'ouvre enfin à une carrière populiste.

En somme les conditions objectives, pour parler comme un communiste, sont déjà réunies. Il manque encore les hommes qui feront un bout de chemin en se portant aux avant-postes, en opposant aux mensonges de la domination la théorie révolutionnaire du bien commun, du peuple, de la communauté de destin.

La guerre ne fait que commencer.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 6:59

Citation :
Intervenant n°3, 23 avril 2007

Voilà un message qui nous rassérène. Reste que [Intervenant principal] ne nous explique pas, après cette critique cinglante du FN "tel qu'il est", en quoi :

"J'affirme maintenant que le Front national, sauf bouleversement imprévu, sera naturellement appelé à représenter cette nouvelle forme sociale, anti-libérale et anti-capitaliste. Il le sera parce que, pour des raisons historiques et idéologiques sur lesquelles je reviendrai peut-être plus tard, la gauche et l'extrême-gauche ne peuvent plus remplir ce rôle. "

A-t-on déjà assisté au bouleversement imprévu ?

Citation :
Intervenant n°2, 23 avril 2007

L'apologie constante de l'extrême-droite sur un forum (apolitique) me paraît au final fort incongru.
Intervenant principal a écrit:
Ce qui est sûr, c'est que [Intervenant n°2] fait partie du problème et non pas de la solution.
Mais bien sûr, il vaut mieux tirer à boulets rouges contre le messager, moi en l'occurence, que de se remettre un petit peu en question et de sortir de ses petites ornières idéologiques NR/NB ... Votre positionnement est incompréhensible pour l'écrasante majorité des gens, ce discours est inaudible, et on en voit de fait les conséquences. Votre principal défaut c'est que vous nous ressortez le vieux socialisme national, avec un "national" en outre complètement désincarné et ainsi sans intérêt ("vous êtes tous français"), et que je ne vois rien de moderne, rien de révolutionnaire, dans cela.
Intervenant n°3 a écrit:
A-t-on déjà assisté au bouleversement imprévu ?
Non en effet car c'est un fantasme. [Intervenant principal] rêverait que ses idées soient celles qui prévalent au sein du FN : c'est une erreur de débutant. Je crois qu'au fond [Intervenant principal] ne connaît tout simplement pas le FN. Il se croit futur chef d'un "cercle Proudhon" au sein du FN. Quand un ouvrier vote Le Pen, il se tire une balle dans le pied. Vous devriez plutôt pleurer en pensant à tous ces travailleurs européens de France qui ont voté pour un démagogue d'extrême-droite en l'absence de toute solution politique utile. C'est un vote de désespoir, pas un vote "révolutionnaire".

Citation :
Intervenant n°5, 23 avril 2007

Intervenant principal a écrit:
Suite à son échec de hier soir, le Pen s'est laissé aller à dire qu'il s'était trompé, que les Français ne sont pas si mécontents, qu'au fond ils ne le méritent pas.
Non, ça c'est Soral qui l'a dit dans Marianne

Citation :
Intervenant n°6, 23 avril 2007

@ [Intervenant n°5] : Il me semble pourtant que Le Pen a pourtant bien employer le mot de "mécontents"... Quant à ce bref entretien de Soral avec le journaliste de Marianne, il montre une nouvelle fois sa solidité idéologique, son courage et son intelligence de la situation. Faudrait être niaïs ou un "politicologicien" verbeux et étiquettant pour en disconvenir...

Citation :
Intervenant n°4, 23 avril 2007

Bon, déjà, le peuple dont tu parles, [Intervenant principal], il a fait un choix, dimanche. Du genre massif, le choix. Clair, net et précis : la merdocratie de marché, à tout prix. Mordicus. Passionnément. Faut surtout que RIEN ne change. Donc la dynamique populiste, à moins d'une dégradation sociale brutale (je parle même pas d'une campagne d'information, il n'y a plus de presse en France), elle reste un rêve. Deuxièmement, le Front, il a une origine et une histoire qui le rendent assez peu perméable, pour l'instant, à une réelle influence antilibérale ; mais ça, à la rigueur, ça peut évoluer relativement facilement.

Citation :
Intervenant principal, 24 avril 2007

@ [intervenant n°4] : C'est précisément le point de vue que j'ai voulu critiquer, en disant que certes il y a eu "un choix", mais que celui-ci est d'une certaine façon aveugle. Aveugle car en somme il n'aura jamais pu être question de quelle autre société nous aurions voulu. En fait le problème fondamental c'est que ces élections n'étaient pas politiques, l'enjeu n'en était pas la décision et le rassemblement autour d'un projet, mais seulement le choix entre plusieurs équipes de gestionnaires.

La mystification a consisté à faire croire que toute l'importance du vote se tenait là, entre ce qui sépare la clique bourgeoise "de droite" (on roule en 4x4) de la clique bourgeoise "de gauche" (on roule à vélo). Préférez-vous le balancement de tête de Sarkozy ou l'air béat de la sous-madonne? Faites vos choix, éliminez le maillon faible. Jamais nous ne rencontrerons plus le réel dans pareil spectacle.

Voilà pourquoi il n'y a rien d'autre à attendre que l'explosion, d'où quelle vienne - sachant qu'elle ne peut se produire là où tout est organisé pour qu'il ne s'y produise jamais que les apparences d'une politique.
La dynamique populiste n'est peut-être aujourd'hui qu'un rêve, en effet, mais alors c'est le mauvais rêve d'une société qui ne croit pas dormir. Du reste que signifiait le contentement du petit monde qui gravite autour des deux grands parti rivaux de la gestion, sinon que pour quelques temps encore le réveil, leur désastre à eux qui dominent ce monde, sera conjuré ?

Pour ma part j'ai toute confiance en la médiocrité intellectuelle et la bassesse morale des politiciens pour qu'ils nous mènent, et rapidement, jusqu'à un point de non-retour. Ce n'est pas par de brillantes idées que se sauvera notre société, mais par ses plus mauvais côtés, ceux qui en devenant aussi insolubles qu'évidents, produiront nécessairement les bouleversements qui annoncent la fin d'une époque.

Intervenant n°2 a écrit:
Votre principal défaut c'est que vous nous ressortez le vieux socialisme national, avec un "national" en outre complètement désincarné et ainsi sans intérêt ("vous êtes tous français"), et que je ne vois rien de moderne, rien de révolutionnaire, dans cela.

Un fantasme. [Intervenant principal] rêverait que ses idées soient celles qui prévalent au sein du FN : c'est une erreur de débutant. Je crois qu'au fond [Intervenant principal] ne connaît tout simplement pas le FN. Il se croit futur chef d'un "cercle Proudhon" au sein du FN. Quand un ouvrier vote Le Pen, il se tire une balle dans le pied.

Je n'ai parlé ni de "socialisme national", ni même de "national". Pour ne rien vous cacher je ne crois plus que les nations sont des entités politiques. National ou pas national, je veux me battre avec ceux qui veulent la fin de ce monde.

De plus je voudrais que ce soit bien clair, pour ceux qui n'auraient pas compris ou qui, comme vous, font semblant de ne pas comprendre : ce qui constitue la dangerosité actuelle du FN, ce n'est pas qu'il soit populiste et pour cause, puisqu'il ne l'est pas à l'heure où je vous parle, mais qu'il amène dans l'espace public des thèmes que les gestionnaires ne veulent pas voir trop agiter, parce qu'ils questionnent les fondements de notre rapport à la politique. Nommer par exemple "les immigrés", pose directement la question de l'appartenance ou non à la cité - et s'inscrit par conséquent en faux contre la conception utilitariste aujourd'hui hégémonique à droite comme à gauche.

Ce à quoi je m'attends à l'avenir, c'est à la conjonction de cette dangerosité qui lui est pour ainsi dire "congénitale" - Le Pen n'a aucun mérite à évoquer certains sujets, il ne fait que suivre sa pente - avec un discours qui soit orienté non plus vers une forme de prostration, de révolte rageuse mais toujours impuissante, mais bien au contraire vers toujours davantage de structuration militante. Cela n'est possible que si le parti se propose non plus seulement la révolte, mais également la révolution.

C'est par ce côté que doit se combattre la domination du capital sur nos existences, mais aussi l'imposture d'une gauche qui désormais n'est plus rien d'autre que la conscience et l'auto-critique intégrée du capitalisme.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 7:47

Citation :
Intervenant principal, 25 avril 2007

Intervenant n°6 a écrit:
Votre point-de-vue est toujours intéressant à connaître mais, une fois encore, on peut voir à quel point il est toujours teinté d'une rhétorique "marxiste" (ou "crypto-marxiste", ou "marxienne" ou de telle ou telle appellation qui vous semblera plus adéquate ) :

"Ce à quoi je m'attends à l'avenir, c'est à la conjonction de cette dangerosité (...) avec un discours qui soit orienté non plus vers une forme de prostration, de révolte rageuse mais toujours impuissante, mais bien au contraire vers toujours davantage de structuration militante. Cela n'est possible que si le parti se propose non plus seulement la révolte, mais également la révolution"

et comme vous ajoutez :

"Ce n'est pas par de brillantes idées que se sauvera notre société, mais par ses plus mauvais côtés, ceux qui en devenant aussi insolubles qu'évidents, produiront nécessairement les bouleversements qui annoncent la fin d'une époque",

je vois là une vision plus "marxiste-léniniste" que "gramsciste". Mais je veux surtout vous posez une question. Pourquoi écrivez-vous : "Pour ne rien vous cacher je ne crois plus que les nations sont des entités politiques" ? Il semble bien qu'actuellement il en soit pourtant encore bien ainsi.
Cela fait du bien de voir que sur le forum, il y a encore des gens qui posent des questions. D'autres n'ont que leurs certitudes.

En ce qui concerne la vision marxiste-léniniste, comment ne pas vous donner raison ? Mon idée c'est que le matérialisme historique, au cours du XXe siècle, plaidait pour un dépassement de la société bourgeoise dans le sens d'une réalisation pratique des idéaux progressistes, tandis qu'aujourd'hui ce même matérialisme se détourne de cette perspective. Il faut lire l'article de Moracchini dans le dernier numéro d'Éléments, où il est question de la "pensée" d'Attali. Ce dernier pense pour la néo-bourgeoisie nomade, mondialisée, qui se sent partout chez elle. L'homme universel, émancipé de ses attaches, de ses lourdeurs historiques, l'homme qui ne fait pas honte à l'humanisme bon ton des salons de la gôgôche parisienne, "l'hyper-nomade" attalien, cet homme disais-je n'est rien d'autre que le représentant de la Nouvelle Classe - universitaires, hauts fonctionnaires, gens du spectacle, managers, jet-set, etc. Un brin de conscience "de gauche" qui se dépose gentiment sur la locomotive turbo-capitaliste.

Mais justement. Tandis qu'Attali mobilise le schéma marxiste pour annoncer l'avènement de l'humanité nomade, je fais de mon côté l'hypothèse que c'est justement parce que la locomotive est lancée à toute vitesse, sans frein et sans personne qui sache la conduire, que nous irons au désastre et que ce désastre sera en même temps la négation définitive des espoirs que l'humanisme place dans la mondialisation.

J'en viens maintenant à votre question concernant la nation. Celle-ci ne fait pas sens aujourd'hui, notamment parce que ce qui prédomine dans notre rapport à autrui, ce n'est pas le sentiment d'une même appartenance, mais bien plutôt l'axiomatique de l'intérêt. Nous ne sommes pas tant des compatriotes que des inconnus hostiles en guerre les uns contre les autres.

Dès lors, on ne peut plus s'en appeler à la Nation, pas plus qu'à la Chrétienté ou même qu'au Prolétariat. La puissance de la forme-capital vient précisément de ce que la désymbolisation qui résulte de son hégémonie interdit désormais le recours aux mythes mobilisateurs. Cela nous force à en inventer d'autres, et à les faire consister, immédiatement, par la lutte.

Ce que je suis en train de faire : chercher à alimenter un sujet collectif qui soit le "populisme". Que ce dernier ne corresponde nullement à ce qui en tient lieu pour les journalistes, nous le savions déjà. Le FN, je le répète encore une fois, n'est pas populiste, et toutefois il se trouve là où quelque alchimie de la sorte est possible. En condamner d'avance l'éventualité ne fait que trahir une forme supérieure de stupidité.

Intervenant n°4 a écrit:
Il est beaucoup trop tôt pour savoir comment va évoluer le Front. Restera-t-il réac et bourgeois et deviendra-t-il réellement révolutionnaire ? Impossible à dire.

Je crois que le résultat de ces dernières élections enseigne l'impossibilité pour le FN de demeurer dans l'orbite du bourgeoisisme, sous peine de se condamner à devenir le contenant de voix dans lequel la droite gouvernementale pourra puiser à loisir. En quelque sorte c'est sa survie même qui doit l'inciter à s'éloigner toujours davantage des marges du discours, pour aborder enfin un imaginaire politique en rupture totale avec l'époque.

Je suis pour ma part profondément convaincu de l'instabilité sociologique et politique de la société occidentale. Si auparavant celle-ci était traversée par des mobilisations très fortes et violentes, ces mêmes référents (l'État, la Nation, l'Armée, la Classe ouvrière, etc.) avaient en même temps une fonction de cadre qui aidait à l'établissement d'un langage commun, au sein duquel il était toujours possible de se retrouver. La situation actuelle est tout autre. L'éclatement du lien social ouvre à toutes les dérives et à toutes les incompréhensions possibles. Sur le plan du communautarisme nous n'avons encore rien vu.

Ce pour quoi il faut oeuvrer, c'est à la re-découverte de la dimension politique dans le cadre collectif, communautaire. Cela, il va sans dire, se passe à l'abri de toute mascarade parlementaire. Ce n'est que dans un second temps que le mouvement politique, ainsi structuré par la base, s'occupe de la question de la démocratie spectaculaire marchande.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 8:03

Citation :
Intervenant principal, 26 avril 2007

Intervenant n°7 a écrit:
Intervenant n°2 a écrit:
Ce qui serait vraiment de la science-fiction, ce serait une victoire du FN. Allez, patience, après le mauvais score des présidentielles, le très mauvais score des législatives... Mais j'ai bien peur qu'il faille attendre que le FN tombe à 1%, ce que représente à peu près la LPF post-Fortuyn aujourd'hui, pour que certains finissent par ouvrir les yeux au lieu de fantasmer totalement.

Pour [Intervenant principal], un parti dirigé par des bourgeois, y compris des bourgeois dandy se la jouant marxiste, ne devient pas un parti révolutionnaire, à moins d'éliminer leurs dirigeants. Effectivement, sans Le Pen, sans sa fille, sans Aliot, sans Gollnisch, sans Dubois (le richissime Dubois), sans Martinez, sans Lang, sans les vestiges de la bande à Samy, sans 90% de ses militants, oui ce pourrait être un parti révolutionnaire rassemblant à peu près le même nombre d'électeurs que le héros de certains sur ce forum Gérard Schivardi, plafonnant avec brio à 0,3% des voix et venant récemment de découvrir que le PT était trotskiste...
Je pense que par "bourgeois", [Intervenant n°2] entend davantage un état d'esprit, un certain "être-au-monde", qu'un niveau de revenu ou une origine sociale à proprement parler. Il n'a pas besoin en conséquence d'exhiber ses quinze heures de turbin par jour à Billancourt pour se prétendre "révolutionnaire"...

Et, j'approuve, le FN est un parti tout à fait (petit -) bourgeois, dans ses idées, son histoire, son programme et la majorité de son électorat. Et puis, un prolo qui vote FN, y veut quoi ? La grève générale et la dictature du prolétariat ? Nan. Y veut c'que tous les prolos de France, ou presque, ont toujours voulu, depuis 150 ans : l'embourgeoisement. Voilà pourquoi le marxisme n'a jamais vraiment pris, voilà pourquoi le PC s'est plus souvent réfugié dans le discours populiste du "rassemblement" que dans la conscience de classe prolétarienne. A ceci près que le critère d'ascension sociale n'est plus aujourd'hui la propriété, mais la consommation, ce qui vient un peu compliquer les choses. Mais peu importe : le FN est un parti pour bourgeois qui ont peur de devenir des prolétaires et pour prolétaires qui ont envie de devenir des bourgeois, voilà tout - et parfois pour bourgeois qui ont peur des prolétaires. En ce sens, il est bel et bien un parti de droite, d'une droite même pas si radicale que ca, même pas révolutionnaire.

Fin de la parenthèse, arrêtez vos délires.
Pourquoi voulez-vous fermer la parenthèse alors que, me semble-t-il, c'est la première objection sérieuse et argumentée qui est portée contre mon hypothèse d'un devenir populiste du FN ? Au contraire je crois que c'est de ce point que vous deux (Intervenants n°2 & 7) avez soulevé, que doit se poursuivre la discussion.

Je constate moi aussi que "le marxisme n'a jamais vraiment pris", que la classe ouvrière ne s'est pas montrée historiquement à la hauteur de la vocation historique que lui assignaient certains marxistes. Du reste je ne pense pas non plus que cela puisse changer à l'avenir. A mon avis la résistance à l'ordre mondialiste qui se met en place est chez elle au sein de cette large "classe moyenne", dont vous dites à raison qu'elle craint le déclassement.

Toutefois cette crainte ne constitue pas en même temps son principal défaut, pour ne pas dire son droitisme. C'est là que nos analyses respectives divergent radicalement. De votre côté vous semblez porté à croire que cette crainte restera toujours égale à elle-même, tandis que moi je la vois plutôt se dépasser vers une défiance puis une hostilité franche envers l'époque.

Pour le dire autrement, il n'est pas dit que les habitants des pavillons, qui s'inquiètent de devoir voisiner avec plus pauvres qu'eux, s'en remettent toujours au candidat à poigne de la droite - "extrême" ou non. N'est-il pas possible en effet que plutôt que de se fier toujours aux dominants, on se révolte contre eux ? Et à ce stade il faut noter ceci : en se révoltant contre leur misère et la faillite des illusions de l'ascension sociale, les petits-bourgeois renoncent d'un même mouvement à créditer encore le travail, la méritocratie scolaire, la morale citoyenniste des vertus que vante la propagande libérale. C'est alors que cette classe, que l'on disait toujours hésitante et indécise, se découvre unie et mobilisée autour du projet de sa propre négation en tant que classe petite-bourgeoise.

Le populisme, en tant que mouvement révolutionnaire, n'est pour moi rien d'autre que cela: le mouvement historique qui voit disparaître la classe moyenne et se constituer, en face de la classe dominante, un unique pôle de résistance au mondialisme. C'est uniquement dans le refus de l'idéologie libérale que peuvent naître et s'épanouir des projets comme la grande Europe politique, l'écologie radicale ou encore la démocratie réelle. Sans même parler de l'abolition de la division du travail, du capital ou des États-nations.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 8:25

Citation :
Intervenant n°2, 26 avril 2007

Le populisme est un terme fondamentalement fourre-tout, pouvant désigner les populistes américains (de droite ?) et les narodniki russes (de gauche ?), et aujourd'hui essentiellement les diverses démagogies, rouges ou bleues. En soi, le terme ne désigne pas un mouvement révolutionnaire par nature. Le problème idéologique qui vient à mon esprit, après lecture de ton message [Intervenant principal], c'est que tu subis, on va dire inconsciemment, le conformisme doctrinal ambiant. Tout dépend évidemment de ce que l'on appelle "gauche" et "droite".

Prenons l'exemple du nationalisme. Les politologues veulent bien admettre qu'au XIXe siècle le nationalisme était de gauche et nous affirment ensuite que le nationalisme au XXe siècle serait passé à droite. Pourquoi cette différence ? Parce qu'au XXe siècle il y a eu un mouvement associant extrême nationalisme et extrême socialisme, malgré un sens tactique donnant l'illusion d'une alliance sincère avec la droite, et que l'on appelle généralement le fascisme. Or si le nationalisme et le socialisme étaient au XIXe siècle deux caractéristiques de gauche, et si on accepte de considérer qu'elles le sont fondamentalement, alors nos braves politologues seraient obligés d'admettre que le fascisme était de gauche, héritier des socialistes (bien souvent nationalistes) du XIXe siècle.

Le schéma serait donc le suivant : socialisme => socialisme national, l'autre socialisme (communisme comme social-démocratie) étant issu d'une inflexion marxiste au socialisme, avec des éléments intermédiaires comme Jaurès. Ainsi ce dernier pouvait-il être réclamé comme ancêtre idéologique aussi bien de Ségolène Royal récemment que de Marcel Déat. Là me paraît le noeud du problème. Ajoutons, autre paramètre, qu'à chaque fois que le socialisme marxiste a été tenté, il a fini concrètement en socialisme national, donc en "fascisme". Il me semble que quelqu'un comme Giuseppe Mazzini a incarné mieux que quiconque le socialisme national démocrate du XIXe siècle et avec la formation de Giovine Europa, il a été le précurseur d'un socialisme européen démocrate... c'est pour moi cela qui pourrait vaincre le libéralisme et non un schéma imprécis où la violence révolutionnaire serait vue comme créatrice. Pour moi, une révolution peut être de velours et néanmoins modifier profondément une société. Tu me parais trop viser le "clash".
Citation :
C'est uniquement dans le refus de l'idéologie libérale que peuvent naître et s'épanouir des projets comme la grande Europe politique, l'écologie radicale ou encore la démocratie réelle.

Je partage pleinement ton avis sur ce point. Je ne te reproche qu'une chose, refuser de considérer un européanisme également anthropologique comme faisant partie du refus du libéralisme. En somme, ce que je te reproche c'est de ne pas accepter l'idée que le nationalisme au sens fort du terme [au sens ethnique], pour peu qu'il ne soit pas impérialiste (ni universaliste, qui en est le synonyme dans les faits), reste fondamentalement de gauche !* Le libéralisme refuse les frontières, toutes les frontières, et refuse aussi l'interventionnisme étatique. La réponse adéquate pour le vaincre c'est justement de remettre en avant la notion de frontières, sous toutes ses formes, et de prôner un Etat fort, dans une démocratie forte, et ce à l'échelle appropriée, l'Europe.

* : Je sais que certains conformistes veulent absolument croire que l'ethnicité serait un concept droitier, mais il suffit de voir qu'en y renonçant, Le Pen ne devient pas "de gauche" mais finalement encore plus "de droite". Et à ce jeu, Sarkozy était finalement beaucoup plus crédible que Le Pen. D'ailleurs ceux que j'ai rencontrés et qui étaient les plus durs sur la question de l'immigration étaient... de milieu populaire.


Citation :
Intervenant principal, 26 avril 2007

Je vois que [Intervenant n°2] reste enfermé dans le problème des catégories politiques, problème dont il est le seul, paraît-il, à considérer qu'il justifie de ne jamais entrer dans la problématique que les autres lui exposent.

Pour ma part je voudrais que l'on discute ici de la possibilité ou non pour le FN de devenir populiste. J'ai expliqué ce que j'entends par populisme. Est-ce de droite ou de gauche ? Réponse : je m'en moque, je n'en ai rien à foutre. Si la révolution doit jeter à bas les fondements de la domination capitaliste, comment laisserait-elle intacte la grille de classification des régimes politiques ? Je rêve du matin où je m'entendrai dire : "La politique se divisait autrefois entre la gauche et la droite". Le mot important est "autrefois".

A priori je n'aime pas trop l'idée d'un "socialisme démocrate", cela ressemble trop à du réformisme. Or il ne faut pas réformer, surtout pas. Il faut détruire, faire place nette, et à cela la violence est nécessaire. J'admire les marxistes qui assumaient cette leçon de l'histoire - comme ils étaient loin d'imaginer qu'un jour la gôche serait citoyenniste ! Je donne vingt millions de veaux socialistes pour un seul Lénine.

En ce qui concerne le nationalisme, déjà le terme ne me plaît pas. Mais passons. L'amitié politique, oui, le hasard qui me fait naître en Europe, non. Moi ce qui m'importe c'est la lutte contre la domination capitaliste, qui tu en conviendras est l'ennemie mortelle de toutes les nations. Le triomphe de l'économie est le triomphe de la médiocrité, la négation de notre grandeur, la ruine de ce monde. Lutter pour précipiter sa chute ne sera le monopole d'aucune nation ni l'idée exclusive d'aucun peuple. Ceux d'entre les Européens qui se seront trop bien arrangés de cette médiocrité ambiante passeront avec elle - et qui doute encore, en vérité, qu'il y a au sein de la nation "anthropologique" dont fait si grand cas [Intervenant n°2], des masses et des masses de médiocres qu'il ne faudra pas sauver ?

Voilà pourquoi je ne pense pas la communauté anti-capitaliste comme étant appelée à se confondre avec la nation anthropologique. La nation est morte sous le libéralisme, elle ne suscite aucune vocation, elle n'est d'ailleurs plus évoquée nulle part. Triste fin il est vrai, et cependant, combien de fleuves de sang n'ont pas coulé en son nom ?
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 8:37

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Intervenant n°6 a écrit:
@ [Intervenant principal] : Je partage une grande partie de ton analyse (not. et anecdotiquement ton refus d'aller sur le terrain des étiquetages politiques qui ne mènent à rien sinon à des formules incompréhensibles tellement elles sont alambiquées). Mais il y a un point qui me pose questions. C'est celui de la violence.

Tu écris : "il ne faut pas réformer, surtout pas. Il faut détruire, faire place nette, et à cela la violence est nécessaire".

D'autres pourraient te classer (t'étiqueter ...) "révolutionnaire" (dans le sens d'opposé à "réformiste") et ils croiraient avoir "tout" dit ...Or je crois que cette question de "la violence en politique" mérite mieux que cela. Je l'ai écrit ailleurs, à défaut de l'être toujours, j'essaie tout de même d'être "non-violent" et cette "philosophie de la non-violence", contrairement à ce que l'on pourrait croire n'est pas si facile à appliquer, dans son intégralité (je laisse aux imbéciles la facilité de l'appeler lâcheté, ou veulerie...).

Il y a bien sûr toutes les profondes réflexion de Georges Sorel sur le sujet (not. le chapitre La moralité de la violence dont certaines phrases m'apparaissent comme pouvant être de tous les temps).

Mais le problème qui se pose, en ces temps ou le pouvoir est partout et nulle part, est de savoir où cette violence, si nécessité il y a de celle-ci, peut-elle ou devrait-elle s'exercer ?

Pour ne pas parler que de façon théorique, donnons un exemple concret. Quand un José Bové va, avec ses compagnons, couper un champ de maïs transgénique, l'attitude de beaucoup de gens même s'ils ont de la sympathie pour les idées qu'il défend (ne parlons pas de ceux qui ont lu dans leur presse orientée que c'était le diable - un göchiste ...) sera d'hésiter à le défendre jusqu'au bout (les raisons peuvent en être multiples). Pourtant, il n'est pas violent (ou à mettre sur le même plan la violence envers les objets - les marchandises - et la violence envers les personnes . Ce qui, dans ce cas en dit long sur la hiérarchie de valeurs de ceux qui pensent ainsi...). Alors imaginons une violence plus globalement politique et structurée ("léniniste" comme tu dirais), ne serait-elle pas, dès qu'elle commencerait à se manifester, immédiatement réprimée ? N'aurait-elle pas, de toutes façons que le soutien d'une minuscule minorité ?

Je me suis un peu écarté du sujet proprement dit (le populisme) mais il me semble que si le néo-populisme tel que le définit A. de Benoist (->entretien dans Le Choc n°6, pages 35-37) n'est pas, contrairement à ce que l'on a pu dire, antipolitique, s'interroger sur les moyens physiques de son avénement n'est pas inutile.

Les dernières élections ont montré à quel degré d'apathie étaient rendus une majorité (ou à quel point le marketing politique était devenu efficace...). Alors l'émergence de ce populisme en France n'est-il pas qu'un rêve ?
Il faut en effet s'interroger sur les moyens de son avènement, or sur ce point je crois qu'il faut être précis : soit on retient que la démocratie parlementaire est une mystification, et alors la partie se joue en dehors de la représentation, soit la démocratie parlementaire est considérée comme une forme encore valable et dans ce cas il faut se plier à ses règles - ce qui implique à terme l'abandon de la violence.

Je ne vous étonnerais pas en affirmant qu'à mes yeux la démocratie parlementaire n'est plus le lieu où doit se faire la politique. Maintenant l'usage de la violence par les masses doit d'abord gagner sa propre légitimité, et c'est là que commence le travail théorique. Autrefois le marxisme donnait les fondements de la praxis, le programme communiste existait et il ne restait pour ainsi dire plus qu'à le mettre en oeuvre. Tout cela a été emporté par l'histoire, jamais comme aujourd'hui les dominés n'ont été à ce point démunis idéologiquement devant l'initiative de la Nouvelle Classe.

Sur la question du soutien à l'entreprise révolutionnaire, je pense qu'il existe deux grandes écoles - l'avant-gardiste et la mouvementiste. La première qui s'est souvent réclamée du léninisme orthodoxe me semble en effet suicidaire car exposée à une répression ciblée et d'autant plus dure que les réprimés ne bénéficieront pas d'une solidarité étendue. La seconde table en revanche sur une évolution aussi progressive que massive d'un large secteur de la société vers la dissidence. Cela bien entendu ne donne que rarement lieu à des phénomènes uniformes, qui se reconnaissent pour eux-mêmes comme participant d'une même dissidence. Toutefois c'est toute l'importance du travail théorique que de le montrer et le faire savoir.

Songez par exemple à des facteurs de démobilisation aussi divers que la dépression, le désinvestissement scolaire, le parasitisme social, le sabotage plus ou moins conscient du travail, ou encore l'aspiration confuse à la catastrophe (je pense ici à l'analyse pénétrante de Baudrillard). Tout cela indique qu'il y a une résistance qui est à l'oeuvre. Le mouvement populiste devrait aider à son intelligence et à dégager du brouillard de la fausse conscience le pourquoi et le comment de la lutte contre le capitalisme.

Enfin sur les cibles de ladite violence, il faut imaginer quelque chose de très étendu, pas forcément de forte intensité. Quoique c'est sûrement une question d'opportunité, de contexte, de stratégie. Mais c'est une question qui ne se pose pas encore, et qui par conséquent ne risque pas de trouver sa juste réponse aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 9:02

Citation :
Intervenant n°7, avril 2007

Intervenant principal a écrit:
Toutefois cette crainte ne constitue pas en même temps son principal défaut, pour ne pas dire son droitisme. C'est là que nos analyses respectives divergent radicalement. De votre côté vous semblez porté à croire que cette crainte restera toujours égale à elle-même, tandis que moi je la vois plutôt se dépasser vers une défiance puis une hostilité franche envers l'époque.

Pour le dire autrement, il n'est pas dit que les habitants des pavillons, qui s'inquiètent de devoir voisiner avec plus pauvres qu'eux, s'en remettent toujours au candidat à poigne de la droite - "extrême" ou non. N'est-il pas possible en effet que plutôt que de se fier toujours aux dominants, on se révolte contre eux? Et à ce stade il faut noter ceci: en se révoltant contre leur misère et la faillite des illusions de l'ascension sociale, les petits-bourgeois renoncent d'un même mouvement à créditer encore le travail, la méritocratie scolaire, la morale citoyenniste des vertus que vante la propagande libérale. C'est alors que cette classe, que l'on disait toujours hésitante et indécise, se découvre unie et mobilisée autour du projet de sa propre négation en tant que classe petite-bourgeoise.

Le populisme, en tant que mouvement révolutionnaire, n'est pour moi rien d'autre que cela : le mouvement historique qui voit disparaître la classe moyenne et se constituer, en face de la classe dominante, un unique pôle de résistance au mondialisme. C'est uniquement dans le refus de l'idéologie libérale que peuvent naître et s'épanouir des projets comme la grande Europe politique, l'écologie radicale ou encore la démocratie réelle. Sans même parler de l'abolition de la division du travail, du capital ou des Etats-nations.
C'est très séduisant sur le plan des idées, ce beau discours, mais concrètement, ca signifie quoi ? La classe moyenne va s'abolir elle-même, soit, mais pour devenir quoi...??? Tu me pardonneras cet idéalisme assez peu marxiste, mais une "classe", c'est pour moi d'abord une représentation, des gens qui s'imaginent appartenir à quelque chose.

Or, si tant est que les membres de cette "héroïne du XXème siècle" qu'est la"classe moyenne", qui a fini par phagocyter la quasi-totalité du champ social, doivent être caractérisés par une certaine image de soi, plus que le travail, la propriété, la consommation, la peur du déclassement, etc., c'est sans doute, depuis toujours, la fierté, la satisfaction, non pas d'appartenir à la classe moyenne (comme il pouvait y avoir, par exemple, dans certains cas, une fierté ouvrière) mais précisément de ne pas être quelque chose, de n'être "ni bourgeois, ni prolétaires", disait Jean Ruhlmann, de n'être ni prolos, d'avoir échappé à la honte de la misère et du turbin, ni "bourges", de ne pas compter parmi ces oisifs décadents, ces spéculateurs et ces pourris qui tiennent en main les rênes du Pouvoir et de l'Argent - d'où d'ailleurs l'écho (relatif) des discours populistes de la "nation sans classes" auprès de ces milieux.

Bref, la classe moyenne a pu souvent être caractérisée par une certaine satisfaction d'elle-même; je la vois mal, par conséquent, chercher à se nier, lorsque son essence réside précisément dans une négation satisfaite des autres classes, de la notion même de classe, et dans le sentiment d'être, malgré les misères et les vicissitudes de l'existence, malgré la pauvreté, les krachs boursiers, l'insécurité ou le chômage,"à la bonne place".

Par ailleurs, je la crois trop attachée à un certain matérialisme (non dialectique...), à la propriété (autrefois) et à la consommation (aujourd'hui) pour y renoncer si facilement, pour oser tout remettre en question pour s'engager dans une aventure révolutionnaire dont les résultats sont en outre terriblement obscurs (que deviendra la classe moyenne après son abolition...?).

Au-delà, je la crois attachée, malgré certaines faillites du système, à un modèle républicain dont elle a toujours représenté le principal soutien, à la méritocratie, à l'école, à la démocratie, à une certaine conception de l'Etat-providence, etc. pour en contester toutes les valeurs, malgré certains coups de gueule.

Quand je pense que des ouvriers dont les conditions de vie étaient, il y a une centaine d'années, inifiment pires que celles des petits-bourgeois d'aujourd'hui, ont préféré, à la tentation de la Révolution, de la Grève générale et de la Dictature du prolétariat, la promesse de l'embourgoisement et les valeurs d'une République qui ne se gênait pourtant pas pour les faire crever au fond d'une mine ou d'une tranchée, quand elle ne les fusillait pas en cas de grève, je me dis que la révolution ne viendra certainement pas des classes moyennes actuelles... sans compter que les classes moyennes elles-mêmes ont traversé des crises bien pires par le passé et qu'elles sont malgré tout restées fidèles au régime, alors que les moyens (politiques et idéologiques) de contestation étaient infiniment plus nombreux et plus puissants qu'aujourd'hui.

Le mécontentement existe - et a toujours plus ou moins existé, c'est structurel, mais les classes moyennes feront ce qu'elles ont toujours fait en cas de difficultés (plus ou moins imaginaires) ou de peur du déclassement, elles se trouveront un Karl Lueger ou un Pierre Poujade histoire de râler un coup. Mais rien de plus. Tu me pardonneras donc de trouver que ta vision, quoique cohérente et bien construite, manque d'un certain, disons, "réalisme"(-socialiste?), d'un certain sentiment du sens de l'Histoire et relève, je persiste et signe, du pur fantasme.

Citation :
Intervenant n°3, 27 avril 2007

Je ne suis pas complètement convaincu par l'adhésion ou le soutien manifesté au "populisme". Le texte d'AdB volontairement ambigu sur "la cause du peuple" mérite bien sûr d'être relu :

http://www.alaindebenoist.com/pdf/le_populisme.pdf

Le mot me paraît inélégant, son sur-emploi en fait un sujet de polémique, son interprétation est périlleuse, mais je sais gré à [Intervenant principal] de nous avoir offert deux fils denses sur le sujet. Le populisme n'a pas fonction de remettre en cause la démocratie représentative : il l'a au contraire puissamment renforcée, dimanche dernier, les abstentionnistes venant secourir le système, les partis "de gouvernement" et la bipolarisation (voir le paragraphe d'AdB qui se conclut par "les citoyens se détournent des urnes au simple motif qu'ils n'en attendent plus rien".

L'axe "justice sociale-sécurité" dont nous parle AdB est-il mieux synthétisé par un peuple qui a tranché au premier tour pour Sarközy et sa société panoptique, ou par une candidate tombée d'en haut et qui parle "d'ordre juste" ? Je trouve surtout que l'analyse de [Intervenant principal] est en complet décalage (c'est une force et une faiblesse) avec l'événement : il me semble que la campagne et les résultats du premier tour traduisent plutôt le ralliement des classes moyennes au vote "raisonnable", considérant tout ce qu'elles ont à perdre dans l'affrontement. Je juge ces classes moyennes plus timorées encore que la Nouvelle Classe. Enfin, le mieux c'est de revenir sur ce fil dans quelques semaines, quand le désarroi sera passé.

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Intervenant n°7 a écrit:
Bref, la classe moyenne a pu souvent être caractérisée par une certaine satisfaction d'elle-même ; je la vois mal, par conséquent, chercher à se nier, lorsque son essence réside précisément dans une négation satisfaite des autres classes, de la notion même de classe, et dans le sentiment d'être, malgré les misères et les vicissitudes de l'existence, malgré la pauvreté, les krachs boursiers, l'insécurité ou le chômage,"à la bonne place".

Par ailleurs, je la crois trop attachée à un certain matérialisme (non dialectique...), à la propriété (autrefois) et à la consommation (aujourd'hui) pour y renoncer si facilement, pour oser tout remettre en question pour s'engager dans une aventure révolutionnaire dont les résultats sont en outre terriblement obscurs (que deviendra la classe moyenne après son abolition...?). Au-delà, je la crois attachée, malgré certaines faillites du système, à un modèle républicain dont elle a toujours représenté le principal soutien, à la méritocratie, à l'école, à la démocratie, à une certaine conception de l'État-providence, etc. pour en contester toutes les valeurs, malgré certains coups de gueule.

Je crois, mais peut-être ai-je trop lu de sociologie, que les acteurs sociaux, sauf exception, ont l'idéologie de leur intérêt. Ce que vous dites est donc juste : le petit-bourgeois valorise l'investissement scolaire puisque cela lui permet à la fois de tenir l'ouvrier à distance et d'espérer se rapprocher du bourgeois. Le même discours doit s'étendre à toutes les valeurs que vous avez évoquées, et à d'autres également comme par exemple la correction de langage (on trouve par exemple davantage de latinisme chez les petits-bourgeois que chez les grands), la culture, l'épanouissement de soi, etc.

On pourrait dire que ce système, s'il est aux mains d'une toute petite minorité de possédants, est néanmoins conçu pour acheter le contentement relatif de la classe petite-bourgeoise. La grande bourgeoisie par exemple n'a nullement besoin d'une coûteuse école républicaine, et pourtant c'est justement celle-ci qui fait dire au petit-bourgeois que la République "c'est encore quelque chose". Les institutions sont ses jouets et sa fierté, son patriotisme est à la mesure de ses intérêts, ses idées sont toujours sans élan, rouspeter mais pas trop, réformer mais pas trop, punir mais pas trop, payer mais pas trop, etc.

Nous sommes donc bien d'accord sur le constat. La différence vient de ce que moi, je crois que le statu quo n'est plus tenable, que nous allons vers une société où une très grande majorité de la classe moyenne va déclasser. Elle n'aura plus dès lors les moyens matériels et moraux de son idéologie, et par conséquent son conformisme râleur risque fort d'évoluer. Vers quoi? Peut-être vers le populisme, peut-être que non.

Le fantasme à mes yeux serait de croire que rien ne va changer, et que les enfants des petits-bourgeois auront demain à affronter les mêmes problèmes que ceux que nous connaissons.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 9:22

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Intervenant n°2 a écrit:
tu aurais dû mieux me lire. Cette typologie proposée est autant historique que tactique et c'est dommage que tu n'y aies vu que peu de choses. Je t'explique en quoi la révolution, qui est un concept de gauche (oui, c'est comme ça !), donc la révolution à venir, ne peut être que socialiste et européaniste. Et que tout internationalisme sert finalement le mondialisme et le libéralisme... Ton discours, par son caractère trop extrême, sert tes ennemis !
C'est absolument incroyable, on ne peut pas discuter avec vous sans être submergé de "ceci est de gauche" "cela est de droite" "ça de gauche" "ça de droite" etc.

Est-ce que je peux vous demander, dans l'intérêt de ceux qui s'intéressent à la question du populisme, de vous arrêter ? Essayez de comprendre que, comme nombre de participants à ce forum, je me moque totalement de savoir ce qui est de gauche ou de droite. Quand j'examine une idée, je ne me pose pas la question "est-elle de droite ou de gauche ?".

J'en arrive à cette monstrueuse sortie sur l'internationalisme. D'abord, est-ce que j'ai prononcé ce mot ? Non, je ne l'ai pas prononcé. Deuxièmement, croyez-vous vraiment que je viendrais sur ce forum pour vendre une soupe mondialiste, à la sauce marchande ou droit-de-l'hommiste ? Vous n'avez pas compris ma position sur la nation, et vous ne chercherez pas à la comprendre puisque tout ce qui vous importe est de me disqualifier en me collant une étiquette.

C'est assez cocasse, n'était-ce pas vous qui vous vous révoltiez contre l'habitude de certains de jouer le même jeu à vos dépens ?

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Intervenant n°2 a écrit:
Citation :
soit la démocratie parlementaire est considérée comme une forme encore valable et dans ce cas il faut se plier à ses règles
En somme, tu exposes très clairement ici le choix stratégique - soit une révolution violente (bolchevisme), soit une révolution par les urnes (national-socialisme)
Je ne sais pas s'il faut rire ou pleurer. Oui je sais, rire c'est de gauche, pleurer c'est de droite. Ou l'inverse, je ne sais plus. D'ailleurs je m'en fous.


Citation :
Intervenant n°2, 27 avril 2007

Tu uses beaucoup du mot "révolution" mais tu ne sais nous l'expliquer. Alors je vais le faire pour toi. Historiquement, il y a eu deux types de révolution au XXème siècle, celle du coup de force d'une part, celle de la victoire électorale d'autre part, l'intermédiaire entre les deux étant le modèle italien.

Le bolchevisme a pratiqué la technique du coup d'état révolutionnaire. Si des élections avaient eu lieu en octobre 1917, les bolcheviks auraient perdu. Cela a engendré une terrible guerre civile et il a fallu attendre plusieurs années avant le retour de la paix civile, et ensuite les russes ont connu un infâme régime totalitaire qui a coûté la vie à beaucoup d'entre eux. Le national-socialisme a essayé le principe du coup d'état révolutionnaire, avec le putsch de la brasserie en 1923. Il a été écrasé et son leader s'est retrouvé devant un tribunal. Après cet échec, il a ensuite réfléchi à une autre stratégie, celle de la révolution par les urnes et en dix ans il est passé de 2% à 44% des voix et il a pu accéder au pouvoir.
Citation :
je me moque totalement de savoir ce qui est de gauche ou de droite
Et tu as bien tort. Il y a toujours une gauche et une droite, et vous qui êtes si manichéen, cela ne devrait pas vous faire bondir. Alors, oui, on peut jouer au fasciste de troisième voie, partisan du "ni droite ni gauche" doriotiste... ou on peut réfléchir. Et se dire que le Système c'est la droite et que l'Anti-Système, c'est la gauche. Comme ceux qui défendaient le veto royal (droite) et ceux qui combattaient pour la république (gauche). En somme, à gauche les révolutionnaires, à droite les réactionnaires/conservateurs. En France aujourd'hui, tous les partis sont... de droite, de la LCR au FN. Et dire cela, ce n'est pas en rester à une typologie formelle, c'est recréer la gauche ! Et lancer cette gauche régénérée à l'assaut du Système... au nom du vrai socialisme, du vrai républicanisme, du vrai européanisme, et de la renaissance de notre civilisation. Je te fournis des armes, et toi tu crois que j'essaie de te démolir.
Citation :
Vous n'avez pas compris ma position sur la nation, et vous ne chercherez pas à la comprendre puisque tout ce qui vous importe est de me disqualifier en me collant une étiquette.
Mais pas du tout, je ne cherche pas à te disqualifier ! Tu n'as pas compris que j'étais fondamentalement d'accord avec toi, sauf sur un point, important, et que j'essaie désespérément de vous le faire comprendre, au service du combat commun. A savoir que c'est l'ethnicisme qui est révolutionnaire et pas le "nationalisme" universaliste de merde, ce que j'ai appelé internationalisme, que défendent Le Pen, Soral... mais aussi Royal, Besancenot, Bayrou ou Sarkozy. J'abomine cette "république" universelle source de tous les impérialismes et de tous les racismes (Ferry l'incarne remarquablement et je le vomis pour cela).

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Je réponds rapidement, n'ayant pas envie de m'écarter trop du sujet qui nous occupe ici et qui, je le rappelle, est le populisme.

Ce que tu décris ce n'est pas la révolution à proprement parler, mais plutôt les modes de prise du pouvoir par les révolutionnaires. J'ai dit en effet que je ne crois plus à la révolution par les urnes, mais encore me faut-il préciser que ce n'est pas une simple croyance, comme si je disais "je crois qu'il va faire beau demain". Il s'agit bien plutôt d'une nécessité, d'un choix qui nous incombe, car en effet si l'on réfléchit aux conditions objectives de la prise de parole dans ce qui devrait être l'espace public, dans le cadre d'une compétition électorale, on se rend compte que la bataille révolutionnaire est perdue d'avance.

Tout le monde s'en rend compte, en réalité, et le récent cirque électoral l'a prouvé encore une fois si besoin était. Rien de mystérieux là-dedans, les puissances de l'argent tiennent en main le projecteur médiatique, or ces mêmes puissances n'ont absolument aucun intérêt à laisser entendre au peuple un autre son de cloche.

Il y en a évidemment d'autres, mais c'est là déjà une différence de taille avec le contexte que tu as décrit, où l'information (comme d'ailleurs l'édition, le cinéma, l'éducation, etc.) n'était pas aussi concentrée et par conséquent contrôlée qu'elle peut l'être aujourd'hui.

En ce qui concerne ta réflexion sur la typologie gauche/droite, à laquelle tu consacres des efforts qui me paraissent largement injustifiés, que te dire sinon que tu te trompes de terrain. Je vois bien ce que tu recherches - faire admettre à tout un chacun que le combat que tu mènes ne relève pas d'une tradition politique infamante. C'est croire que si l'historien classait Staline à droite, subitement tous les staliniens de ce monde s'en détourneraient, découvrant avec horreur une vérité que la seule typologie aurait suffi à soustraire aux regards.

Je ne nie pas que cela puisse être intéressant de comprendre d'où viennent les classifications, de quelle manière se sédimentent les catégories et enfin de voir avec quelle force elles déterminent les jugements. Sait-on par exemple qu'il existe un courant au sein du communisme qui pour rien au monde n'aurait sacrifié au mythe anti-fasciste, cette mystification bourgeoise suprême?

Nonobstant l'intérêt de ce travail théorique, tu oublies qu'en vérité ces catégories n'ont que le pouvoir que leur prête celui qui les énonce. Ainsi, en supposant que tu parviennes à donner une vraie consistance à ton mouvement politique, il importera peu à ce stade que tu sois perçu comme étant de gauche ou non, puisque tes ennemis, manipulateurs de la langue, maîtres du mensonge, auront toujours la possibilité soit de forger d'autres termes infamants, soit d'en diaboliser d'autres qui sont plutôt neutres aujourd'hui.

Songe par exemple au "communautarisme". Au-delà de ce que chacun peut penser du communautarisme, on constate que ce dernier est devenu une sorte de marqueur idéologique qui peu à peu se charge d'une capacité infamante. Qu'est-ce qui te fait croire que ta gauche ne subira pas le même destin ?

Enfin le nationalisme "universaliste" n'est en fait qu'un humanisme qui ne dit pas son nom. Nous sommes bien d'accord, il faut le rejeter. Mais le rejeter au nom d'un principe, d'une idée, d'une culture, et non pas d'un donné biologique, lequel est à mes yeux impropre au politique.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 9:42

Citation :
Intervenant n°7, 27 avril 2007

Intervenant principal a écrit:
On pourrait dire que ce système, s'il est aux mains d'une toute petite minorité de possédants, est néanmoins conçu pour acheter le contentement relatif de la classe petite-bourgeoise. La grande bourgeoisie par exemple n'a nullement besoin d'une coûteuse école républicaine, et pourtant c'est justement celle-ci qui fait dire au petit-bourgeois que la République "c'est encore quelque chose". Les institutions sont ses jouets et sa fierté, son patriotisme est à la mesure de ses intérêts, ses idées sont toujours sans élan, rouspéter mais pas trop, réformer mais pas trop, punir mais pas trop, payer mais pas trop, etc.

Nous sommes donc bien d'accord sur le constat. La différence vient de ce que moi, je crois que le statu quo n'est plus tenable, que nous allons vers une société où une très grande majorité de la classe moyenne va déclasser. Elle n'aura plus dès lors les moyens matériels et moraux de son idéologie, et par conséquent son conformisme râleur risque fort d'évoluer. Vers quoi ? Peut-être vers le populisme, peut-être que non.
Je suis absolument d'accord avec le premier paragraphe.

Maintenant, je ne suis pas certain que la "majorité de la classe moyenne va déclasser". Déclasser vers quoi ? Certainement pas vers un monde ouvrier condamné à se réduire de plus en plus, alors le chômage ? Mais il n'y aura jamais une majorité de chômeurs en France; penses-tu vraiment que l'on s'achemine, et pour longtemps, vers un monde pire que celui des années 1880 ou des années 1930 ?

Et quand bien même les petits-bourgeois déclasseraient en masse, des prolétaires en voie d'embourgeoisement viendraient prendre leur place. C'est ce qui s'est toujours produit, depuis que la France industrielle est France industrielle. Une sorte de mouvement de convection a toujours assuré le renouvellement, venu du monde ouvrier, des classes moyennes à mesure que celles-ci se prolétarisaient, de sorte qu'il n'y a jamais eu, depuis 1860, dans une même famille, plus de trois générations successives d'ouvriers.

Les petits-bourgeois vont s'appauvrir, mais les pauvres vont s'enrichir et quitter leurs banlieues, et ainsi de suite. Après, bien sûr, de plus en plus de ces petits-bourgeois seront d'origine immigrée, et j'ai surtout l'impression que c'est ça qui en dérange plus d'un ici...

Pour en revenir à notre problème, j'ajoute que, et je l'ai déjà largement signalé, l'absence de structuration et de socialisation fortes me semble une des caractéristiques principales des classes moyennes. La question est alors de savoir comment, en cas de crise grave, les structurer et concentrer leur mécontentement, en l'absence d'un authentique parti révolutionnaire de type blanquiste - dont il n'est même pas sûr qu'il aurait un quelconque écho. Si révolution il y a, elle viendra, comme toujours, d'en haut, et non de la base - c'est aussi pourquoi le terme de "populisme" me semble si inadapté.

Bref, deux questions : comment transformer le mécontentement poussif et stérile des classes moyennes en authentique colère plébéienne et d'inspiration révolutionnaire? Que faire ensuite de ces classes, que vont-elles devenir? Une nouvelle classe...? Un prolétariat dictateur...?

Ah, encore une chose, puisqu'après tout c'était là mon objection principale : pourquoi le salut viendrait-il, selon toi, du Front National, sachant que, je l'ai déjà dit, ce parti me semble être l'incarnation parfaite, l'expression politique par excellence du mécontentement traditionnel et du "conformisme râleur" (belle expression, au passage) des classes moyennes, à des lieues du parti de combat que tu sembles appeler de tes voeux. Si le FN se distingue des autres partis, c'est, comme Lutte Ouvrière, par son archaïsme et son inadaptation à la situation présente, pas par son avant-gardisme révolutionnaire.

Citation :
Intervenant principal, 27 avril 2007

Intervenant n°7 a écrit:
Les petits-bourgeois vont s'appauvrir, mais les pauvres vont s'enrichir et quitter leurs banlieues, et ainsi de suite.

Pour en revenir à notre problème, j'ajoute que, et je l'ai déjà largement signalé, l'absence de structuration et de socialisation fortes me semble une des caractéristiques principales des classes moyennes. La question est alors de savoir comment, en cas de crise grave, les structurer et concentrer leur mécontentement, en l'absence d'un authentique parti révolutionnaire de type blanquiste - dont il n'est même pas sûr qu'il aurait un quelconque écho. Si révolution il y a, elle viendra, comme toujours, d'en haut, et non de la base - c'est aussi pourquoi le terme de "populisme" me semble si inadapté.

Bref, deux questions: comment transformer le mécontentement poussif et stérile des classes moyennes en authentique colère plébéienne et d'inspiration révolutionnaire ? Que faire ensuite de ces classes, que vont-elles devenir? Une nouvelle classe... ? Un prolétariat dictateur...?

Ah, encore une chose, puisqu'après tout c'était là mon objection principale: pourquoi le salut viendrait-il, selon toi, du FN, sachant que, je l'ai déjà dit, ce parti me semble être l'incarnation parfaite, l'expression politique par excellence du mécontentement traditionnel et du "conformisme râleur" (belle expression, au passage) des classes moyennes, à des lieues du parti de combat que tu sembles appeler de tes voeux. Si le FN se distingue des autres partis, c'est, comme Lutte Ouvrière, par son archaïsme et son inadaptation à la situation présente, pas par son avant-gardisme révolutionnaire.
Je vois enfin que nous parlons exactement de la même chose, et cela me fait d'autant plus plaisir que je viens de consacrer trop de temps à répondre à [Intervenant n°2] qui s'obstine à parler de tout sauf du populisme. C'est un vrai problème pour moi parce que ma machine est vieillotte, je dois quasiment recharger toutes les pages, un vrai supplice.

Mais venons-en aux choses sérieuses. Non je ne crois pas qu'il y ait cet incessant malaxage social dont tu parles, bien au contraire c'est sa faiblesse qui ne cesse d'étonner. Encore faut-il se donner les moyens de le voir, et cela implique en premier lieu de ne pas s'arrêter aux segmentations d'ordre purement symbolique de l'espace social.

Je pense par exemple à ces enfants des milieux populaires qui iront jusqu'à la maîtrise en ethno-psychologie. Ils découvriront bien assez vite que leur père ouvrier était à leur âge bien mieux installé, non seulement sur le plan matériel ou des perspectives d'avenir, mais même et surtout sur le plan de l'identité sociale, combattive valorisée et solidaire.

Ensuite je ne pense pas que la révolution "vient toujours d'en haut". C'est un peu plus compliqué que ça, elle se manifeste bien sûr au plus haut niveau mais jamais sans qu'elle puisse mouvoir, à sa base, des forces considérables.

Cette base ne sera plus, comme je l'ai expliqué, "sableuse", individualiste, petite-bourgeoise - précisément parce que les conditions de vie en régime capitaliste libéral ne manqueront pas de laminer la classe moyenne. Dès lors celle-ci se prolétarise, et acquiert à ce moment les qualités politiques qui furent celles, toujours, de la classe ouvrière.

Que deviennent ces classes en révolte contre l'oligarchie libérale qui met en scène la démocratie parlementaire ? C'est là le virage le plus difficile à négocier. Il faut qu'elles se fondent en une seule communauté dont l'identité se caractérise d'abord et principalement par son caractère politique (le facteur ethnique n'a rien à nous dire de ce point de vue, d'où mon désaccord avec [Intervenant n°2]). Une communauté politique qui fait corps avec le parti révolutionnaire. Se produit une dissidence massive et simultanée, d'où il résulte l'écroulement de toute la structure productive. Un joyeux bordel s'installe d'où on ne sort que par une constellation de micro-initiatives au niveau de la base.

Evidemment c'est très schématique, beaucoup trop même. Il se peut tout aussi bien que cette dynamique suscite une nouvelle avant-garde (ce sera bien la première depuis longtemps), ainsi que des formes de régime dictatoriales. Cela dépend certainement du niveau de résistance que l'on oppose dans le camp d'en face.

Le rôle du FN vient de ce qu'il occupe déjà un espace, une visibilité, et à sa manière également une légitimité. On s'est ainsi habitué à la présence, dans l'espace politique, d'un parti où peuvent se dire et s'entendre des choses tout de même incroyables en ces temps d'hygiénisme sanitaire et mental. Le FN constitue en fait à mes yeux un contenant, un gros contenant qui pourrait bien servir de laboratoire ou de tremplin vers des temps sinon meilleurs, du moins bien agités.
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MessageSujet: Re: Archives tricardiennes   Mar 4 Mar 2008 - 9:57

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