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 Interview de Julien Landfried...

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zatopek
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MessageSujet: Interview de Julien Landfried...   Sam 22 Déc 2007 - 21:16

...téléporté du site http://www.histoiresdememoire.org/spip.php?article527


Entretien avec Julien Landfried : pour une « contre attaque républicaine »
dimanche 2 septembre 2007.




Entretien de Julien Landfried
au journal Parti Pris :



« La gauche sociale-libérale et la gauche multicommunautariste sont d’accord sur l’essentiel : l’alliance de la discrimination positive et du libre-échangisme intégral »

Propos recueillis par Emmanuel Maurel, Parti Pris, n°31, avril 2007


Parti pris : Julien Landfried, la France est elle vraiment en train d’être gangrenée par le communautarisme ? Ne brossez vous pas un tableau très noir de la situation ?

Julien Landfried : L’objet de mon essai Contre le communautarisme n’est pas de jouer les Cassandre mais de décrire la situation propice en France au développement tout azimuts du multicommunautarisme politique.

Afin d’affronter la réelle ampleur du problème, il ne faut pas hésiter à rompre avec le règne du politiquement correct et prendre le parti de nommer les responsables concrets : politiques, médiatiques et communautaires.

Depuis 2000 on a pu assister à la montée des revendications de politiques de discrimination positive sur base ethnique (CRAN, Appel des Indigènes de la République), à la multiplication des lois mémorielles (en dépit de l’opposition corporatiste et politique du milieu des historiens professionnels), à la contestation religieuse de l’espace scolaire et public (« affaire du voile », volonté de « réformer » la loi de 1905 c’est-à-dire de rompre avec ses principes), à la volonté de réorienter la politique étrangère de la France au Proche-Orient selon une grille de lecture communautaire (dont le point d’acmé annuel est le dîner du CRIF), ou encore à la tentative de faire sortir la Corse du cadre républicain de la loi égale pour tous (épisode du référendum de juillet 2003).

Je multiplie dans mon essai les exemples de faillite des institutions républicaines en regard de leur mission. Je fais le constat d’un communautarisme en expansion dans les élites, du fait du dynamisme des entrepreneurs communautaires, de la bienveillance des médias (qui cherchent des porte-parole communautaires) et de la passivité ou de la complicité des responsables politiques.

C’est ce tryptique qui explique le dynamisme de l’idéologie multicommunautariste dans les élites. Enfin j’ajoute que la très grande majorité des membres supposés de « communautés » ethniques, religieuses ou sexuelles ne se reconnaissent absolument pas dans leur « représentants » autoproclamés dont je conteste la prétention à la légitimité.



Que répondez vous à ceux qui expliquent que derrière l’universalisme républicain, il y a en réalité le blanc catholique ex-colonisateur qui refuse de reconnaître le visage de la France diverse ?

L’importation dans le débat français de la grille de lecture ethnicisante des sciences sociales américaines amène effectivement un certain nombre de « sociologues » et d’entrepreneurs communautaires (ils travaillent souvent de concert) à réduire le républicanisme civique à une idéologie de « mâle blanc catholique et hétérosexuel ».

Outre l’étonnante haine qu’un tel propos récèle (la catégorie sus-citée est-elle la seule dont on peut parler avec autant de mépris ?), elle révèle surtout le passage dans une large partie de l’intelligentsia de gauche du modèle marxiste de la lutte des classes, fondée sur les rapports de production, au modèle des « minorités victimaires » qui survalorise les différences identitaires et communautaires et les décrètent significativement supérieures aux différences sociales.

Après l’effondrement du monde communiste, la gauche marxiste a entamé une dégénérescence vers l’idéologie multicommunautariste et victimaire. Il est d’ailleurs à noter que la gauche sociale-libérale et la gauche multicommnautariste sont d’accord sur l’essentiel : l’alliance de la discrimination positive et du libre-échangisme intégral.


Vous accusez les associations antiracistes d’avoir contribué au développement du communautarisme. Est-ce vraiment sérieux ?

Les associations antiracistes ont vu leur développement s’accélérer dans les années 80 sous le double effet de l’instrumentalisation par les pouvoirs publics -ce sont des structures qui ne vivent que de subventions publiques- et de la préférence des élites pour les débats « moraux » sur les débats économiques et sociax.

L’idéologie antiraciste a réussi le tour de force d’exacerber les confltits partout où elle se déploie, du fait de son penchant pour la valorisation des différences.

L’antiracisme réel qui repose sur une égale conception de la dignité humaine est par définition même en contradiction avec la communautarisation de l’antiracisme (sensibilité hypertrophiée à l’« antisémitisme » dans le cas de la LICRA et de SOS Racisme, ou à l’« islamophobie » dans le cas du MRAP et de la LDH.)

Il est enfin à noter que la montée de la revendication de pénalisation des critiques des excès du communautarisme, s’appuie sur la rhétorique antiraciste en demandant à ce que soit assimilée à du « racisme » tout propos critique d’un mode d’organisation communautaire ou communautariste : ainsi de l’« islamophobie » ou de l’« homophobie ».


Comment expliquer l’inflation des "lois mémorielles" ?

Pour prendre le cas français, la première « loi mémorielle », la loi Gayssot, a été rédigée et votée en raison de l’inquiétude que suscitait la montée du Front national et l’émergence d’un petit courant révisionniste mené par Robert Faurisson niant la réalité et l’ampleur du génocide des Juifs d’Europe.

Alors qu’à la fin des années 1970 Faurisson pouvait développer ses thèses révisionnistes dans les pages opinions du Monde ( !) et se voir portée la contradiction, il est apparu que 10 ans plus tard, la confiance dans les vertus du débat contradictoire et de l’éducation avait largement décru, et ne laissait plus comme solution concevable que la pénalisation et la réduction du champ de la liberté d’expression.

La loi Taubira, la loi Accoyer (reconnaisance du génocide arménien), puis la loi du 23 février 2005 sont des conséquences directes et indirectes de la loi Gayssot par les jalousies qu’elle a a suscitées, le mécanisme de « concurrence des victimes » qu’elle a enclenché et l’incapacité des politiques à faire cesser la spirale inflationniste du fait d’une perversion du principe républicain d’égalité.

Plutôt que d’abroger une loi comme la loi Gayssot qui s’avère non seulement inefficace pour faire refluer le négationnisme mais aussi génératrice d’un très inquiétant antisémitisme de ressentiment, les pouvoirs publics préfèrent en effet étendre à de nouvelles catégories de victimes des « lois Gayssot bis ».



La « discrimination positive » ressort-elle vraiment de la pensée communautariste ?

La discrimination positive sur base ethnique, religieuse ou de genre ressort d’une vision pré-politique de l’espace civique en définissant comme prioritaire la nécessité de représenter la composition organique de la société dans telle ou telle institution ou profession.

Elle enferme les individus dans leur « communauté », dont la philosophie républicaine prône au contraire l’autonomie civique et l’émancipation, et finit par nier les différences sociales internes à chaque « communauté ».

Celles-ci s’avèrent pourtant, dans mon analyse, surplombantes par rapport aux variables identitaires dans le cas français, marqué par une grande exogamie ethnique, une grande liberté des mœurs mais une non moins grande endogamie sociale, qui est d’ailleurs en voie d’aggravation dans les lieux de pouvoirs (assemblées, médias, grandes écoles).



Vous en appelez à une « contre attaque républicaine » ? Concrètement, comment celle-ci pourrait-elle s’organiser ?

Je serai d’abord tenté de répondre qu’il faut des républicains pour mener une « contre-attaque républicaine », c’est-à-dire des citoyens, militants ou intellectuels, qui acceptent de prendre part à la bataille, de se heurter au politiquement correct et d’assumer la conflictualité inhérente au combat politique.

Il n’est pas possible de se contenter de disserter sur la République sans jamais nommer ses adversaires, ses petites lâchetés et ses grandes compromissions. Il est également nécessaire d’articuler la réflexion institutionnelle et philosophique (la question des principes et des valeurs) avec la réflexion économique et les questions de politique internationale. Sans cette vision rénovée des configurations nationales et mondiales, il me semble difficile d’« inverser la vapeur ».

La priorité de ce courant devra être l’inscription dans la cohérence républicaine et nationale française afin d’imaginer des réponses audacieuses et réalistes aux enjeux sociaux et politiques qui se posent actuellement.

A bien des égards, la situation sociale française est de nature pré-révolutionnaire : élites coupées du peuple, processus d’aggravation continue des inégalités, tendance croissante à railler les vertus du suffrage universel accusé de faire le lit du « populisme », enfermement autiste dans l’hyper-morale petite bourgeoise (antifascisme médiatique, immigrationnisme militant).

Sur le plan politique, il me semble qu’il faut construire des « lieux » (journaux, sites internet, instituts de formation, think tank, etc.) qui permettent au courant républicain civique de résister aux différentes offensives qui s’annoncent. Tel est le cadre, modeste mais nécessaire à une contre-attaque républicaine.


...Julien Landfried a écrit le livre (que je n'ai pas lu) suivant :



et "s'occupe", il me semble, du site : http://www.communautarisme.net/
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zatopek
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Sam 22 Déc 2007 - 21:45

Jay a écrit:
Personnage intéréssant dans la lignée de Jean Robin, mais le temps n'est pas encore venu pour que ces gens s'allient de concert avec les patriotes de l'extrême-gauche à l'extrême droite. Ils ont encore un travail à faire à ce niveau là, puisqu'ils tiennent à "leur carrière journalistique". Ce fameux Julien travaillant à Marianne...

...soyons juste tout de même Jay : Bio du bonhomme...

Bio(Actualisé en août 2007)

Bonjour à tous, en quelques lignes, comment me décrire ?

J'ai d'abord une double casquette professionnelle depuis juillet 2007 :

-Presse en ligne : Pilote industriel et opérationnel des activités de l'hebdomadaire Marianne sur Internet (via ma propre société de conseil Actu Point Info)

-Think tank : Directeur du développement de la Fondation Res Publica, fondation de recherche politique reconnue d'utilité publique depuis décembre 2005, et présidée par M. Jean-Pierre Chevènement.

Je développe par ailleurs des projets de presse en ligne ou de communication politique en ligne avec Actu Point Info.

J'ai publié un premier essai en mars 2007 intitulé "Contre le communautarisme" (Armand Colin). Cet essai s'appuie sur les travaux menés par l’Observatoire du communautarisme (www.communautarisme.net) que j’ai créé en 2003 et que je dirige depuis.

Je travaille également sur le thème du protectionnisme commercial dans le groupe de travail créé à cet effet et dont les productions sont accessibles sur le blog www.protectionnisme.eu.

Je suis diplômé de l'école HEC en 2002.
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Dim 23 Déc 2007 - 9:17

Entretien de Julien Landfried avec Témoignage chrétien : « Une inflation de revendications »
paru dans Témoignage Chrétien, 10 novembre 2005

Le directeur de l'Observatoire du communautarisme répondait ici aux questions de l'hebdomadaire Témoignage chrétien qui consacre sa Une du 10 novembre à la question "Communautarisme : le faux procès".




Le terme « communautarisme » n'est-il pas un mot-valise que chacun utilise sans trop se soucier de sa définition précise ?

Julien Landfried : Il s'agit en tout cas d'un concept assez récent qui a tout au plus une trentaine d'années. Je crois que son entrée dans le Petit Robert ne date que de 2005. Il règne en effet une espèce de flou autour de ce terme. Ce qui n'empêche pas qu'on puisse chercher à en définir précisément certains sens. Mais sans aller jusqu'au « communautarisme », c'est déjà le terme « communauté » qui pose problème. D'abord parce que les communautés, ça n'existe pas. Montrez-m'en une ! Prenez l'exemple de ce qu'on appelle la « communauté » juive. De quoi s'agit-il ? De tous les juifs de France ? De ceux qui se reconnaissent dans certaines organisations qui se veulent représentatives, tel le Crif ? Dans ce cas, cela concernerait, d'après les chiffres fournis par le Crif, environ 100 000 personnes, sur 600 000 juifs en France. Et encore, ces chiffres ne sont que des compilations du nombre d'adhérents d'organisations qui elles-mêmes adhèrent au Crif, des chiffres indirects, donc. Pour les organisations musulmanes, l'UOIF doit avoir entre 30 000 et 40 000 adhérents, ce qui est très peu par rapport au nombre de musulmans en France. Quant à la « communauté » homosexuelle, une organisation comme Act-up ne regroupe tout au plus qu'une cinquantaine de militants, l'Inter-LGBT est aussi un groupuscule. Parler de « communautés » est la plupart du temps un abus de langage dont usent volontiers les journalistes.


Est-ce à dire que l'objet de votre Observatoire n'existe pas ?

JL : Non, bien sûr. Nous nous intéressons à l'action et à la stratégie des organisations communautaires qui, elles, sont très concrètes, et parfaitement analysables voire mesurables. Ces stratégies sont diverses mais on peut discerner un certain nombre de constantes, comme un usage systématique de la victimisation, un message volontiers universaliste qui justifie des projets de fait anti-universalistes, un usage du droit qui en transforme complètement le sens.


En quoi les revendications communautaires changent-elles le sens du droit ?

JL : La loi est là non seulement pour réguler certaines activités mais aussi pour donner un cadre général à la société. Elle est la même pour tous, elle n'est pas là pour régler les problèmes de tel ou tel groupe. D'autant que cela est souvent lié à une sorte de concurrence des « victimes » où l'on perd de vue l'universel. La loi n'a pas à entrer dans ce jeu-là qui conduit à une inflation des revendications sur un mode quasi-consumériste. C'est pourtant ce qui s'est passé avec la loi Gayssot en 1990 à propos du négationnisme, la loi Taubira en 2001 sur la traité négrière ou la loi du 23 février 2005 qui prétend faire enseigner les « bienfaits » de la colonisation. Même chose avec la Charte des langues régionales ou les revendications des homosexuels concernant le mariage ou l'homoparentalité.


Certaines mesures de discrimination positive, comme la parité, ne peuvent-elles pas faire avancer les choses ?

JL : La parité ne change rien à la réelle fermeture des sphères du pouvoir. Les femmes qui accèdent à des postes convoités sont celles qui sont déjà dans les réseaux de pouvoir. On a moins de « fils de » ou de « neveu de », mais on les remplace par des « filles de » ou des « nièces de ». L'homogénéité sociologique demeure. Le reste n'est pas essentiel. Il peut y avoir aussi des effets pervers à la discrimination positive: on aura par exemple un Arabe de service qui sera réduit à son aspect communautaire. De plus, une fois qu'elle est instituée, il est très difficile de revenir sur une loi soi-disant transitoire instaurant une discrimination positive car de vraies rentes de situation se sont instituées. Toutes ces mesures sont des caches-sexes politiques qui sont prises au moment même où l'on abandonne les questions sociales. Cela illustre bien la dérive de la gauche française du social vers le sociétal.

Recueilli par Jérôme Anciberro
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el spirito
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Dim 23 Déc 2007 - 21:30

Son site est très intéressant et son discours tape juste où ça fait mal!

excellente entrevue...encore possible actuellement!
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zatopek
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Mar 25 Déc 2007 - 19:51

hades a écrit:
Mouais, discours classique soralien sur le comunautarisme et la compétition victimaire. Mais je n'adhére pas du tout. Cet analyse nie la complexité du reel et cherche à jette le bebe avec l'eau du bain.

On ne peut pas mettre par exemple sur le meme plan, l'appel des indigénes qui vient à la suite d'une vague d'arabophobie sans precedent, avec les lecons de politique etrangere que donnent le CRIF aux mnistres de la république.
Je note aussi que Julien Landerfrield se garde bien d'evoquer l'appel de Finkielkraut & co sur le racisme anti blanc...

...soit on reste ferme sur des positions sociales...soit on entre dans la position communautariste...

...et Julien Landfried voit juste quand il écrit : "elle révèle surtout le passage dans une large partie de l’intelligentsia de gauche du modèle marxiste de la lutte des classes, fondée sur les rapports de production, au modèle des « minorités victimaires » qui survalorise les différences identitaires et communautaires et les décrètent significativement supérieures aux différences sociales."
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Mer 2 Jan 2008 - 17:14

"Une logique d'exclusion" Propos recueillis par Alice Pouyat, 7 mars 2007
Alors que les candidats, Nicolas Sarkozy en tête, sont soupçonnés d'attiser les clivages communautaires, Julien Landfried, directeur de l'Observatoire du communautarisme, revient sur les dangers du phénomène, dans un essai publié ce mercredi

L'Express.fr : Que désigne exactement le communautarisme?
Julien Landfried : Le communautarisme est la revendication de droits spécifiques pour un ensemble de personnes rassemblées par des critères religieux, ethniques, sexuels… Le communautarisme apparaît quand il y a une organisation politique et que des leaders, que j'appellerais des "entrepreneurs identitaires", demandent que soit reconnue leur spécificité, par une loi ou une forme de discrimination positive par exemple.

Vous parlez de marasme communautaire, n'est-ce pas un peu exagéré? Quelle serait l'ampleur du phénomène?
Depuis quelques années, on note une réapparition du régionalisme, la multiplication d'associations identitaires, religieuses, une importation du conflit israélo-palestinien dans la société française. Parallèlement, on assiste à une extension de la pénalisation des discriminations envers ces communautés, un encadrement de plus en plus stricte de la liberté d'expression, par des lois mémorielles, un projet de loi condamnant les propos homophobes, etc.

Avec quelles conséquences?
Avec pour conséquence une forme d'intimidation, de terrorisme intellectuel. Un Noir qui ne serait pas en accord avec "sa communauté" peut être taxé de "faux Noir", de "Noir à l'extérieur et blanc à l'intérieur". Le communautarisme est une logique d'exclusion contraire à l'unité laïque et républicaine. Un morcellement artificiel: par exemple, beaucoup de juifs français ne se reconnaissent pas dans le Conseil représentatif des institutions juives de France.

Quelle explication donnez-vous à cette évolution?
Elle s'explique par l'effondrement de l'idéologie dominante à gauche, le marxisme. La gauche privilégie désormais un modèle qui oppose les minorités aux majorités. Ce modèle s'est substitué à celui de la lutte des classes. Et des "entrepreneurs identitaires" en profitent. Je note aussi qu'Internet à favorisé cette émergence. Le Web permet d'entrer dans le débat public à moindre coût, quand la presse écrite communautaire reste faible en France.

Sans discrimination positive, comment répondre aux inégalités?
En cette période électorale, les "entrepreneurs identitaires" sont parvenus à imposer leurs revendications dans le débat, aux dépens des questions sociales, qui sont en fait la vraie priorité. Dans les programmes politiques des candidats, si vous faites une recherche par occurrence sur Internet, le mot "ouvrier" a quasiment disparu. Par contre, le Parti communiste français fait du combat pour les femmes une de ses priorités. Or une femme, ou un Noir seront toujours plus discriminés s'ils sont issus de milieux défavorisés. En France, le problème n'est pas l'endogamie ethnique - il existe par exemple beaucoup de couples mixtes - mais l'endogamie sociale. Ce sont donc aux inégalités sociales qu' il faut remédier, dans la tradition républicaine
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Jeu 3 Jan 2008 - 10:37

nouvelle_lune a écrit:
D'accord à 99% avec Julien Landrief, si ce n'est :

Citation :
C'est pourtant ce qui s'est passé avec la loi Gayssot en 1990 à propos du négationnisme, la loi Taubira en 2001 sur la traité négrière ou la loi du 23 février 2005 qui prétend faire enseigner les « bienfaits » de la colonisation.

Qu'est-ce que ce projet de loi par ailleurs avorté avait-il à voir avec le communautarisme ?

...je t'invite fortement à lire ceci "A propos du débat sur la loi du 23 février 2005" dans le lien suivant : http://www.communautarisme.net/A-propos-du-debat-sur-la-loi-du-23-fevrier-2005_a607.html
--> tout en bas de cette page tu as en format PDF le texte complet...et si tu vas en page 5 tu comprendras pourquoi cette loi du 23 février 2005 est lié au communautarisme...
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Mer 16 Jan 2008 - 17:55

Entretien de Julien Landfried à la revue Utopie critique : « l'antiracisme médiatique est une stratégie de substitution de la gauche après l'abandon du socialisme théorique et concret »

Contre le communautarisme, entretien de Julien Landfried, Utopie critique, n°42, 4ème trimestre 2007 (octobre), pages 39 à 45
Dans cet entretien à la revue Utopie critique, Julien Landfried (directeur de l'Observatoire du communautarisme) explicite la thèse de son essai "Contre le communautarisme" (Armand Colin, 2007) et le sens du passage d'une société politiquement organisée par la lutte de classes à une société organisée autour des minorités victimaires. Il se livre ici à une déconstruction critique de l'antiracisme médiatico-associatif et au rôle de substitution joué par l'immigrationnisme militant pour la gauche, suite au choix surplombant d'abandon des références socialistes traditionnelles.



"Utopie critique : Pourquoi avoir écrit cet essai ?

Julien Landfried: Contre le communautarisme est un essai de défense critique de la philosophie républicaine et de la République comme système politique concret, face à un certain nombre d'offensives qui viennent de loin, mais qui ont pu réapparaître très clairement depuis quelques décennies et en particulier durant le second mandat de Jacques Chirac : lois mémorielles, minorités victimaires, réclamation de politiques de discrimination positive, tentative d'influer sur la politique française au Proche-orient, ethno-régionalismes. Il y a quatre ans, ne l'oublions pas, la Corse a failli sortir du cadre républicain de la loi égale pour tous !

Le livre s'appuie sur le travail de l'Observatoire du communautarisme créé en 2003, d'abord pour rappeler un certain nombre de principes, ensuite pour offrir une monographie de la situation du communautarisme en France, en définissant le plus clairement possible un certain nombre de termes, à commencer bien évidemment par celui de communautarisme.

Dans ce cadre, le livre ne parle pas de communautés, mais d'organisations communautaires qui prétendent parler au nom de leurs communautés et qui ont des stratégies politiques, intellectuelles, médiatiques, financières et autres vis-à-vis des responsables publics. Ce qui est important, à la différence d'un grand nombre de travaux en sciences sociales qui portent de manière très générale sur les communautés, c'est que je parle d'organisations communautaires, qui sont souvent des structures institutionnelles, associations, journaux, groupes de pression, qui ont une histoire dont on peut détailler les différents éléments, qui ont parfois des budgets, des membres, des structures que l'on connaît. Ces organisations communautaires engagées dans des revendications ethniques, religieuses, régionalistes, ou sexuelles, travaillent, en fait, à partir d'une même matrice intellectuelle et politique et ont des éléments de convergence tactique et, au bout du compte, participent selon moi à une mise en destruction de la République comme système politique concret.

Ce qu'analyse aussi mon essai, c'est le rôle des responsables politiques et des médias dans cette configuration, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de dynamique communautariste si des responsables politiques ne disent pas : « nous allons relayer ce que vous dites, nous allons vous financer, constituer telle ou telle structure dont vous ferez partie », ou encore s'il n'y a pas des médias qui, à un moment donné, disent : « vous qui prétendez parler au nom de telle catégorie, nous vous invitons et vous faisons parler parce que nous considérons que vous représentez effectivement la catégorie dont vous vous réclamez. Nous vous donnons en fait la légitimité de représenter la catégorie que vous prétendez représenter. » Il s'agit en réalité d'un dispositif complètement circulaire qui permet à des organisations communautaires d'être consacrées non par leur « communauté » mais pas les politiques et les médias.

Le livre tente aussi de montrer comment des groupes extrêmement minoritaires, y compris au sein des communautés qu'ils prétendent représenter -si tant est que la communauté existe- arrivent très rapidement à des positions de force dans l'espace institutionnel. Je multiplie les exemples : que ce soit le CRIF, le CRAN qui s'est constitué dans une certaine mesure sur le modèle du CRIF, les Indigènes de la République, etc. Le livre ne fait pas l'impasse sur le rôle des organisations communautaires juives dans la définition d'une matrice commune, politique, médiatique et sur comment les autres organisations sont prises à la fois dans un processus de concurrence jalouse, envieuse, et d'imitation vis-à-vis de ces organisations juives. Cela permet d'expliquer, en particulier, le fait que, alors que la plupart des organisations communautaires se construisent sur le modèle juif, un certain nombre des leaders de ces organisations sont animés d'une certaine forme d'antisémitisme. Le communautarisme juif constitue à la fois le modèle théorique et pratique des autres communautarismes, tout en concentrant sur lui haines et ressentiment précisément à cause de sa réussite indéniable.



Les valeurs attribuées à l'esprit des communautés en viennent-elles, plus qu'à s'opposer, à casser l'idée même de justice sociale ?

Julien Landfried: Si on analyse le rôle des médias, il faut voir comment une certaine presse de gauche, à partir des années 1970-80, a décidé que la nation comme nation politique était un problème, en tout cas une configuration politique qui n'avait pas sa préférence. D'autres modes d'organisations politiques, en particulier le multiculturalisme ou le multicommunautarisme politique étaient peu à peu devenues l'objet de leur désir politique. Par exemple, Libération, Le Nouvel Observateur, Politis, Le Monde Diplomatique dans un certain nombre de leurs textes, trahissent leur préférence idéologique cachée, en mettant en avant telle ou telle revendication communautariste. Quand Libération fait sa Une sur la « question noire » en France, le même jour que la première manifestation importante du CRAN, qui est pourtant très faible numériquement, c'est en réalité Libération qui en dit long sur ses préférences idéologiques !. Dans ce cadre-là, c'est la presse de gauche qui tient un rôle déterminant car auparavant c'était elle qui, en mettant la question sociale en tête de l'agenda politique, forçait les responsables politiques et médiatiques à se positionner par rapport à elle.

A partir du moment où un certain nombre de journaux décident que l'agenda politique doit être restructuré, la question sociale en fait est dégradée, elle est placée vers le bas de la file d'attente dans la hiérarchie des urgences. Le vrai problème de ces organisations communautaires, c'est l'impact qu'elles ont sur le monde politique, intellectuel ou médiatique : elles perturbent l'agenda politique. Des problèmes essentiels ont ainsi été déclassés par des questions mineures ou illégitimes.

Il suffit de voir comment les grandes organisations communautaires que j'étudie dans le livre sont faiblement représentatives des « communautés » au nom desquelles elles prétendent parler. Le CRAN doit avoir quelques dizaines de cotisants, quand il organise une manifestation, il y a 500 personnes ; les Indigènes de la République ne dépassent pas la trentaine de « polémistes ». Le CRIF qui se prétend représentatif de la « communauté juive de France » ne regroupe réellement que quelques milliers de personnes au mieux. Il y a donc un problème de représentativité, problème qui, par ailleurs, se pose dans toute démarche politique dans la République.


Dernière édition par le Mer 16 Jan 2008 - 18:06, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Interview de Julien Landfried...   Mer 16 Jan 2008 - 17:56

(suite)

Dès lors, pourquoi critiquer spécifiquement les organisations communautaires ?

Julien Landfried: La question de la représentativité est au cœur des institutions de pouvoirs et de contre-pouvoirs. Si on prend le cas des syndicats, aucun d'entre eux ne peut se prétendre représentatif de tous les salariés. Si tel était le cas, aussitôt, quelqu'un le nierait en affirmant qu'il n'appartient pas à ce syndicat, que ce même syndicat peut compter 500 000 adhérents, mais qu'il y a 20 millions de salariés en France.

Avec le syndicalisme, quel qu'il soit, salarial ou patronal, il y a toujours des gens qui n'y adhèrent pas et ont le droit de le dire, alors qu'avec les organisations communautaires, le processus d'intimidation intellectuelle, qui est à la base du communautarisme, interdit toute contestation. L'intimidation consiste à affirmer que toute critique est l'expression d'une « phobie » et vous voilà « antisémite », « homophobe », « islamophobe », « raciste » ou autre, en butte aux procès ou aux menaces ! Ce qui empêche bien entendu toute constitution d'une forme de contre-pouvoir, en raison de son coût trop élevé (risques de campagne de calomnie et de déstabilisation, polémiques publiques, menaces de procès, etc.). Or, ce sont les contre-pouvoirs qui contribuent à remettre les institutions et les organisations à leur juste place. C'est là que réside la grande différence entre « corporatisme » et « communautarisme ». Le « corporatisme » fonctionne avec de puissants contre-pouvoirs, alors que le « communautarisme » les refuse, à cause de la mise en fonctionnement de ce processus d'intimidation intellectuelle et politique.



Vous montrez clairement dans votre livre que ces organisations communautaires en viennent à diviser la société en mettant en avant des intérêts particuliers.

Julien Landfried: Je ne dis pas que les organisations communautaires ont ces objectifs, je dis que les conséquences de leurs actions en arrivent là. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Par exemple, le CRIF a pour objectif essentiel la poursuite de la défense des intérêts israéliens. Les organisations homosexuelles, aujourd'hui, ce qui n'était pas le cas il y a dix ans, ont comme objectifs principaux le mariage homosexuel et l'homoparentalité. Si on prend tel ou tel groupe musulman, ce sera de réclamer la réforme de la loi de 1905 en vue d'un financement public des lieux de culte. Il apparaît clairement que les objectifs de ces organisations communautaires ont pour effet de déclasser la question sociale.


Les organisations communautaires défendent l'idée d'une société fragmentée où le multiculturalisme est au moins hermétique aux autres, quand il n'est pas en concurrence d'ailleurs ?

Julien Landfried: Bien entendu, mais il faut aussi voir que ces cultures fragmentées que portent les organisations communautaires se sont développées depuis plusieurs décennies, dans un contexte de dépréciation de la nation politique, de la nation comme espace historique. Il y a une perte d'estime de soi, dans la société française, qui à mon avis est directement corrélée aux élites. Il y a eu un processus idéologique très lourd de destruction de l'image que le peuple pouvait avoir de lui-même et qui était lié à ce que les intellectuels ou les organisations politiques produisaient comme symboles et représentations de ce même peuple. A partir du moment où, dans les années 1970, le peuple devient un problème pour la gauche intellectuelle, il est tout à fait logique qu'il ne puisse plus y avoir de projection commune.

La représentation du Français, depuis les années 1970, a pris la figure du « beauf » de Cabu, un travailleur blanc, macho, raciste, un plouc inculte. C'est l'image du Français devenue dominante dans les élites culturelles de gauche. Un film marquant, lui aussi des années 1970, Dupont Lajoie, montre un travailleur « blanc » qui est ontologiquement raciste. Il y a un phénomène de substitution qui est apparu dans les années 1980 : on préfère au travailleur français, qui était une figure du peuple, la figure de l'immigré. C'est ce que j'appellerai la xénophilie de substitution. Aujourd'hui on est toujours dans cette configuration idéologique, qui a évolué en « sans-papiérisme », qui n'est rien d'autre qu'une variante de ce déplacement politique, idéologique et affectif. A force de rechercher la fraternité ailleurs, cela me semble surtout signifier que l'on n'a pas tellement envie de la rencontrer dans son pays, avec ses voisins les plus proches : les classes populaires.

Il ne s'agit pas de haine de soi, les élites sont très contentes d'elles. Elles sont animées non pas d'une haine du peuple, mais en tous cas d'un profond mépris pour lui, ce qui a créé un phénomène de distanciation qui me semble en cours d'aggravation.



Ce que vous appellez le « sans-papiérisme » ne recherche pas à relier ce problème avec ceux, plus larges, des travailleurs, chômeurs et autres. Non, c'est devenu un problème particulier, celui de procurer des papiers et ensuite, on ne s'intéresse plus à eux.

Julien Landfried: Les « sans-papiéristes » refusent de voir que l'immigration a un impact sur les conditions de travail et de rémunération des personnes non qualifiées de la classe ouvrière, et qu'elle crée une très forte concurrence sur les plus bas salaires. Evidemment, lorsqu'on a un rapport avec l'immigration qui se résume au personnel domestique ou aux femmes de ménage, et que l'on n'est pas soi-même mis en concurrence sur le marché du travail ou du logement, on ne peut qu'être « sans-papiériste » !

Dans le « sans-papiérisme », il y a, je le répète, un phénomène de substitution. La classe ouvrière est remplacée par les sans-papiers. Le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire Oliver Besancenot dit d'ailleurs souvent que « les immigrés sont les principales victimes du libéralisme ». Peut-on imaginer aveu plus clair ?



En quoi le républicanisme vous semble-t-il encore adapté ?

Julien Landfried: Pour en revenir à la question républicaine, la thèse du livre est la suivante : le modèle républicain français est, même s'il a des imperfections, un modèle robuste. Il a été pensé de manière particulièrement fine. Les principes républicains peuvent permettre à la société française de poursuivre sa propre histoire. La société française, dans son mode de fonctionnement démographique, est globalement en accord avec ces principes. Si on la compare avec les Etats-Unis, la Grande Bretagne, l'Allemagne, on s'aperçoit que le degré d'ouverture, d'universalisme concret, que l'on peut mesurer par le nombre de mariages mixtes, par la capacité des gens à construire des familles avec des personnes venues d'univers différents, est très élevé. Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire, le peuple français est particulièrement anti-raciste, et dans le bon sens du terme, à savoir non « médiatico-associatif » ! Il vit un anti-racisme concret, discret et puissant.

Je défends aussi dans le livre l'idée que l'assimilation fait partie intégrante de l'idéal républicain. Il est consternant de voir à quel point l'idée même d'assimilation est devenu un tabou à gauche, alors que cela a été le cœur de la gauche républicaine pendant des décennies ! Voilà un principe totalement admis par les catégories populaires. Son abandon a été vécu de manière insupportable par elles, et il ne faut pas nécessairement chercher beaucoup plus loin la dynamique qui a poussé le Front National dans les années 80 au moment où le multiculturalisme théorique enterrait l'idée même d'assimilation dans la rhétorique de la gauche.

Le principe de la liberté est lui aussi bien mal en point et je le montre en ce qui concerne la chape de plomb qui empêche de s'exprimer sur les organisations communautaires, relayées par le processus idéologique de « politiquement correct », par les médias, la servilité du monde politique. On en est arrivé à ne pas pouvoir dire les choses comme elles sont. Il y a là un enjeu de reprise d'émancipation et c'est un message que j'envoie au courant républicain : à un moment donné, il faut avoir le courage de dire les choses comme elles sont et cesser de s'abriter derrière l'évocation des principes. La démocratie est, je le rappelle, l'organisation de la conflictualité politique.

La notion d'égalité en droits est elle aussi très mal en point, parce que les courants socialistes, au sens large, l'ont troqué pour l'antiracisme. Mais l'antiracisme n'est pas une politique, c'est une posture morale. Dans une époque où la dynamique est inégalitaire, au plan national comme international, il faut un mouvement politique qui soit en mesure de redire que l'égalité en droits est un objectif politique central.



Pouvez-vous préciser le lien que vous tissez entre le socialisme et l'antiracisme ?

Julien Landfried: En 1983, la gauche a changé de logiciel politique et économique (c'est la fameuse « parenthèse » jamais refermée depuis), et elle a dû par conséquent trouver un prolétariat de substitution. La gauche n'avait plus les moyens de gagner les élections vu la politique qu'elle menait et l'on vit la montée conjointe de l'abstention et du vote en faveur du FN. La gauche a donc été « contrainte », une fois ce choix économique surplombant réalisé, d'élaborer une stratégie de substitution au socialisme : c'est l'invention de l'anti-racisme médiatique. Avant, on parlait de lutte des classes, depuis, c'est « Touche pas à mon pote » ! Pour aller vite, c'est ainsi que cela s'est passé. C'est l'histoire de SOS-racisme qu'il permet de comprendre cette substitution. Paul Yonnet l'a admirablement analysé dans Voyage au centre du malaise français (Gallimard, 1993).

Sos-racisme a évolué : jusqu'au début des années 90, ses positions étaient différentialistes et opposées à l'assimilation. L'association dépeignait une société française en proie à un racisme généralisé et avait pour habitude, par amalgame polémique, de transformer les Juifs en « immigrés » ! C'est ce qui a été appelé par certains observateurs l'« extranéisation des Juifs ».

Aujourd'hui, sans s'en expliquer véritablement, Sos-racisme s'est réconcilié avec l'assimilation. On voit donc que ses positions dérivent et se transforment au gré des rapports de force internes au monde politique et militant. Aujourd'hui, le Mrap ou la LDH, qui sont opposés à Sos-racisme, ont des positions identiques à celle du Sos-racisme d'il y a dix ans !

Ma critique de l'ensemble des associations anti-racistes est assez simple: elles ne produisent absolument rien. Si l'on veut des études sérieuses sur le racisme, mieux vaut s'adresser aux institutions publiques comme la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), les statistiques sont toutes publiques, les rapports publics sont intéressants alors que ceux des associations sont d'une affligeante bêtise. Elles ne vivent que de subventions, n'ont presque pas de cotisants. Si le gouvernement arrêtait de les subventionner, elles disparaîtraient purement et simplement. Il y a un lien très fort entre les associations anti-racistes et les institutions publiques, sur le plan financier et politique, qui illustre parfaitement la fonction écran que jouent les associations antiracistes dans notre société. De nombreux militants de ces associations se retrouvent d'ailleurs dans la classe politique et deviennent des élus, en bénéficiant soit de circonscriptions réservées, soit de places avantageuses lors de scrutins de liste.



Pouvez-vous préciser ce que vous entendez par « francophobie » ?

Julien Landfried: On ne peut pas comprendre que de nouvelles catégories de « victimes » soient devenues centrales dans le discours public, et en particulier à gauche, si on ne comprend pas que le peuple qui était avant l'objet de l'attention de toute la gauche a complètement disparu de la carte politique et médiatique. Pourquoi ? il apparaît que les élites politiques, syndicales, intellectuelles qui structuraient le mouvement ouvrier, s'est créée une profonde distance avec le peuple au sens large. Cette distance a été aggravée par l'anti-racisme médiatique qui ne conçoit le peuple que de façon négative, qui le déprécie par une relecture de l'histoire nationale qui, en premier lieu, touche le peuple. L'intégralité de l'histoire française, pas seulement la période de colonisation, ou la collaboration vichyste, subit un processus dépréciatif. Une relecture de l'histoire du mouvement ouvrier a subi, là aussi, cette dépréciation en affirmant qu'il a toujours été réactionnaire ! Et en particulier, il n'aurait pas assez été connecté aux luttes « minoritaires ». La francophobie est devenue une idéologie dominante dans une large part des élites, en particulier à gauche.

A cette dernière réalité s'ajoute l'apparition de tout un ensemble de critiques masquées de l'idéal démocratique. Ainsi de la nouvelle allergie au « populisme », qui apparaîtrait étrange à un socialiste du début du siècle qui n'aurait pas eu peur du peuple et ne lui aurait pas trouvé que des vices. Le philosophe et essayiste Jean-Claude Michéa a écrit de très pénétrantes pages à ce sujet. Il est d'ailleurs hautement significatif que les commentateurs autorisés valorisent à ce point la décision de l'ancien président Mitterrand d'abolir la peine de mort, non d'abord en raison du caractère inacceptable de la peine de mort, mais d'abord parce que Mitterrand aurait eu la vertu d'aller contre l'opinion populaire, supposée favorable à la dite peine de mort. Pour la nouvelle intelligentsia, la grandeur d'un responsable politique se mesure désormais à sa capacité à mener des politiques opposées à celles que le peuple souhaiterait voir mener. Ce dispositif intellectuel a été reproduit à l'identique avec les deux référendums sur l'Europe en 1992 et 2005. C'est pourquoi il serait préférable, pour un responsable politique soucieux de justice sociale et de démocratie, de ne pas trop rougir si on le traite de « populiste ». Car ce sera sans doute là la marque qu'il aura chatouillé d'un peu trop près les intérêts des puissants.


Propos recueillis par Florence Gauthier et Gilbert Marquis, le 22 septembre 2007.
Contre le communautarisme, Julien Landfried, Armand Colin, 2007
(Source : http://www.communautarisme.net/Entretien-de-Julien-Landfried-a-la-revue-Utopie-critique-l-antiracisme-mediatique-est-une-strategie-de-substitution-de_a973.html)
Samedi 13 Octobre 2007
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