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 Un homme, un vrai

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Patrick122
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MessageSujet: jean-inuit, notre nouvelle mascotte   Mar 29 Jan 2008 - 17:08



Jean-Inuit dit : "c'est pas faux".

Jean-Inuit est un homme en perpétuelle quête d'authenticité.
Il aime la vérité et les choses simples.

Jean-Inuit nous rappelle un proverbe de chez lui : "n'oubliez pas qu'un bon igloo est toujours en chantier !"

Puis il repart chasser le saumon sur les berges du lac Teppahaniuk.

Bonne pêche Jean-Inuit !
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 30 Jan 2008 - 3:29

Citation :
L'humour et le rire occupent une place importante dans la vie sociale des Inuits. Ceux-ci n'hésitent pas à mimer, caricaturer ou se moquer ouvertement de leur interlocuteur. Celui-ci, lorsqu'il est un Quallunaat, éprouve souvent des difficultés à savoir discerner le vrai du faux et surtout, lorsqu'il se prête au jeu, à ne pas dépasser les limites qui feront passer l'Inuit du rire à la rancune. L'auteur du film muet "Nanook of the North", Robert J.Flaherty, opposait ce rire à la difficulté de vivre dans des régions hostiles dans lesquelles la glace, le froid, la désolation et le blizzard règnent en maîtres.




Here is an extract of traditional Inuit throat singing, followed by a great song called "Inuit wedding" by the one and unique Sainkho Namtchylak, the famous Siberian singer, whose Tuvan singing style is close to the Inuit style.

Originally, Inuit throat singing was a form of entertainment among Inuit women while the men were away on hunting trips. It was regarded more as a type of vocal or breathing game in the Inuit culture rather than a form of music. In Inuit throat singing, two Inuit women would face each other either standing or crouching down while holding each other's arms. Sounds produced can be voiced or unvoiced and produced by inhalation or exhalation. Both Inuktitut words and meaningless syllables are used in Inuit throat singing songs. When meaningless syllables are used, they are often portrayals of sounds the Inuit hear in their natural environment such as animal sounds or even water running down a creek.

Unfortunately, there is no written record of when the Inuit first developed their form of throat singing which differs from the type found in Mongolia and other parts of the world that has some form of throat singing. The Inuit did not keep any written records and history was simply passed down from generation to generation orally.

There has been a resurfacing of this traditional activity in the Inuit communities during the last 20 to 30 years. The revival of Inuit throat singing has been so popular that in September of 2001, the first throat singing conference was held in Puvurnituq, Nunavik, where different types of Inuit throat singing from different Arctic regions of Canada were demonstrated and shared. Enjoy this little tribute to the fabulous Inuit culture ! (schuon25.blogspot.com)


Moderator p/o le lobby inuit
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dickbill
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Ven 1 Fév 2008 - 21:09

Puisque ce sujet parle d'ethnologie/anthropologie, je poste ca ici.

http://www.livescience.com/health/080131-blue-eyes.html

Il s'agit d'une etude genetique qui situe l'apparition du gene des yeux bleux : 6 a 10 000 ans, seulement.
Donc les europeens tels que nous les connaissons maintenant, sont extrement recents, a peine anterieurs aux sumeriens.

(C'est marrant d'ailleurs, ca donne du credit au film 10000 BC, qui va sortir bientot). Je ne veux pas traduire la fin de l'article, mais ceux qui lisent l'anglais peuvent le faire pour eux meme, ca serait pourtant interessant d'en discuter.
L'Europe etait deja peuplee bien avant (40 000 ans) et Homo sapiens lui meme, est bien anterieur. Notre ancetre commun est ne il y a environ 200 000 ans, en Afrique, selon toutes les evidences actuelles.
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Vindex
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MessageSujet: Un homme, un vrai   Sam 16 Fév 2008 - 20:32

Puisque cet espace virtuel se nomme (temporairement ou définitivement) forum des vrais hommes, interrogeons-nous sur ce que nous voulons dire lorsque nous employons aujourd’hui le mot « homme ». Par exemple, de qui parlons-nous quand nous défendons les droits de l’homme ou quand nous parlons des sciences de l’homme ? Non seulement nous ne disposons d’aucune réponse claire à cette question, mais nous ne savons pas dans quelle direction aller ni selon quelle démarche engager la recherche.

Dans la cacophonie ambiante, nous ne disposons plus des éléments d’orientation que fournissaient les anciennes autorités (comme la religion) tombées en désuétude, mais c’est aussitôt pour nous en réjouir puisque la démocratie, pensons-nous, laisse enfin à l’homme la liberté de penser ce qu’il veut de lui-même.

Et c’est ainsi que, dans notre désir de répondre rapidement à une question somme toute évidente - et parce qu’un forum de discussions n’est pas une succursale de Paris 4 – nous allons ignorer gaiement la philosophie et sauter à pieds joints par-dessus une enquête interminable pour associer, comme allant de soi, l’homme et la modernité. Parbleu ! Les droits de l’homme sont ceux de l’homme moderne. Et il faut bien vivre avec son temps.

Si donc c’est en tant que moderne que l’homme se détermine, alors la question de l’homme n’a plus qu’un intérêt « historique », et - comme nous ne sommes pas non plus historiens - nous pourrons en faire l’économie. D’accord, nous ne savons pas ce qu’est l’homme (grosse prise de tête, très peu pour moi), mais nous savons du moins ce qu’est l’homme moderne puisque nous en sommes. Point barre.

Ah oui, mais alors, si je ne pose pas la question de l’homme (faute de temps, d’énergie, de courage, etc.), comment saurais-je que l’homme moderne est effectivement un homme, un vrai homme ?

Stop ! Assez ! Je sais bien que je suis un homme. C’est du bon sens, et le bon sens sait toujours très bien ce qu’il sait, donc aussi ce qu’est un homme. Un vrai. A-t-on besoin d’aller plus loin ?
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Lun 18 Fév 2008 - 21:59

Il me vient a l'esprit cette phrase de l'Empereur Alexandre Ier de Russie : ''Celui qui ne reconnait pas que tout ceci vient d'en-haut ne merite pas le nom d'Homme...''. Tiens, c'est un Empereur qui a dit ca, Vindex. Ton idée de fil sur l'Empire est décidément la bienvenue.
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grib
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mar 19 Fév 2008 - 12:32


MEDIATOR a écrit:
Papy Un jour, un vieux professeur de l'École Nationale d'Administration Publique (ENAP) fut engagé pour remplacer un autre Prof indisponible, pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses compagnies nord-américaines.

Ce cours constituait l'un des 5 ateliers d'une heure de leur journée de formation. Le vieux prof n'avait donc que ce court temps pour transmettre son enseignement. Debout, devant ce groupe d'élite (qui était prêt à noter tout ce que l'expert allait lui enseigner), le vieux prof les regarda un par un, lentement, puis leur dit : "Je vous propose de réaliser une expérience".

De dessous le bureau qui le séparait des stagiaires, le vieux prof sortit un grand pot de verre de plus de 4 litres qu'il posa délicatement en face de lui. Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il fut impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses élèves et leur demanda : "Est-ce que ce pot est plein ?". Tous répondirent : "Oui".

Il attendit quelques secondes et ajouta : "Vraiment ?". Alors, il se pencha de nouveau et sortit alors un récipient rempli de gravier. Avec minutie, il versa ce gravier sur les gros cailloux puis agita légèrement le pot. Les morceaux de gravier s'infiltrèrent entre les cailloux... jusqu'au fond du pot. Le vieux prof leva à nouveau les yeux vers son auditoire et réitéra sa question : "Est-ce que ce pot est plein? ". Cette fois, ses brillants élèves commençaient à comprendre son manège. L'un d'eux répondit : "Probablement pas !". "Bien !" répondit le vieux prof.

Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit un sac de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla combler les espaces entre les gros cailloux et le gravier. Encore une fois, il redemanda : "Est-ce que ce pot est plein ?". Cette fois, sans hésiter et en chœur, les brillants élèves répondirent : "Non !". "Bien !" répondit le vieux prof.

Et comme s'y attendaient ses prestigieux élèves, il prit alors un pichet d'eau et remplit le pot jusqu'à ras bord. Le vieux prof leva alors les yeux vers son groupe et demanda : "Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ? "

Pas fou, le plus audacieux des élèves, songeant au sujet de ce cours, répondit : "Cela démontre que même lorsque l'on croit que notre agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire".

"Non !" répondît le vieux prof. "Ce n'est pas cela. La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : Si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous, ensuite".

Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ces propos. Le vieux prof leur demanda alors :

"Quels sont les gros cailloux dans votre vie ? Votre santé ? Votre famille ? Vos ami(e)s ? Réaliser vos rêves ? Faire ce que vous aimez ? Apprendre ? Défendre une cause ? Vous relaxer ? Prendre le temps... ? Ou... tout autre chose ?

Ce qu'il faut retenir, c'est l'importance de mettre ses GROS CAILLOUX en premier dans sa vie, sinon on risque de ne pas réussir... sa vie. Si on donne priorité aux peccadilles (le gravier, le sable), on remplira sa vie de peccadilles et on n'aura plus suffisamment de temps précieux à consacrer aux éléments importants de sa vie. Alors, n'oubliez pas de vous poser à vous-même, la question : Quels sont les GROS CAILLOUX dans ma vie ? Ensuite, mettez-les en premier dans votre pot (vie)"

D'un geste amical, le vieux professeur salua son auditoire et quitta lentement la salle. Space
il me semble que l'on peut mettre plus de sable et de gravier avec les 12 cailloux dans le pot, en faisant un melange eau-gravier-sable et en alternant une couche du mélange suffisament fluide avec des cailloux et ainsi de suite pour qu'arrivé au bord du pot on puisse placer encore 2 cailloux qui seraient stables hors du pot, alors que du sable sec se deverserait.
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Jeu 28 Fév 2008 - 3:35

Ô Mediator... On dirait cette vieille série de quand j'étais un kid : Kung Fu !! Je me sens Petit Scarabée... Amen
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Le Bordelleur
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Jeu 28 Fév 2008 - 4:19

el spirito a écrit:
Un bon dessin vaut mieux qu'un long discours... Ce prof est une perle !!! Hep
S'il y a des cailloux qui dépassent
Sors le marteau
Réduis-les en miette Hit
Et tout rentrera dans l'ordre

------------------------------------------------------------------------

Citation :
Un proverbe nord-coréen, non ?
Je plussoie MDR. Effectivement c'est bien dans l'esprit Nord Coréen...
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 5 Mar 2008 - 12:01

Entre l’homme – pouvons-nous dire homme pré-moderne, homme traditionnel ou homme tout court ? – et l’homme moderne dont nous ne savons qu’il est un homme que parce qu’il est moderne, entre l’absence et la présence de la conscience de soi (qui permet de réclamer des droits), avons-nous affaire au même substantif ? L’homme comme espèce vivante et pensante, comme animal rationnel, l’homme comme nature et substance, doit céder la place à un autre genre d’être. Et encore cette dernière expression convient-elle ? En effet, si l’homme (ancienne version) se définissait selon le genre et l’espèce, selon la différence spécifique, si l’homme était dit communément « être ceci » ou « être cela » ou simplement « être », la philosophie moderne en vint finalement à rejeter toutes ses expressions que la philosophie classique avait chargée de sens, et selon lesquelles le langage ordinaire s’articule. On alla donc jusqu’à rejeter le vocable homme, pour le remplacer par la conscience-de-soi, la volonté de puissance, le Dasein, etc.

Le sentiment ou la conscience d’être moderne ; il n’est pas un seul d’entre nous, même le plus « réactionnaire », même le plus à « droite », même le plus ennemi du « monde moderne », même le plus guénonien, surtout le plus guénonien [parce que Guénon est – ô combien – un symptôme de la modernité] qui ne l’éprouve et ne l’éprouve comme une grâce. Le sentiment de cette grâce douce-amère peut être plus ou moins doux, plus ou moins amer, il ne nous quitte pas ; en tant que modernes, nous nous sentons supérieurs à ceux qui nous ont précédés.

Même dans l’humiliation (mêlée d’admiration) que nous éprouvons devant le Parthénon ou la cathédrale de Chartres, devinant qu’il nous est devenu impossible aujourd’hui de produire de telles œuvres, même dans la reconnaissance de notre infériorité, nous gardons la conscience et le plaisir secret – inavoué – de notre supériorité de modernes. Nous ne sommes plus au temps de Platon ou de Maître Eckart, mais nous sommes devenus « historiques » par la modernité qui fait l’homme. Les anciens pouvaient avoir plus de grandeur, de force créatrice, de sens de la beauté, de sens du salut, il leur manquait cette conscience qui nous est propre de vivre dans l’histoire (peut-être même de la faire).

Qui a eu une fois ce sentiment – nous l’avons tous *– il en est marqué et, si modeste qu’il soit, glorieux à jamais.

[* même les "Maîtres" dingo autoproclamés]
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Nada-
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 5 Mar 2008 - 15:22


Apolitique a écrit:
Devant toute cette sagesse, je vais tenter d'apporter mon grain de sable (histoire de rester dans la même metaphore Laughing). En ce qui me concerne, je verrais plutôt les choses comme cela : "Homme moderne" : Je pense qu'il faut s'attarder ici sur le sens du mot "moderne". A partir de quand l'homme est-il considéré comme moderne ? Quelle est la date charnière qui détermine la naissance de l'homme moderne ? "Homme moderne" signifit-il absence d'"Homme "classique"" ? Qu'est ce que la modernité ?

Beaucoup de questions se posent... Mais mon faible niveau de connaissances philosophiques m'interdit de donner un élément de réponse à ces questions puisque je sais déjà que cet élément risque fortement d'être faux Mad Vous me suivez ? Pour moi, il y a un lien entre "Homme moderne" et "Société moderne" de sorte qu'un homme moderne est un homme qui applique les principes de la Société moderne (consommation à outrance, individualisme, recherche de la facilité, jouissance matérielle, etc...)

Vindex a écrit:
(...)nous nous sentons supérieurs à ceux qui nous ont précédés.(...)
[Avant de réagir à ce propos, je tiens à préciser que je ne suis pas pour un retour à une Société archaïque.]

Je n'ai pas l'impression de me sentir supérieur à ceux et celles qui étaient présents avant nous. Au contraire, je pense que plus la Société avance dans la modernité que j'appellerais "contingente" plus l'Homme est aspiré par elle et par conséquent est éloigné des "vraies" valeurs. L'Homme moderne est perverti par la Société moderne. Les Hommes précédents, n'avaient pas cette perversion en eux et c'est pour ça que je ne les méprise pas et meme c'est pour ça que je les respecte. Je pense que si la Société continue d'évoluer de cette manière, un jour viendra où les gens adopteront un mode de vie en rupture avec les aspects nefastes de la modernité. Ce qui commence déjà à venir...
Je suis assez d'accord avec Apolitique, et perplexe devant le post de Vindex. D'abord l'emploi du "nous" me paraît incongru. Vindex, si vous vous sentez effectivement supérieur aux anciens, cela ne vous autorise pas pour autant à prêter cet état d'esprit à tout un chacun.

Je ne me sens, pour ma part, supérieure en rien aux générations passées, des très anciennes aux plus récentes. Et je ne crois pas que l'humanité actuelle ait des raisons de se sentir supérieure à elles. Ni inférieure d'ailleurs.

Le simple fait de supposer des degrés d'infériorité ou de supériorité au sein de l'humanité, que ce soit dans l'espace ou dans le temps — j'insiste sur ce point —, est une pensée qui m'est profondément étrangère.

Quant à la conscience de la modernité (j'appelle plutôt cela l'illusion d'une modernité), d'être "historique", je ne vois pas en quoi son absence chez les anciens pourrait être assimilé à un manque. J'y vois plutôt, moi, le signe d'un rétrécissement du champ de conscience humaine, une fâcheuse illusion menant l'homme à porter sur le passé un regard forcément faussé et injuste. Une excroissance poussée sur la connerie humaine et dont celle-ci n'avait pas besoin, en plus.

Dès qu'on parle, en matière d'homme ou d'humanité, de supérieur ou d'inférieur, c'est curieux, la supériorité est toujours du côté de celui qui parle, ou du lieu ou du temps où il se situe. Trop facile.

------------------------------------------------------------------

Vindex a écrit:
Vous ne m'avez pas compris, Nada, ce n'est pas moi qui me sent supérieur aux anciens, c'est - en chacun de nous - l'homme moderne que nous sommes, depuis le début de l'histoire qui nous a chassé des sanctuaires de l'origine. C'était même le contempteur du monde moderne que je suis qui s'exprimait avec une amère ironie. Ce que je voulais dire, c'est que nous nous sentons encore supérieurs quand nous nous croyons inférieurs. J'y reviendrai. C'est au contraire un chemin d'humilité que je voulais indiquer. Et que je vais poursuivre sur ce fil.
Si ce qui précède est une clarification, je crois au contraire que j'avais bien compris. Ça ne m'incite pas à dévier de ce que j'écrivais précédemment, à savoir que votre emploi du "nous", du "en chacun de nous", me semble abusif. Quant à "se croire inférieur", cela me semble relever de la même problématique, dans laquelle après tout il vaut mieux que je n'entre pas, tant elle m'est étrangère. Je laisse donc cette discussion à ceux qui manient mieux que moi cette dialectique hiérarchisée.

Edit du 6 mars : Si je peux me permettre, le sujet de ce fil est "un homme, un vrai". Pas "qu'est-ce qu'un homme moderne ?" Les propos ont dérivé vers une notion de modernité qui mériterait il est vrai qu'on ouvre un sujet spécialement pour elle, mais dont il n'est pas spécialement question ici.

Selon que l'on donnera au mot "homme" le sens vir ou homo, le débat pourra s'orienter différemment. C'est à dessein — tout en recalant les discours dans leur trajectoire initiale — que je laisse cette distinction de côté : ce double sens me paraît également présider à l'enseigne de ce forum et c'est très bien ainsi. Dans les deux cas, la notion de "vrai homme" m'intéresse au plus haut point. Je vous invite donc à donner vos avis. Il peut être utile de préciser, soit dit en passant, le sens que prendra le mot "homme" dans votre propos. Je sais bien que depuis le début de ce fil, c'est plutôt du sens homo qu'il est question. Mais l'ambiguïté vir/homo est contenue dans le titre même. Il n'est donc pas interdit de prendre l'une ou l'autre direction.
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 5 Mar 2008 - 19:50

Apolitique a écrit:
Vindex a écrit:
Ce que je voulais dire, c'est que nous nous sentons encore supérieurs quand nous nous croyons inférieurs.

Question

Je pense qu'on peut vivre dans une Société moderne sans pour autant avoir les attributs d'un Homme moderne. Je me considère comme un homme moderne (et j'essais de ne pas appliquer les effets nefastes de cette modernité), ce n'est pas pour cela que je me sens supérieur aux "Anciens". Je pense que ce sont 2 choses incomparables car elles sont sorties de leur contexte.

Pour finir, je ne me sens ni supérieur ni inférieur aux "Anciens", j'estime que j'évolue dans une conjoncture différente, ce qui ne me permet donc pas de faire de comparaison comme je viens de le dire. Concernant la définition d'Homme, je pense que beaucoup de définitions de mots évoluent ou changent radicalement avec le temps. A mon sens, l'"Homme" fait partie de ces mots. Il n'y a pas, pour moi, de définition universelle pour ce mot.

Si par "Un Homme un vrai", on pose la question : "Qu'est ce qu'un homme ?", sans vraiment répondre à la question de fond, j'essai d'y répondre sur la forme. Pour moi, les définitions d'"Homme" ou de "Femme" sont liées à la conjoncture dans laquelle la personne qui définit ces mots évolue. En effet je pense que la définition d'un Homme à l'antiquité grèque est différente à celle d'aujourd'hui car les critères de définition n'étaient pas les mêmes. De même qu'a travers l'espace, la définition d'Homme peut varier selon les "critères asiatiques ou européens par exemple" Par conséquent, je pense qu'avant de tenter de donner une définition de l'Homme, il faudrait chercher quels sont ces critères contemporains qui permettent d'élaborer une telle definition.

Pour conclure, je ne pense pas qu'il y ait une définition universelle de l'Homme qui puissent convenir à tout les segments spacio-temporels de notre Histoire commune. Donc sans vraiment répondre à la question, il est justement pour moi très difficile d'y repondre car ces "critères" permettant d'éloborer une définition ne sont pas figés dans l'espace et le temps. Alors, dès, qu'on essai de répondre à la question "Qu'est ce qu'un Homme" on peut donner une réponse qui serait "bonne" au moment "M" mais sans doute pas au moment "M-1" ou "M+1". Mais moi je dis ça, je dis rien...
Le concept d'Homme est apparu récemment dans l'histoire, il disparaîtra ainsi le moment opportun.

Encore un effort, Vain-dextre, pour être "anti-humaniste" ! Smile


Dernière édition par MEDIATOR le Mer 5 Mar 2008 - 20:29, édité 1 fois
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Lutfi
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 5 Mar 2008 - 20:32

Citation :
Le sentiment ou la conscience d’être moderne ; il n’est pas un seul d’entre nous, même le plus « réactionnaire », même le plus à « droite », même le plus ennemi du « monde moderne », même le plus guénonien, surtout le plus guénonien [parce que Guénon est – ô combien – un symptôme de la modernité] qui ne l’éprouve et ne l’éprouve comme une grâce. Le sentiment de cette grâce douce-amère peut être plus ou moins doux, plus ou moins amer, il ne nous quitte pas ; en tant que modernes, nous nous sentons supérieurs à ceux qui nous ont précédés.

VINDEX, je ferai quelques remarques, assez différentes les unes des autres.

D'abord, Guénon n'est pas un symptôme de la modernité. je dirais qu'il y a deux aspects de son oeuvre, dont l'un est au contraire une manifestation de l'Eternité, et c'est celui qui concerne la métaphysique et le symbolisme. Mais en un sens, on peut dire qu'une partie importante de son oeuvre est un "symptôme de la modernité". Je ne dirais pas que j'aimme vraiment cette expression, mais tout ce qui concerne la crise du monde moderne et les signes des temps est bien un symptôme de la modernité.

Ensuite, on ne peut oublier que, au point de vue traditionnel, l'expression "homme véritable" désigne un très haut niveau spirituel devenu fort rare. Ai-je rencontré des hommes véritables ? Peut-être, en Orient. Mais si je sais que mon Maître de Karaté est un homme, suis-je sûr d'en être un ?

Ensuite, je me placerai à un niveau très différent, et beaucoup plus accessible. J'aime beaucoup le cinéma. Les acteurs d'une certaine génération, pour moi, étaient des hommes. Et ils le sont toujours. Je pourrais citer, juste pour illustrer, certains acteurs qui m'ont marqué, Burt Lancaster, Kirk Douglas, Orson Welles, John Wayne, Gary Cooper, Jean Gabin, Lino Ventura, etc. Je pourrais en citer beaucoup d'autres. Et puis, il y a eu une autre génération d'acteurs qui ne m'ont jamais donné l'impression d'être des hommes, mais des garçons: Brad Pitt, Johnny Depp en sont des représentants typiques.

Et lorsque je parlais de cela à un ami qui a comme moi la quarantaine passée, nous avons conclu ensemble que les "hommes" de notre génération étaient des garçons, non des hommes. Et nous nous incluions dans cet ensemble.

Donc c'est une impression. Je viens de voir un film terrible et extraordinaire. Un des films de guerre les plus durs que j'ai vus, Requiem pour un massacre, d'Elem Klimov, film soviétique de 1985. On y voit un garçon, un adolescent, se transformer en vieillard au spectacle des horreurs qui ont lieu. J'avais envie d'en parler à la rubrique cinéma, ce que je ferai peut-être. Mais je retiens cette idée d'adolescents qui deviennent des vieillards. Mais ceux qui le deviennent parmi nous ne le deviennent pas à cause de la guerre, mais au contraire de l'étrange paix contemporaine.

Voilà. Ce qui ressort de ces remarques, c'est que les hommes sont devenus de plus en plus rares. Ce serait évident si on faisait référence aux qualités spirituelles et intérieures des anciens. Mais même en prenant pour référence les visages et les voix qui ont marqué le cinéma du siècle dernier, cela me parait évident et comme palpable. En tout cas, c'est la perception que j'en ai. Quant à la fierté d'être moderne, c'est une chose que je dois reconnaitre n'avoir jamais ressenti. Sinon, je retiens avec reconnaissance l'histoire des caillous de MEDIATOR. C'est une histoire à ne pas oublier. J'espère ne pas avoir oublié de mettre les principaux caillous. Si Dieu le veut.
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JOHN
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MessageSujet: PSEUDO PROGRES   Sam 15 Mar 2008 - 18:50

I) Par rapport à la légère digression sur la question de la (prétendue) « supériorité » des modernes par rapport aux anciens :
Apolitique a écrit:
Vindex a écrit:
(...) nous [« modernes »] nous sentons supérieurs à ceux qui nous ont précédés.(...)
(...)
Je n'ai pas l'impression de me sentir supérieur à ceux et celles qui étaient présents avant nous.
Au contraire, je pense que plus la Société avance dans la modernité que j'appellerais "contingente" plus l'Homme est aspiré par elle et par conséquent est éloigné des "vraies" valeurs. L'Homme moderne est perverti par la Société moderne. Les Hommes précédents, n'avaient pas cette perversion en eux et c'est pour ça que je ne les méprise pas et même c'est pour ça que je les respecte.
Cioran (1911-1995) dans Précis de décomposition (1949), Chap. « Le décor du savoir » :
Citation :
Nos vérités ne valent pas plus que celles de nos ancêtres. (…) Le Savoir – en ce qu’il a de profond – ne change jamais : seul son décor varie. (…) Un attirail de formules remplace seulement la pompe des anciennes légendes, sans que les constantes de la vie humaine s’en trouvent modifiées, la science ne les appréhendant guère plus intimement que les récits poétiques.

(…) Pour ce qui est des grands problèmes, nous n’avons aucun avantage sur nos ancêtres ou sur nos devanciers plus récents : on a toujours tout su, au moins en ce qui concerne l’Essentiel ; la philosophie moderne n’ajoute rien à la philosophie chinoise, hindoue ou grecque.

Hegel est le grand responsable de l’optimisme moderne. Comment n’a-t-il pas vu que la conscience change seulement ses formes et ses modalités, mais ne progresse nullement ? Le devenir exclut un accomplissement absolu, un but : l’aventure temporelle se déroule sans une visée extérieure à elle, et finira lorsque ses possibilités de cheminer seront épuisées.

Le degré de conscience varie avec les époques, sans que cette conscience s’agrandisse par leur succession. Nous ne sommes pas plus conscients que le monde gréco-romain, la renaissance ou le XVIIIe siècle ; chaque époque est parfaite en elle-même – et périssable. ***

Il y a des moments privilégiés où la conscience s’exaspère, mais il n’y eut jamais éclipse de lucidité telle que l’homme fût incapable d’aborder les problèmes essentiels, l’histoire n’étant qu’une crise perpétuelle, voire une faillite de la naïveté.
*** + = Nietzsche (1844-1900) dans L’antéchrist (1888), §4 :
Citation :
L’humanité ne représente pas un développement vers le mieux, vers quelque chose de plus fort, de plus haut, ainsi qu’on ne le pense aujourd’hui.

Le « progrès » n’est qu’une idée moderne, c’est-à-dire une idée fausse. Dans sa valeur l’Européen d’aujourd’hui reste bien loin au-dessous de l’Européen de la Renaissance. Se développer ne signifie absolument pas nécessairement s’élever, s’intensifier, se fortifier.

En un autre sens, il existe une continuelle réussite de cas isolés, sur différents points de la terre, au milieu des civilisations les plus différentes.
Autrement, le véritable sens de l’histoire du point de vue de « la Tradition » – avec la doctrine des 4 âges : d’or/d’Eden, d’argent, de bronze et de fer (ou âge sombre) – est un sens involutif… c’est-à-dire que du point de vue civilisationnel/spirituel, ce sens plutôt que d’évoluer vers le progrès (ou quelque âge d’or), au contraire, tend à s’éloigner d’un principe supérieur avec le temps, et par conséquent – excepté du (seul) point de vue du progrès technique – à régresser de plus en plus… :
http://kalayuga.frbb.net/pluriversum-f12/la-fin-du-monde-en-2012-t2685.htm#55953

Nada a écrit:
Dès qu'on parle, en matière d'homme ou d'humanité, de supérieur ou d'inférieur, c'est curieux, la supériorité est toujours du côté de celui qui parle, ou du lieu ou du temps où il se situe. Trop facile.
Cioran (1911-1995) dans Cahiers, p. 210 :
Citation :
« Chaque génération vit dans l'absolu, c'est-à-dire qu'elle réagit comme si elle était parvenue au sommet de l'histoire.
Le grand secret de tout : se sentir le centre du monde. C'est exactement ce que fait chaque individu. » *

* Repris dans De l’inconvénient d’être né, chap. VIII (1973) :
« Chaque génération vit dans l'absolu : elle se comporte comme si elle était parvenue au sommet, sinon à la fin de l'histoire. »

II) Sinon la formation d’un « vrai homme » passe nécessairement par une certaine (véritable) éducation (assez différente de celle "moderne" actuelle)…

Dans les sociétés Traditionnelles il y a des rites de passages (parfois doublés d’épreuves physiques risquées) qui permettent le passage (de l’adulte) à l’état d’homme "véritable" (entraînant une sorte de saut qualitatif psychologique de maturation intérieure)…

Dans les sociétés modernes, les rites de passages traditionnels ayant quasiment disparu (sans doutes pas jugés assez « égalitaires » ou « démocratiques »), les individus (en particulier masculins) sont prolongés dans une espèce d’état adolescent(rique) voire infantile, atteints (d’immaturités psychologiques chroniques) quasi-indéfini... cela même quand ils se croient « adultes »…

De sorte que cette phrase de l’eugéniste du biologiste, prix Nobel de médecine, Alexis Carrel (1873-1944), semblerait plus que jamais "moderne" d’actualité :
Citation :
« Beaucoup d’individus, soit en France, soit aux Etats-Unis, ne dépassent pas l’âge psychologique de dix ans. La majorité n’atteint jamais la majorité mentale. » (Réflexions sur la conduite de la vie, p.12)
Ceci pouvant expliquer cela… (en premier lieu certains résultats « électoraux »…)

Pour le métaphysicien Frithjof Schuon (1907-1998) un « homme véritable », vraiment équilibré et viril, est aussi un homme ayant conservé (ou bien intégré) sa part enfant(ine)... cela, contrairement à ceux qui se prennent vraiment au sérieux pour soi-disant "adultes"...

Ainsi qu’il l’écrit dans L’œil du cœur (Gallimard 1950; seconde édition (revue et corrigée), Dervy-Livres, 1974 ; troisième édition, L'Âge d'Homme, 1995), au chap. « De l’oraison et de l’intégration des éléments psychiques », p. 123 :
Citation :
Dans trop de cas, la possibilité psychologique de l’enfance n’arrive pas au terme de son épanouissement normal ; la manifestation nécessaire de cette possibilité est arrêtée, le plus souvent, par les méfaits de l’éducation scolaire, et subsiste comme étouffée ou écrasée, ou semblable à un noyau rétréci et durci, durant tout le développement ultérieur de l'individu.

D’où un déséquilibre psychique qui se manifestera par l'absence apparente de l'élément enfantin d'une part, et par des réactions enfantines d'autre part, réactions que ne subira pas l'homme équilibré, puisque sa possibilité virile se sera intégrée la possibilité enfantine, et que celle-ci sera comme l'arrière-plan de sa virilité.

La virilité – virtus – est toujours l'aspect et le fait d'un équilibre ; l'homme qui n’est qu'adulte, c'est-à-dire qui l'est à l'exclusion de tout élément enfantin, ne l'est qu'imparfaitement et en quelque sorte par incapacité de rester enfant ; or, une incapacité n’est jamais une supériorité.

Il faut dépasser l'état d'enfance par intégration, par « digestion » si l’on peut dire, et cette nécessité est déjà indiquée par le fait qu'il y a une parfaite continuité entre les différents âges ; cela signifie que l'individu doit jouir à tout âge de tout ce que les âges précédents comportent de positif, et qu'il réagira donc à l'égard des événements, non pas d'une manière qui dépendra étroitement de son âge, mais en plein équilibre, unissant par exemple la spontanéité de la jeunesse à la pondération de l'âge mûr ; en d’autres termes, il possédera son « moi » temporel à l'état intégral ; toute attitude positive, qu'elle soit enfantine ou autre, est nécessaire et précieuse.
Du fait de cette carrence, sur la pathologie engendrée sur les hommes (lourdeur), voir la citation de (Nicole Debrie citant elle-même) Céline tout à la fin de ce post


Dernière édition par JOHN le Ven 13 Juin 2008 - 23:15, édité 4 fois
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Dim 9 Aoû 2009 - 13:32

Jul le Marteau a écrit:
Vindex a écrit:
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir

Si tu peux être amant sans être fou d'amour
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre
Et te sentant haï, sans haïr à ton tour
Pourtant lutter et te défendre

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
travesties par les gueux pour exciter les sots
Et d'entendre sur toi mentir leur bouche folle
Sans mentir à ton tour d'un mot

Si tu peux rester digne en étant populaire
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois
Si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu'aucun d'eux ne soit tout pour toi

Si tu peux observer, méditer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur
Rêver, mais sans jamais laisser le rêve être ton maître
Penser sans n'être qu'un penseur

Si tu peux être dur sans être en rage
Si tu peux être brave sans être imprudent
Si tu peux être bon, si tu peux être sage
Sans être moral ni pédant

Si tu peux rencontrer triomphe après défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront

Alors les rois, les dieux, la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et ce qui vaut mieux que les rois et la gloire
Tu seras un homme, mon fils

Rudyard Kipling
Et le vieux professeur de l'histoire du début de ce sujet n'était autre que... Alain Bonnet de Soral.

Et Rudyard Kipling est un de ses nombreux noms de plume.

Rudyard Kipling aurait voté Dieudonné !
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Dim 9 Aoû 2009 - 15:39

Ce qui est vrai, pour le coup.

Peut-on poster ici des photos de "vrais hommes" et une succincte explication de notre choix ?

-------------------------------------------------------------------------

Oshun a écrit:
Jul le Marteau a écrit:
Peut-on poster ici des photos de "vrais hommes" et une succincte explication de notre choix?
On peut poster tout ce qui apporte quelque chose au forum... Donc oui, bien sûr.
Peut-on considérer cet homme comme un Vrai Homme ?

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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mar 15 Sep 2009 - 3:34

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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Ven 8 Jan 2010 - 22:13


Et si on relisait Genet ?












C'était le premier jour de vrai printemps après un long hiver pluvieux. Sur le trottoir une vieille mendiante me précédait. J'accélérai le pas. Je n'ai jamais beaucoup aimé les clochards. Question d'odorat, probablement ! Mais selon mon habitude, je me retournai sur elle lorsque je la dépassai et vis qu'elle avançait à pas lents, retenant de sa main droite en le soulevant légèrement, un pan de son haillon. Cette femme déchue avait le maintien et la démarche d'une infante d'Espagne. Le matin même, on m'avait demandé cet article sur Jean Genet qui venait de mourir, et voilà qu'il m'envoyait ce clin d'œil bien caractéristique de son œuvre.

Pauvre Jean Genet, hissé par le chœur des pleureuses au rang des écrivains officiels ! Depuis Sartre, les intellectuels bien-pensants, en bons pédagogues soucieux de normaliser un délinquant, n'ont jamais désespéré de mener cet ancien taulard sur la "voie de la socialisation". Le temps de la récupération semblait enfin venu avec la France socialiste : l'inévitable Jack Lang lui remettait en 1983 le Grand Prix national des Lettres (mais Genet eut le bon goût de se récuser) ; la Comédie-Française l'inscrivait à son répertoire. À cet éloge funéraire tendancieux, il fallait une fausse note. Elle est venue de l'extrême-droite. Ceux qui n'ont pas encore digéré le scandale des Paravents à l'Odéon, pour y avoir vu une atteinte à l'honneur de l'armée française - qui en 1966 en avait subi bien d'autres - se sont déchaînés contre l'auteur de cette pièce plutôt ratée. Pour les inconditionnels de la "France d'abord", celle qui ne fait pas la moue sur Peyrefitte, ce Voltaire de pissotière, mais reproche à Genet "de s'enorgueillir de ce que l'on cache", la disparition de cet écrivain laisse "un monde un peu plus propre" (Minute, 18 avril 1986). Je suis sûr que des deux hommages, celui des embaumeurs et celui qui crache sur son cadavre, Jean Genet aurait préféré le dernier. Sous sa plume, les crachats se transfiguraient en roses.

Quand Jean-Paul Sartre assassine Genet

Il ne s'agit pas de défendre Genet pour ce qu'il a revendiqué être : homosexuel, traître, voleur, presque criminel (mais trop lâche pour cela). Avec ce palmarès il a excité les salons littéraires et conforté le masochisme de la caste intellectuelle.

Mais si Genet se prêta un peu à ce jeu au tournant des années 50, il cessa rapidement d'être l'otage de qui que ce fût. Ceux qui voyaient en lui un révolutionnaire et espéraient des manifestes pleurnichards sur l'injustice, les prisons et la peine de mort, durent ravaler très vite leur déception. Ils n'avaient découvert qu'un révolté, un solitaire taillé dans la plus belle eau.
La vie de Jean Genet offre peu d'intérêt : en fait l'écrivain a toujours transfiguré le réel. Quelques repères s'imposent cependant. Il naît en 1910 de parents inconnus, passe son enfance chez des paysans du Morvan, commet très tôt quelques vols qui le conduisent en maison de redressement. Puis, c'est l'errance d'une vie de mendiant et de prostitué dans toute l'Europe des ports, des basfonds où grouillent voleurs, trafiquants et maquereaux, et toujours, quel que soit le pays, la prison et l'expulsion.

À Fresnes, il écrit son premier poème, le Condamné à mort, à la gloire d'un assassin qu'il transforme en demi-dieu. Pour chanter l'abjection, le crime, le monde des réprouvés, il choisit la métrique la plus conventionnelle - l'alexandrin -, usant d'une langue superbe, parfois précieuse, extrêmement musicale, plus proche des symbolistes que celle des surréalistes anarchisants :

J'ai tué pour les yeux bleus d'un bel indifférent
Qui jamais ne comprit mon amour contenue,
Dans sa gondole noire une amante inconnue,
Belle comme un navire et morte en m'adorant.


Toujours prisonnier, Genet écrit en moins de 5 ans l'essentiel de son œuvre poétique et romanesque. Son lyrisme chatoyant se déploie pour magnifier les travestis (Notre-Dame des Fleurs), les délinquants du bagne d'enfants de Mettray et les condamnés de la centrale de Clairvaux (le Miracle de la Rose), les matelots et les policiers (Querelle de Brest) et, dans son roman le plus sulfureux, le plus irrécupérable, Pompes funèbres, les SS, les miliciens et les résistants. Lorsqu'il est gracié en 1948, il entreprend une autobiographie héroïsée dont seul paraîtra le premier tome, Journal du Voleur (1949). Délivré des contraintes carcérales, Genet n'a plus besoin de s'évader dans la littérature.

Pour son malheur il intéresse Sartre qui "commet" sur lui un énorme pavé, Saint Genet, comédien et martyr (1952). Mis à nu, violé par un philosophe insensible au sacré, qui nie la dimension métaphysique de sa révolte et lui explique qu'il n'y a pas d'archétype du Mal, voici Genet réduit à un pauvre garçon en délicatesse avec la société. D'un trait de plume, un professeur à lunettes a évacué ses fleurs de rhétorique et piétiné ses jardins secrets : Genet ne se livrera plus. Le romancier-poète meurt assassiné par l'Université. Après quelques années d'hébétude, de vide intérieur, il a cru trouver son salut dans le théâtre qu'il avait déjà abordé à la prison de la Santé avec Haute Surveillance et les Bonnes (1944), sa pièce la plus jouée. Le Balcon (1956), les Nègres (1958), puis enfin les Paravents (1961) ont été accueillis avec ferveur, mais non sans ambiguïté, par les partisans de l'antithéâtre.

Aujourd'hui l'audace des pièces de Jean Genet nous apparaît bien émoussée. Moins objets de divertissement que cérémonies funèbres, ses pièces visent au Sacré. En exprimant l'intention que les théâtres soient établis au milieu de cimetières afin d'associer les morts aux vivants, Genet a voulu renouer, sans en prendre tout à fait conscience, avec les origines les plus lointaines du théâtre grec, né du culte des héros morts. Malheureusement étouffée dans le moule sartrien, la langue de Genet s'intellectualise, se prend à penser et ne trouve comme lieu sacré de représentation qu'une architecture bourgeoise - l'Odéon - ou les maisons bétonnées de la culture. Dans ce monde qui a perdu le goût de la cérémonie, le théâtre de Genet, du moins tel qu'on peut le rêver, n'a guère sa place.

Conscient de son échec, Genet se réfugie dans le silence. Il n'en sort que pour défendre les plus rejetés, ceux qui ne trouvent pour s'exprimer, que la violence : les Black Panthers en Amérique, les Palestiniens, les immigrés en France et la bande à Baader en Allemagne. Il intervient sans a priori idéologique, se justifiant par cette phrase superbe qui a dû en faire sursauter plus d'un : "Ils ont le droit pour eux, puisque je les aime." Jean Genet prônait le droit suprême à l'injustice.

Une œuvre éminemment aristocratique

Réprouvée par les tenants de l'ordre moral pour les "vices" qu'elle met en scène, jugée réactionnaire par les partisans du nouveau roman pour le classicisme de sa phrase, l'œuvre de Jean Genet occupe une place singulière. Mauriac lui reprochait de charrier de la merde dans la langue de Racine. Cette accusation de pornographie qui contribua quelque temps à sa réputation scandaleuse ne tient pas. La grossièreté, l'obscénité de Genet, constamment magnifiées par un vocabulaire somptueux, ne sont jamais vulgaires. Dans un monde intellectualisé, distancié, Genet se comporte comme un primitif (ou un enfant, c'est pareil) pour qui la sensation - surtout toucher, sentir et voir - constitue un moyen de connaissance. Toute sa relation au monde passe donc par le corps qu'il convient de nommer. En citant les lieux de son désir - la pâleur d'un teint, une main coupée, des couilles blondes et rondes - et non en les contournant par une allusion, il provoque en lui une terreur sacrée qui le met en contact avec les forces de l'Univers.

Évoquer Sade à son propos relève donc du malentendu le plus total. Pour Genet le corps est moins un objet désiré à soumettre qu'une ouverture vers la divinité du monde. Le situer dans la tradition des blasons du corps en vogue au XVIe siècle ou des stupra de Rimbaud ne m'apparaît guère plus convaincant. Il y a trop de ferveur religieuse dans son désir pour ne pas penser immédiatement aux mystères dionysiaques : rencontre, signes, exaltation qui provoque le chant poétique, tout un parcours initiatique aboutit à un dévoilement du sexe, à cet Éros qui chez les Grecs animait le monde.

On a également reproché à Genet sa préciosité. Roger Nimier l'avait surnommé "la Mademoiselle Scudéry du bagne". Formule méchante, mais assez juste. Malgré les personnages qu'il met en scène, Genet n'a vraiment rien d'un auteur populaire. Sa phrase est mouvante, fuyante, parfois alambiquée, souvent truffée d'imparfaits du subjonctif ; son vocabulaire emprunte beaucoup aux symbolistes et à leurs excès.

L'argot, qu'il emploie presque uniquement dans les dialogues, intervient non pas pour donner une couleur locale - Genet n'a cure du réalisme - mais plutôt comme un bijou, une pierre monstrueuse (étymologiquement un barroco) destiné à rehausser ses truands. On peut juger que cette langue surchargée comme une toile de Gustave Moreau, non exempte parfois de saint-sulpiceries, de maniérismes, a parfois vieilli. Mais rien de moins gratuit que son lyrisme.

Outre qu'il maîtrise parfaitement son style, Jean Genet a besoin de sublimer, de retrouver la Beauté par l'écriture, d'inverser pour son salut en ceintures de roses, en palais, en héros ce qui en réalité n'étaient que chaînes, cellules grises et voyous minables, bref de créer comme il l'a écrit "une légende dorée".

Est-ce l'effet d'une critique trop intellectuelle, paralysée par Sartre, on a surtout souligné chez lui certains aspects négatifs, comme la révolte sociale, la marginalité, les cris de haine, l'inversion totale des valeurs, sans se rendre compte que son œuvre retrouve d'instinct la construction mythique. Primitif, ce qui ne veut pas dire naïf, il transfigure le réel par le chant ; il ritualise.

Le Miracle de la Rose, par ex., tient plus de la chanson de geste que du roman. À partir d'une réalité sordide - l'univers des prisons rempli d'individus vomis par la société -, Genet se créé un royaume qui a ses lieux magiques (le mitard, la salle de discipline avec "sa tinette impériale"), son île merveilleuse (la Guyane), et même son Graal (la cellule du condamné à mort Harcamone, éclairée jour et nuit).

Tous ces réprouvés sont des aristocrates du Mal, des êtres nobles au sens strict du terme, qui se déplacent lentement, transforment leurs gestes en signes, portent chacun, telle une armoirie, une particularité, tatouage, cicatrice ou expression argotique. Ils calquent leur attitude sur des modèles qu'ils élèvent au rang de Puissances archétypales : le Dur, le Voleur, l'Assassin. Par toute une série de rites de passage proches de la société guerrière qu'ils reconstituent spontanément, ils vont de dureté en dureté, de mitard en mitard, subir les épreuves d'où ils sortiront purifiés. Pour Genet qui refuse de se reconnaître en tout homme, car chacun porte en soi une royauté secrète, le héros absolu, "celui qui a élevé son destin comme on élève une tour", est le Condamné à mort, modèle inaccessible, dépouillé de toutes contingences terrestres, à la fois nouveau Parsifal et victime expiatoire.

Rien de moins anarchique que ce monde clos. Les prisons de Genet sont des palais où l'étiquette pèse autant qu'à l'Escurial. On y obéit à un rituel strict dont le langage codé, les règles vestimentaires, les échelons de peine, les cortèges nuptiaux et funèbres n'ont d'autre but que d'établir une hiérarchie que nul n'envisagerait de transgresser. "Fils de rois, princes, conquistadors", les durs appartiennent à une caste noble, une sorte de garde de fer. Au-dessous d'eux, à leur service, s'agitent les favoris, les courtisans, les clodos enfin, "peuple noir et laid, chétif et rampant sans qui le patricien n'existe pas". Tous cousins, comme les Atrides ou les princes de la Renaissance italienne, ils se désirent, s'aiment, s'injurient en formules homériques, se battent pour leur honneur, s'entretuent ou immolent l'un d'entre eux, bref portent au paroxysme leur existence "tragique et noble".

Parce qu'elle parle d'assassins, de voleurs, de traîtres et de pédés, on a oublié que l'éthique de Jean Genet est éminemment aristocratique, à l'opposé de la sentimentalité baveuse qui fait florès depuis des décennies. "La noblesse est prestigieuse", écrit-il dans Notre-Dame des Fleurs. "Le plus égalitariste des hommes, s'il n'en veut convenir, subit ce prestige et s'y soumet. Deux attitudes en face d'elles sont possibles : l'humilité ou l'arrogance, qui l'une et l'autre sont la reconnaissance explicite de son pouvoir." L'idée que tous les hommes puissent être frères l'écœure. Il préfère s'en tenir à une fraternité d'Ordre, proche du clan, qu'il a connue en prison. Si, plus tard, il choisira de défendre certains opprimés - les Palestiniens par ex. -, il ne justifiera pas son engagement par des raisons idéologiques, mais seulement émotionnelles : les frères qu'il entend se choisir sont maudits et debout dans la révolte. Amateurs des droits de l'homme, s'abstenir.

Tout ce qu'a écrit Genet sur la prison ou la peine de mort est à cet égard significatif. Pour lui, le casseur, le dur, en volant ou en tuant, met son corps en péril tel un guerrier. Il ne mérite pas la prison : c'est la prison qui se doit d'être à sa hauteur, d'où la nécessité d'un code sévère et strict, d'un règlement sans faille. "L'enfant criminel, c'est celui qui a forcé la porte sur un endroit défendu. Il veut que la porte ouvre sur le plus beau paysage du monde : il exige que la bagne soit féroce. Digne enfin du mal qu'il s'est donné pour le conquérir" (L'Enfant criminel, 1948 ; ce texte écrit pour la radio sera interdit).

Le rôle de la prison est donc de travailler le condamné comme la matière la plus dure, d'en faire, en le mettant à l'écart, une espèce de "supra-terrestre", ce qui lui permettra au sommet de son ignominie d'accéder à la sainteté. Inutile d'ajouter que Genet rejette l'indulgence de la Justice. Il demanderait plutôt un surcroît de répression. Il refuse une société qui, par hypocrisie ou par lâcheté, trouve toujours une excuse aux criminels, "car c'est insulter un coupable que de le vouloir innocent" ; il regrette la suppression de Cayenne comme si on l'avait "opéré de l'infamie" ; il va même jusqu'à souhaiter qu'on rétablisse les bagnes d'enfants, "car détruits, ils seraient remontés par des enfants".

Peut-être n'est-ce là que littérature, mais n'oublions pas qu'il écrivait ceci en prison. En fait, il estime que tout un système s'est dégradé à partir de 1940 ; en enfermant un grand nombre d'innocents, la guerre a dissous la dureté des prisons pour les transformer en "lieux de lamentations". Depuis, l'air du temps a même contaminé les prisonniers : ils accusent, ils militent contre les QHS, ils pleurnichent. Refusant d'assumer les conséquences de leurs actes, ils sont "incapables de se tenir au-dessus de leur propre abjection". Ils ne demandent qu'à réintégrer la société. Leur absence d'orgueil ne les rend plus dignes d'être "les enfants des anges".


Genet revendique le droit aux honneurs du Non


Loin de lui faire horreur, la peine de mort le fascine. L'assassin, instrument du destin, porte en lui-même sa condamnation : il espère le châtiment. Devenu le grand bouc émissaire de la société, il est nécessaire qu'il meure. Mais sa mise à mort ne peut pas être accomplie sans un rituel quasi-religieux. Le lourd cérémonial de la Cour d'assises vise à recréer sur terre le jugement des Enfers. Tel un roi, le condamné à mort est à la fois seul et entouré, servi et gardé, couronné en Cour d'assises, revêtu d'insignes sacrés - ses chaînes et ses fers -, conduit en cortège funèbre jusqu'à la guillotine. À suivre Genet au bout de son raisonnement, la suppression de la peine de mort ne serait qu'un signe de plus de la désacralisation de notre société, une incapacité à isoler l'Intouchable, à désigner le tabou, en un mot à assumer l'horreur qu'est chaque crime.

S'il place le Mal et la Mort au centre de son œuvre, Genet, on le voit, n'a rien d'un écrivain contestataire. Il revendique seulement "le droit aux honneurs du Non" : non à la société américaine "qui prétend bannir le mal"; non même à la réussite de sa révolte qui lui ôterait toute raison d'être. "Je voudrais, écrit-il, que le monde ne change pas, pour me permettre d'être contre le monde." Être contre le monde. En érigeant la Traîtrise et l'Ignominie au rang de valeurs exceptionnelles, le poète dans sa prison voulait accéder à une sainteté monstrueuse, irrécupérable. La liberté lui ouvre une société où chacun y va de son petit reniement, se vautre dans l'infâmie comme un poisson dans l'eau. Devenu courant le mal ne présente plus aucun intérêt. Genet aurait pu gérer sa réputation d'écrivain maudit. Il a préféré le silence à la récupération de son cri. Belle destinée pour un traître que de mourir en homme d'honneur.


Denys Magne Eléments n°59, été 1986




Dernière édition par Active X le Sam 1 Oct 2011 - 4:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Jeu 29 Avr 2010 - 5:03

Malgré en filigrane sa vision schématique en "camps" (politiques), défaut que l'on retrouve au demeurant couramment chez ceux se targuant d'être "historiens d'idées" (considérées in abstracto, en dehors des situations historiques et sociales), cet article-hommage sur deux écrivains dits "engagés" (Bernanos et Orwell) remet à l'honneur la vertu... d'honneur (à ne pas confondre avec la susceptibilité souvent mal placée d'un hidalgo) :


Les paradoxes de l'honneur




Au lendemain du soulèvement militaire franquiste en juillet 1936, nombre d’écrivains témoins du conflit comprirent que penser contre son camp était une question d’honneur. Français, Anglais ou Américains, ils firent voler tous les déterminismes sociologiques, religieux et politiques.


Jacques Duclos fut un des visages les plus célèbres du Parti communiste français et connut une véritable gloire quand il faillit accéder, à quelques milliers de voix près, au second tour de l’élection présidentielle de 1969 et qu’il laissa en tête-à-tête Poher et Pompidou sur la désormais célèbre formule « Blanc Bonnet et Bonnet Blanc ». S’il incarna par sa rondeur, son accent et sa bonhomie une certaine idée du communisme à la Française, il ne faut pas oublier qu’il fut un thorézien de stricte observance et occupa l’intérim de secrétaire général dans les années 50 lors de la maladie du grand Maurice.

En 1974, un an avant sa mort, Duclos publie un Ce que je crois dans la célèbre collection de Grasset. Il y déroule, avec une certaine aisance, le récit de sa vie et de sa carrière militante, exemplaire, forcément exemplaire. Seulement, l’époque n’était pas encore aux rewriters et autres communicants qui auraient sans doute poli son image mais aussi éliminé une étonnante information qui n’aurait pas cadré avec la légende d’un grand responsable communiste.

Jacques Duclos, en effet, confie quelles sont ses lectures préférées dans un chapitre intitulé « En lisant Hemingway et Bernanos ». Quoi, l’homme qui avait approuvé quelques années plus tôt l’intervention des chars russes à Prague, que même les communistes les plus endurcis eurent quelque mal à admettre, confiait son admiration pour un écrivain américain et un romancier catholique ? Là où l’on se serait attendu, plutôt, à Aragon, ou encore à André Stil ou pour faire dans les grands anciens, les inévitables Hugo et Zola. La clé de cette surprenante dilection, il la donne assez vite au lecteur, elle tient en deux mots : la guerre d’Espagne.

Duclos l’a vue de près. Entre 1936 et 1938, il fut l’envoyé spécial des communistes Français auprès du Parti communiste espagnol, que le PCF considérait un peu comme un petit frère. Il côtoya André Marty et prit aussi part, parfois, aux règlements de compte politiques au sein du camp républicain et des Brigades internationales. Dans son Ce que je crois, écrit 40 ans plus tard, Duclos – on le comprend –, ne veut plus retenir que le meilleur : l’enthousiasme de l’engagement qui toucha tant d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes pour une cause juste. Ce fut cela aussi, la guerre d’Espagne, du côté des républicains.

Hemingway et Malraux

Tous les déterminismes sociologiques, religieux, politiques volèrent en éclats en face des troupes d’élite de Franco soutenues par les nazis et les mussoliniens qui expérimentaient tapis de bombe et usage des blindés de Guernica à la Cité universitaire de Madrid. On vit arriver des Américains de la génération perdue pour qui le traditionnel voyage en Europe était comme une libération d’une nation adolescente et puritaine. C’est d’abord, en 1937, l’aficionado Hemingway, peintre d’une jeunesse sans but, qui perd ses espérances dans les ferias de Pampelune à se faire peur, ivre dans les arènes, comme il le raconte dans Le Soleil se lève aussi. Mais le voilà correspondant de guerre et correspondant de guerre de plus en plus engagé comme le montrera Pour qui sonne le glas, son chef-d’œuvre. On pourrait aussi parler de son ami Dos Passos avec qui il se brouilla sur la question de l’attitude à adopter face aux staliniens.

Chez nous, ce fut Malraux, jeune dandy millionnaire, achetant avec sa fortune des avions qui formèrent l’escadrille España et qui raconte dans son roman L’Espoir, à travers le personnage de Ximenez, général catholique et loyaliste resté fidèle à la République à quel point, ce fut, pour nombre d’hommes, une question d’honneur que de penser contre son camp.

Bernanos et Orwell

Il faut également citer Georges Bernanos et George Orwell. Ils ne se connurent pas, les deux George(s). Ce n’est pas très grave, l’un comme l’autre n’étaient pas de leur temps et partageaient malgré tout le seul point commun qui vaille pour les écrivains qui dureront : une allergie métaphysique à leur époque. Ce point commun conditionne tout le reste : les désespoirs, les colères, les refus, une certaine façon d’être au monde pour témoigner de l’horreur de vivre et de l’honneur de vivre, au siècle de la mort massifiée.

À ma gauche non stalinienne, George Orwell, de son vrai nom Eric Blair, rejeton d’une famille anglo-indienne, déclassé comme toute une génération d’intellectuels de cette époque encore ossifiée par les castes victoriennes. On pourra lire le trop méconnu Tels, Tels étaient nos plaisirs [1947] pour comprendre la charge d’humiliation que peut représenter d’être l’enfant le moins riche dans une prep school au début du siècle dernier. À ma droite non fasciste, Georges Bernanos, élève des jésuites, né à Paris, mais enfant du Pas-de-Calais, ce middle of nowhere propice aux angoisses pour le curé de campagne et au suicide pour les Mouchette, ces lolitas de la déréliction. Quand George Orwell aurait voulu quitter l’Angleterre étouffante de Et vive l’Aspidistra ! ou pré-apocalyptique d’Un peu d’air frais, Georges Bernanos crevait de rage et de tristesse dans la France timorée de la IIIe République, celle de La Grande Peur des bien pensants, du radical opportunisme et de l’amnésie d’une Histoire de France à qui plus personne ne veut se rallier.

Quand Orwell aura été policier en Birmanie dans sa jeunesse, Bernanos, lui, aura eu plus souvent qu’à son tour à faire avec les forces de l’ordre : bagarres contre les prêtres ralliés, complots pour restaurer la monarchie au Portugal, coup-de-poing avec ses copains les Camelots du Roi. « Pour tout dire, j’aimais le bruit ». On ne saurait mieux dire. Pourtant, Bernanos et Orwell ont aussi eu en partage des allures d’hommes terriblement quotidiens, des postures de héros simenoniens. Il y a dans leurs œuvres respectives des odeurs de garnis, des mélancolies de meublés, des tables d’hôte à la lumière chiche. Ils ont vécu la vie moderne, celle d’après 1918, la vie d’une terre qui commence à se couvrir de non-lieux dirait Marc Augé, quartiers sans âme, campagnes quadrillées par le remembrement agricole, halls de gare, de banques.

Bernanos, inspecteur d’assurance, dans les trains entre Fressin et Bar le Duc : « 27 juin 1924. Je vous écris dans un ignoble café de Rethel. Il n’y a d’humain ici qu’une souillon qui va de table en table et répète : Un bock, M’sieur ? ». Orwell, même époque, qui transpose son quotidien mal éclairé d’employé de librairie dans Et vive l’Aspidistra ! : « Gordon sortit sa clé et tâtonna avec dans le trou de la serrure – dans ce genre de maison la clé ne va jamais parfaitement bien dans la serrure. » Le sordide de l’inadéquation, le post-naturalisme du désastre mais malgré tout la foi chevillée au corps : Dieu pour Bernanos, le socialisme pour Orwell, l’urgence d’une œuvre pour les deux. Retrouver la figure du monde devient un impératif catégorique.

Orwell verra la Birmanie, certes, mais il ira beaucoup plus loin à la rencontre de l’homme nu. Pas besoin d’Afrique, d’horreurs coloniales. Le quai de Wigan suffira, exotisme horrible de la silicose des mineurs du nord de l’Angleterre ou Dans la dèche à Paris et à Londres, à perdre sa santé dans les dortoirs qui sentent la tuberculose et les soupes populaires qui sentent le chou : « J’aimerais comprendre ce qui se passe réellement dans l’âme des plongeurs, des trimardeurs et des dormeurs de l’Embankment. Car j’ai conscience d’avoir tout au plus soulevé un coin du voile dont se couvre la misère. »

L’expérience d’Orwell aurait évidemment plu à Bernanos, le catholique intégral mais pas intégriste. Bernanos aussi sait que la misère est la honte du monde, mais pour lui c’est Dieu qu’on blesse. Il le scande, il le slame, c’est partout le Christ aux outrages dans les nouvelles fabriques concentrationnaires où crèvent « les humiliés et les offensés ». Apostrophant la bourgeoisie au début des Grands cimetières sous la lune, il écrit : « Il est affolant de penser que vous avez réussi à faire du composé humain le plus stable une foule ingouvernable, tenue sous la menace des mitrailleuses. »

Diogène cherchait un homme, il en aurait trouvé au moins deux avec Orwell et Bernanos et pourtant l’espèce se fait rare dans l’Europe des années 30. On a pris de sales habitudes avec le genre humain depuis les abattoirs de Verdun, du Chemin des dames mais aussi dans les usines Ford taylorisées ou sur les chantiers des grands travaux du nazisme et du fascisme. On a tendance à ne plus distinguer que deux sortes d’individus : l’esclave et le surhomme. C’est ce que fuit Bernanos quand il part au Brésil en 1938, ce monde de robots cruels, celui que peindra en 1949 un Orwell agonisant, écrivant 1984 comme un testament. Ces deux-là ont toujours eu l’intuition du massacre et cette intuition, c’est la guerre d’Espagne qui va la vérifier.

Ils vont lui consacrer chacun un livre qui paraît la même année, en 1938 : Les grands cimetières sous la lune pour Bernanos, Hommage à la Catalogne pour Orwell. La fracture qui s’opère pendant une guerre civile ne s’opère pas seulement entre des classes so­ciales, des régions ou des ethnies, elle traverse les individus eux-mêmes, dans une sorte de schizophrénie idéologique, de déchirement intérieur. Orwell et Bernanos vont constater la mê­me chose. Le camp qui devrait être le leur est monstrueux. Bernanos devrait acclamer Franco, ses bataillons maures et ses évêques chamarrés, au nom du Christ-Roi et de sa victoire sur le matérialisme athée tandis qu’Orwell devrait soutenir sans nuance l’héroïsme de l’armée républicaine sous-équipée, la furie sublime des anarchistes, la générosité des Brigades internationales qui montent au feu avec cinq cartouches par fusil. Oui, mais voilà, Orwell et Bernanos sont affligés d’un mal terrible : l’honnêteté.

Engagé dans les rangs du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste), Orwell constate la reprise en main par les plus durs des staliniens du camp républicain. La république veut les avions de l’URSS ? Le Guépéou (police politique soviétique, NDLR) veut des têtes, et elle les aura. Orwell n’oubliera jamais les arrestations sauvages dans les rues de Barcelone en mai 1937. Bernanos, quant à lui, osera s’exclamer à propos de ce conflit et la complicité objective du clergé espagnol avec les massacres de paysans et d’ouvriers : « Excellences, Vos Seigneuries ont parfaitement défini les conditions de l’Ordre Chrétien. Et même à vous lire, on comprend très bien que les pauvres gens deviennent communistes. »

Ces deux-là ont eu un courage rarissime chez les intellectuels : être capable de tirer contre leur camp. Ils ne l’ont pas fait par dandysme, mais plutôt par ce qu’Orwell qualifiait fort justement de common decency, cette autre manière, modeste, de désigner l’honneur. Cela suffit à les réunir pour l’éternité, et à les ranger côte à côte dans nos bibliothèques, sans souci de cohérence alphabétique mais plutôt par nécessité méthodologique car nous allons avoir de plus en plus besoin des deux, en même temps.

Simone Weil

Comme nous aurons besoin de celle qui a tout compris, tout de suite, sur l’aspect fondateur ce cette guerre, ligne de partage des eaux encore plus métaphysique que politique. Simone Weil, lumineuse, fragile, juive, catholique, mystique de la condition ouvrière, au physique éthéré et maladif qui trouva pourtant la force de faire le coup de feu sur le front d’Aragon, écrivait, à peine de retour : « Je n’aime pas la guerre ; mais ce qui m’a toujours fait le plus horreur dans la guerre, c’est la situation de ceux qui se trouvent à l’arrière. Quand j’ai compris que, malgré mes efforts, je ne pouvais m’empêcher de participer moralement à cette guerre, c’est à dire de souhaiter tous les jours, toutes les heures, la victoire des uns, la défaite des autres, je me suis dit que Paris était pour moi l’arrière, et j’ai pris le train pour Barcelone dans l’intention de m’engager. C’était au début d’août 1936. » Cette lettre, cela n’étonnera finalement pas, était adressée à George Bernanos.


Jérôme Leroy, Témoignage chrétien, 30 juillet 2009
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MessageSujet: Time waits for nobody   Mer 5 Mai 2010 - 1:14

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Sur Cizia Zykë, il y avait un bon article de Cancer !, attendons que qqun le poste.
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Mer 20 Avr 2011 - 20:40

Et Han Solo, c'est un homme un vrai ?
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   Ven 29 Avr 2011 - 23:37

Je posais la question sérieusement: Connaissez vous Cizia Zykë?
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MessageSujet: Re: Un homme, un vrai   

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