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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Mar 16 Sep 2008 - 11:22

Encore une lecture qui peut ouvrir à d'autres titres du même auteur : René Girard, "Anorexie et désir mimétique".
L'intéret de ce livre est de présenter le phénomène social qu'est devenue l'anorexie sous un angle inhabituel, celui du mimétisme du désir dans le contexte socio-économique actuel et de montrer l'impasse des théories psychologistes.

study "Anorexie et désir mimétique", René Girard, L'Herne, 2008.
study "Je vois Satan tomber comme l'éclair", René Girard, Poche Essais, Grasset 1999.

Rappelons en peu de mots les thèses de Girard à propos de la violence mimétique : pour Girard (et c'est une idée à laquele j'adhère) le désir de l'humain ne lui vient pas de son propre fond mais de l'imitation du désir des autres : telle est la nature de l'homme.
Les systèmes autoritaires, en particulier les monothéismes, sont décrits par Girard comme des systèmes élaborés dans le but de freiner l'escalade des rivalités. Il analyse notament dans "Je vois Satan tomber comme l'éclair" les interdits du Lévitique, celui portant sur la convoitise en particulier.

Les interdits sont donc posés pour freiner (et non éliminer) la violence inhérente à l'être humain qui risque de se déchainer si on ne lui pose pas de limite. Les interdits en même temps qu'ils contiennent la violence mimétique donnent une place fixe et indiscutable à chacun. Autrement dit renoncer à une partie de son désir permet d'instaurer des échanges pacifiés et des identités stables.

A partir de là on peut conclure à ce qui risque d ese passer dans une société suspicieuse vis-à-vis des interdits et des figures d'autorité où chacun doit "se faire" sa place : moins il y aura de places différenciées, plus il y aura de ressemblance, d'indifférenciation ( sexuelles, sociales, relationnelles), plus la violence mimétique va se développer.
Elle se résoud dans le sacrifice d'un bouc émissaire auquel on fait porter l'entière faute de la violence mimétique (et donc contagieuse) qu'un groupe laisse se développer en son sein.

C'est cette analyse que Girard applique avec beaucoup de pertinence à l'anorexie, abandonnant les théories purement psychologiques qui attribuent l'anorexie aux seules problématique intrapsychique des individus concernés ou à la rigueur de leur famille.
Aujourd'hui, tout le monde veut être mince, jeune, performant dans un monde sans limites où les rituels (familiaux, religieux, alimentaires) disparaissent.
L'anorexique veut être "championne de sa catégorie", c'est donc une figure emblématique des temps postmodernes. En même temps sa démarche vise à réintroduire de l'ordre et de la régulation là où il n'y en a plus.

Girard rejoint en cette analyse les recherches du psychiatre Thierry Vincent qui a su lui aussi replacer l'anorexie dans un contexte d'occidentalisation, de dérégulation et de désymbolisation de nos sociétés. L'anorexie augmente à mesure que les places marquées et les interdits canalisant les rivalités sont affaiblies par le rejet de l'autorité. Les sexes deviennent rivaux entre eux, les différences générationnelles ne sont plus suffisamment marquées, la famille qui pouvait encore transmettre unesymbolique paternelle se dissout, nous devenons des individus en concurrence permanente les uns avec les autres et dans tous les domaines.

La montée de la violence mimétique ne favorise pas seulement l'anorexie mais aussi les phénomènes de harcèlement au travail.
Cette violence quotidienne, cette lutte de tous contre tous accroit les méfiances et amène à des mesures de surveillances qui portent parfois atteinte aux libertés individuelles comme en témoigne les nouvelles mesures prises par le ministère de l'intérieur (fichier EDVIGE), surveillance de tous contre tous, une surveillance anonyme, acéphale.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Mar 23 Sep 2008 - 23:14

study Marie Pezé, "Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés", Editions Pearsons, 2008.

Il s'agit d'un journal résumé de la consultation "Souffrance et travail" de 1997 à 2008 du centre d'accueil et de soins hospitaliers de Nanterre où a été ouverte la première consultation consacrée à la soufrance au travail. Un DVD filmant ces consultations est sorti il y a deux ans sous le même titre. Il contient notamment une brillante intervention de Christophe Dejours mettant en parallèle les changements intervenus dansle monde du travail ces deux dernières décennies et l'apparition de nouvelles souffrances.

Marie Pezé est psychanalyste et dans le cadre de la psychanalyse il est d'usage de laisser la réalité en dehors de la cure. La tradition psychanalytique va aller chercher dans les dispositions ou conflits psychiques des patients les causes de leurs souffrances.

Marie Pezé constate cependant que "Du chantier au bureau, c'est la même constatation clinique pour la psychanalyste qui écoute les hommes et les femmes de métier et s'interroge sur leur identité. Pour tenir à son poste, il faut quelquefois faire l'impasse sur sa vie affective, la détruire ou ne pas la construire. Certes , le travail est en forte résonnance symbolique avec notre identité personnelle, notre histoire infantile, on le verra chez tous les patients.
Mais peut-on dire à l'ouvrière qui souffre des vingt-septs bouchons qu'elle visse par minute qu'elle y est pour quelque chose ? (...)
Peut-on dire au harcelé qui s'effondre à son poste : pourquoi n'êtes-vous pas parti plus tôt ?" alors que démissionner lui fait perdre ses droits sociaux ?"

Parmi tous les exemples choisis par Marie Pezé nous trouverosn Serge, cadre-sup qui a besoin de se doper au travail. François, juriste d'entreprise, qui fait une tentative de suicide parce qu'il n'"y arrive pas". Fatima, écrivain en langue arabe qui s'occupe des enfants et de la maison des femmes libérées qui, elles, vont faire carrière ( et l'écraser de leur mépris).Ou encore Monsieur B, harcelé parce qu'il refuse de piller des caveaux à l'instar de ses collègues.
"L'honnêteté serait donc une pathologie ?" se demande Marie Pezé. "Nous sommes là dans la lourdeur, la gravité et le cynisme des rapports sociaux, dans les rapports de domination et de soumission qui s'exercent dans le monde du travail comme ailleurs".
Le travail courageux de cette psychanalyste pas comme les autres montre qu'il convient, dans les souffrances liées au travail, de se démarquer des approches psychanalytiques orthodoxes et de prendre en compte la réalité du monde du travail et ses récentes évolutions.
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Salomon Bel-Air
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Mar 30 Sep 2008 - 17:02

J'ai fini un livre récemment qui s'intitule la barbarie intérieure : essai sur l’immonde moderne, de Jean-François Mattei. Cet essai publié en 1999 a provoqué de nombreux débats -et pour cause réédité 3 fois- en démontrant que "tout culture a toujours su qu'elle avait besoin, depuis la Grèce, de la barbarie afin de s'affirmer en tant que culture" (quatrième de couverture).

Membre de l'Institut Universitaire de France et membre du Comité d'éthique CIRAD, Jean-François Mattei est un professeur qui enseigne la philosophie grecque, l'éthique et la philosophie ancienne à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et la philosophie politique à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence. Spécialiste de Platon, Jan Patocka, Heidegger, Albert Camus et Hannah Arendt, l'auteur va analyser les effets de cette «barbarie» dans notre culture dans la même lignée que le philosophe Bernard-Henri Lévy. Ainsi, son ouvrage va aborder au fil des pages les effets de cette «barbarie» dans notre culture . De ce fait il va démontrer d'abords pourquoi la civilisation européenne a nié la barbarie d'un point vue philosophique et historique puis va retracer sa généalogie jusqu'à la révolution française, le marxisme, le communiste et mai 1968...

L'intérêt de cette œuvre devant la difficulté du titre est justement la généalogie de la barbarie qui permet de comprendre la crise du moderne à travers de nombreux exemples: événements, l'éducation, l'art contemporain, la littérature... qui aurait aboutit à la perte de l'aura et aux subjectivismes.

En bref, ce livre marque le lecteur attentif Zzz (la lecture est assez exigeante) et je pense que cet essai peut passer parmi les livres les plus important de la philosophie contemporaine.

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MEDIATOR a écrit:
@ Salomon : L'auteur ne donne-t-il pas une signification univoque au terme "barbarie" au cours de l'histoire ? Par exemple, les guerres dans l'Antiquité n'avaient pas cette capacité de destruction d'une population et l'ennemi y était défini autrement ?

Le tout est de s'entendre sur le mot barbarie et l'auteur cesse de le répéter tout au long du livre. Pour y venir, il donne une définition au début du livre :

Citation :
Je prend la barbarie comme un concept métahistorique qui caractérise une attitude consubstantielle à tout état de civilisation, ou plus exactement encore, comme un concept métaphysique qui définit l'un des deux pôles par rapport auxquels l'homme trouve son orientation.

Dans le premier chapitre du livre, Mattei explique que le terme "barbare" apparait dans l'lliade qui désignait un peuple ou une personne qui détruisait sa propre langue (je fais remarquer que le mot sonne mal en grec). Cependant au fil du temps, ce mot va s'appliquer à toutes les langues autres que la langue grecque.

La civilisation grecque va arriver donc à une époque à mélanger ce qui est en dehors de nous, ce qui est différent de nous avec ce qui se rapporte à nous. Et le fait de intérioriser tout à nous marque le début de la modernité. Autrement dit, le fait d'avoir refuser l'extériorisation est le signe de notre décadence qui a déjà débuté dès l'antiquité.

En espérant de vous avoir correctement expliqué. Sinon je vous recommande chaudement la lecture qui détaille en profondeur votre question. study

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Horror, Horror...



Les Études philosophiques n° 68 (2004/1), Compte-rendu de F. Chenet sur : Jean-François Mattéi, La Barbarie intérieure. Essai sur l’immonde moderne, PUF, coll. « Intervention philosophique », 1999, 313 p., Index. (repris en 2004 dans la coll. Quadrige, 18 €)

« D’où vient donc que nous soyons encore et toujours des Barbares ? », s’interrogea Schiller (en une formule qui est mise en épigraphe à l’ouvrage).

Face à cette résurgence de la barbarie que donne à connaître notre siècle, plutôt que de verser dans le discours sur la décadence, voire dans un lamento dont on peut déplorer la stérilité, il convient de s’interroger sur le contenu rationnel de la notion de barbarie. Qui est le barbare ? Le barbare est-il à concevoir simplement comme l’Autre du civilisé ? Ou bien se peut-il que le barbare et le civilisé puissent coexister en l’homme même ? Y a-t-il une « connexion secrète entre la civilisation et la barbarie » (p. 21) ? La barbarie serait-elle la « face impure de l’idée d’humanité » (p. 18) ? Comment penser « la double polarité de l’humanité et de la barbarie en un seul et même être » (p. 21) ? Quelles sont donc les diverses manifestations et modalités de la barbarie, des plus grossières aux plus subtiles, si l’on entend par « barbarie », selon la définition de l’A., « l’ensemble des forces chaotiques qui menacent l’ordre de la cité comme la paix de l’âme, en soumettant l’homme intérieur au déchaînement de ses pulsions de violence » (p. 88) ? Quels en sont les effets repérables dans les divers domaines ou sphères de la vie sociale et de la culture ?

Telles sont les questions qu’affronte et prend en charge l’A. en retraçant l’histoire de la notion de barbarie, suivie sur la longue durée et ressaisie dans son cheminement historique et singulier, à travers les inflexions qu’elle connaît, les mutations évolutives qu’elle subit, de la pensée grecque (chap. I) à l’instauration romaine de l’humanisme, de la greffe chrétienne (chap. II) à l’émergence de la conception moderne du sujet et de l’individualisme (chap. III), pour finir avec les diverses formes du nihilisme contemporain (déjà pressenties et diagnostiquées par la singulière perspicacité de cet incomparable « médecin de la culture » que fut Nietzsche), telles qu’elles se manifestent notamment dans les domaines de l’éducation (chap. IV), de la culture (chap. V) et de la politique (chap. VI).

« La désertification du sens et de l’âme égarée à sa recherche se manifeste de façon concrète par ses effets », que J.-F. Mattéi appelle avec beaucoup de bonheur des « effets de barbarie », cette expression désignant « toute forme de stérilité humaine dans les champs de l’éthique, de la politique, de l’éducation et de la culture (...). L’effet de barbarie se caractérise, doublement, à la fois par la vacuité de son origine – le sujet renfermé en lui-même – et par la vacuité de sa fin – l’absence de but. Il y a effet de barbarie chaque fois qu’une action, une production ou une institution de l’homme engagé dans la vie sociale n’élabore plus de sens, mais le détruit ou le consomme » (p. 27).

« Toutes ces figures de barbarie conduisent l’homme à épuiser progressivement l’horizon traditionnel du sens » (p. 28) selon un processus de désertification croissante. La thèse centrale de l’A. est que la barbarie, qui « est à la fois la désertion de soi et la régression du moi », « se lève lorsque l’homme devient prisonnier d’une intériorité qui se ferme à toute ouverture extérieure, à toute lumière extérieure – que ce soit celle de l’Idée (de Platon à Levinas), celle du Bien (chez Platon), celle du Tout Autre ou celle du visage (au sens de Levinas) » (p. 22) : la barbarie se lève lorsque l’homme, refusant de « lever son regard vers le ciel » (p. 21) et reniant « sa hauteur d’origine » (p. 193), se prive de toute référence verticale, de toute référence à « cette distance infinie qui, dans son altérité ou son altessité, conduit l’homme à “la hauteur d’au-delà toute hauteur”, d’où souffle continûment le sens » (p. 285), autrement dit, lorsque, « toute “hauteur abolie” (p. 195), l’homme, se fermant à toute “irruption de la transcendance”, se “coupe de ses racines spirituelles” (p. 232) et se prive de tout idéal spirituel qui l’introduise au plus profond de son être ».

Voilà un essai dense, brillant, argumenté, alliant à la finesse d’analyse une vaste culture, et qui nous ouvre de rafraîchissantes perspectives de réflexion sur l’aventure humaine et son énigme. Rarement essai aura été aussi stimulant et enrichissant.

Je n’hésiterai pas à dire que La Barbarie intérieure est un grand livre, ouvrant des perspectives fécondes qui ont connu un prolongement avec la parution d’une suite, non moins remarquable : J.-F. Mattéi et D. Rosenfeld (sous la dir.), Civilisation et Barbarie. Réflexions sur le terrorisme contemporain, PUF, coll. « Intervention philosophique », 2002.



>autre compte-rendu (Y. Blot, 2006)
> Entretien avec l'auteur : "Ce barbare qui est en nous"
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Ven 3 Oct 2008 - 16:56

study "Les managers de l'âme", le développement personnel en entreprise, nouvelle pratique de pouvoir ?", Valérie Brunel, La Découverte.

Cet ouvrage vient de sortir en poche. Il est issu d'une thèse de doctorat en sociologie clinique dirigée par Vincent de Gaulejac, (coauteur not. avec Nicole Aubert du "Coût de l'excellence").





Couverture de la revue "Management" de Juillet-Août 2007. La "sucess story" de l'entraîneur sportif est érigée en modèle à l'américaine de l'encadrement. La valorisation individuelle au profit du groupe dans l'entreprise permet d'occulter aisément la question des conditions de travail.


Les pratiques du développement personnel sont apparues dans l'entreprise sur fond de changements sociaux qui remettaient en cause les formes d'organisation traditionnelles de type hiérarchiques. A la prévisibilité des anciens systèmes, basés sur des contraintes externes et sur des critères de compétences professionnelles concrètes, tendent à se substituer des organisations plus transverses, en "réseau" et qui font appel aux compétences relationnelles des salariés, à leur "savoir-être". En conséquence, les techniques du "travail sur soi" se sont fait une place dans le monde de l'entreprise.

Une idée intéressante de cet essai me parait être l'analyse de la vision de l'homme colportée le plus souvent implicitement par le modèle de type "disciplinaire" et la vision individualiste qui triomphe actuellement, le modèle managérial étant à la fois produit et producteur des modèles sociaux, reflet d'un imaginaire social.

Si l'on admet que le concept de soi est une construction sociale, ces visions de l'homme peuvent être mises en parallèle avec deux types d'approche de la psyché (pour simplifier), une approche psychanalitique d'un côté, une approche de "développement personnel" de l'autre. Le rapport à soi dominant actuellement étant un rapport instrumental inspiré du second.

La société française du XVIII, XIX et début XX siècle était disciplinaire avec de fortes institutions. Le monde du travail était marqué par de fortes contraintes externes. Les évolutions sociales et le progrès économique des années 60-70 imposent l'idée que l'individu a le droit de choisir sa vie. L'individu contemporain n'est plus encadré par des institutions, il a à se construire lui-même. Le contrôle va donc s'effectuer par l'adaptation des aspirations individuelles au système, la mesure de l'individu idéal étant moins aujourd'hui la docilité que l'initiative. Chacun est renvoyé à lui-même sans qu'aucun récit fondateur ne vienne lui donner de directives, chacun doit impérativement trouver un projet et agir par lui-même POUR NE PAS ÊTRE EXCLU DU LIEN.

Les pratiques de soi répondent donc à cette évolution en ce sens qu'elles adaptent les aspirations individuelles (à l'autonomie , à l'épanouissement) aux besoins de l'entreprise et partant, à celui de tout un système économique.
Elles véhiculent un message ambivalent en intégrant la quête du bien-être à la logique gestionnaire. En conséquence, elles influencent aussi notre rapport à nous-même dans un contexte social où l'on se définit par la place que l'on s'est faite, au travail notamment.

Si la psychanalyse considère l'âme humaine comme étant influencée par un inconscient QUI NOUS ECHAPPE TOUJOURS PEU OU PROU (qui échappe notamment à notre savoir, qui demeure plus ou moins obscur), les techniques du Soi, venues d'Outre-Atlantique, considèrent qu'il est possible d'acquérir, via le travail sur soi, une connaissance absolue de soi, de ses motivations, de ses émotions, et qu'il n'y a en conséquence aucune excuse pour les éventuels "ratés" de nos vies : cet idéal de maitrise nous invite à nous sentir "responsable" de tout ce qui nous arrive. Grâce au dialogue et à une ouverture à soi, nous serions en mesure d'avoir avec nos proches (nos collègues notamment) des relations transparentes, lisses, et authentiques. L'idéal de cette vision de l'homme est l'absence de conflits, de faiblesses ou d'échecs, autant dire l'homme adapté parfaitement à l'exigence de rentabilité et heureux de l'être. En toute logique, c'est donc sur l'intériorité que vont travailler ces techniques pour aider à une meilleure intégration professionnelle. Les nouvelles stratégies managériales reposent sur l'exercice d'un pouvoir intériorisé et psychologique.

En conséquence, la psychologie devient un instrument du pouvoir. La vision de l'homme véhiculée par les techniques dites de développement personnel permet de faire abstraction des enjeux sociaux ou politiques et des relations de pouvoir bien réelles.

Ainsi par exemple, si je ne me sens pas "sûre de moi" face à mon supérieur hiérarchique, c'est que j'ai un mauvais relationnel et que je dois "changer mes représentations" par un travail sur moi pour devenir plus assertive, et ce parce qu'un traumatisme dans l'enfance aura abimé mon moi destiné à servir la boite... et non parce qu'un "plan social" est en cours et que je crains de perdre mon emploi.

Les techniques de communication évoquées par l'auteur ont ceci en commun qu'elles dénient l'autorité réelle et les relations de domination. Il y a une euphémisation de ces réalités qui reflète la tendance générale de nos sociétés à euphémiser. On ne dit plus "caissière" mais "hôtesse de caisse", on ne dit plus "licenciements" mais "plan de sauvegarde de l'emploi", etc. de même on ne dit plus : "vous (ou vos proches) me paraissez louches et je vais vous surveiller" mais "on veut vous aider". Les dispositifs de surveillance sont justifiés par des arguments sécuritaires, etc. Ce qui a pour effet à la fois de masquer les enjeux réels de pouvoir et aussi de semer une peur diffuse.

Revenons à l'entreprise, l'affaiblissement des modèles hiérarchiques qui annonçaient clairement la couleur a vu l'apparition et le développement des évaluations. Devant un contexte de changement perpétuel, on doit continument se tester pour savoir si on est toujours à la hauteur et surtout s'évaluer par rapport aux autres. Dans certaines boites vous avez les panneaux d'évaluation de chacun visibles par tous afin de savoir si Pierre fait plus de points que Paul. Pourquoi pas la même chose appliqué aux parents d'élèves dabns les écoles ou même aux clients ?

PS : l'illustration (et sa légende) n'est pas mon fait mais de celui de l'équipe d'animation/modération. Merci pour son choix, elle est parlante !!!!
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MEDIATOR a écrit:
@ Corto : La psychologie sociale de votre étude ne considère-t-elle pas qu'un aspect du problème (à savoir organisationnel) ? D'autre part, le modèle "en "réseau" n'est-il pas relatif aux mutations sociétales qui par ailleurs ne portent plus au pinacle la seule valeur travail ?
Cet essai se penche probablement sur les mutations de l'organisation qui, faute de miser ouvertement sur la valeur travail (discipline, autorité, etc.) va, avec l'affaiblissement des contraintes externes et la mise en cause plus générale de l'autorité, motiver les salariés en enrôlant leurs aspirations subjectives_Gaulejac, lui, parle même de "système narcissique", l'entreprise devenant presque un objet de culte.

On est donc devant cette contradiction : d'un côté la valeur travail dans son acception disciplinaire n'est plus reconnue ouvertement, on laisse les salariés "autonomes" dans leur travail. De l'autre la compétitivité s'est accrue et la mise à contribution des instances narcissiques, internes, des salariés provoque une adhésion interiorisée, la boite cherchant à "les séduire" en quelque sorte. La prétendue autonomie a pour conséquence une absence de directives et une responsabilité accrue en cas d'échec, donc plus d'insécurité et d'interrogation quant à sa valeur propre : qui n'est pas efficace ne peut s'en prendre qu'à soi-même ( même discours au niveau médiatique lorsqu'il s'agit de culpabiliser les demandeurs d'emploi).

On peut même parler dans le cas de l'ancien modèle ( disciplinaire, directives très claires, fortes contraintes externes, stabilité des places, clarté des rôles) de symbolique paternelle alors que le nouveau systtème qui reflète les changements sociaux plus généraux serait apparenté à la symbolique maternelle (pas de directives, maternage, emprise de la boite sur les domaines privés comme les loisirs ou l'affection, pouvoir s'exerçant par la psychologie et la séduction).

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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Lun 17 Nov 2008 - 13:28

Les Confessions et Du Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau
Les Mille et Une Nuits
Gorgias de Platon
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Mar 18 Nov 2008 - 0:21

Corto a écrit:
Ah, le Gorgias, excellent....
Que pensez-vous de Calliclès ?

Je n'en suis qu'au début, quand Platon et Polos discutent (après la discussion d'avec Gorgias)
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Mar 30 Déc 2008 - 0:22

Bonsoir,

je preprendrai mon débat sur le totalitarisme psychologique et ses affinités avec la logique marchande ultralibérale en vous conseillant un essai d'Olivier Labouret (Erès, 2008):

"La dérive idéologique de la psychiatrie".

Partant de l'hypothèse (largement vérifiée à mon avis) que la crise actuelle de la psychaitrie est liée à ce que le pouvir néolibéral lui demande, Labouret, médecin-pychiatre et secrétaire d'ATTAC analyse les tenants et aboutissants de la dérive néolibérale depuis une vingtaine d'années en psychiatrie.
En effet, si la doctrine ultralibérale se définit come un système politique laissant libre cours à l'économie de marché( basée sur le profit et la concurrence), elle organise désormais l'ensemble de la vie sociale et l'intervention publique se limite à la promouvoir dans tous les domaines y compris les institutions psychiatriques.

On assiste ainsi à une quadruple dérive dont la logique normative est lourde de conséquences pour notre santé mentale comme pour le lien social car sous une apparence "libérale" cette logique met en péril les libertés individuelles et les choix éthiques. Les dimensions historiques, transcendantales, symboliques, du sujet sont évacuées au profit de la "rentabilité" immédiate que représente l'approche majoritairement adoptée des souffrances par les médicaments et la neurobiologie.L'évolution de la psychiatrie est donc révélatrice d'une inquiétante mutation culturelle qui notamment :

_renforce l'individualisme par une interprétation psychologique ou médicale, UNIVOQUE des conflits relationnels et sociopolitiques.

_Explique par les sciences du comportements voire par la génétiquenos souffrances morales dans un but plus ou moins clairement reconnu de sélection sociale des individus en fonctions de capacités prétendument innées et qui sont, bien entendu, les qualités requises pour être un battant dans un monde de concurrence impitoyable.

_Impose une orientation purement gestionnaire de la politique des soins, sélectionnant les patients d'après des critères de rentabilité et formant les soignants selon le modèle managérial de l'entreprise.

_Appuie dans le sens d'une dérive sécuritaire générale qui voit l'Etat soucieux de psychiatriser toutes les formes de délinquance, de déviance ou plus simplement de défaillance.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Jeu 1 Jan 2009 - 23:55

Je complète ce fil par quelques citations tirées de "La dérive idéologique de la psychaitrie" d'Olivier Labouret qui mettront en relief l'idée directrice de cet essai : dénoncer clairement la tendance actuelle à expliquer toute forme de souffrance par des causes intrapsychiques ou génétiques ( "ça vient de l'individu") avec le risque de sélection que ce parti pris comporte. A partir du moment où certaines attitudes critiques, un découragement compréhensible, la précarité, ou une réticence d'ordre moral sont interprétées comme une pathologie de l'inadaptation à un système considéré comme "allant de soi"( leitmotiv des coachs par exemple :"vous ne pourrez pas changer le monde"_ mais qu'est-ce qu'ils en savent, les bougres ?) on évacue le citoyen responsable au profit du consommateur formaté et de ce consommateur de soins qu'est le patient.


P 49 : "L'interprétation psychiatrique de la subjectivité limite participe en définitive du vaste mensonge politique de l'ultralibéralisme aux arrières-pensées évolutionnistes et eugéniques, consistant à faire croire que le mal-être social contemporain relève du seul individu et qu'il faut donc le traiter psychologiquement et médicalement.Un trouble social est interprété comme signifiant une maladie mentale."

Labouret fait état p. 87 d'"expérimentations à Grenoble et à Rennes de la "base élèves", fichier informatique rassemblant les données personnelles de tous les enfants d'âge scolaire, annonçant sa généralisation sur l'ensemble du territoire national.Il est donc à craindre , si l'on associe ces événements avec la mise en place , depuis la loi de prévention de la délinquance du 5 mars 2007, de la surveillance municipale informatique de tous les enfants d'âge scolaire, une banalisation rapide du contrôle sociomédical des comportements enfantins. Tout trouble pourra même être désormais décelé ( avant d'être tué ?) dans l'oeuf, si l'on en juge par la légalisation concomittante d'"un entretien systématique psychosocial" avec chaque femme enceinte, portant sur les difficultés socio-économiques qu'elle rencontre..."
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Jul le Marteau
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Ven 2 Jan 2009 - 1:17

L'horreur, l'horreur...
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Ven 2 Jan 2009 - 20:04

Oui, bon, ben, développez, Jul, développez.
Est-ce que par hasard vous travaillez pour l'industrie pharmaceutique ?
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Jul le Marteau
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Ven 2 Jan 2009 - 23:49

Ce n'était pas un critique. Seulement, je me laissais aller à exprimer mon désarroi face à tous les problèmes "psy" : abêtissement, manipulation, infantilisation, déresponsabilisation, qu'on nous met dans la gueule en plus de tous les problèmes bien réels et "physiques" nous torturant déjà: pollution, faim dans le monde, pénurie prochaine de ressources naturelles, espèces en voie d'extinction, mais toujours plus d'humains...
Et que j'en viens à espérer la fin des temps.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Sam 3 Jan 2009 - 20:29

"Adultères" d'Aldo Naouri. Je viens de le relire après la diatribe de Nada à mon encontre.
Non pour y trouver un contre-argumentaire mais parce que son discours coriace adressée à une inconnue du net me parait cadrer avec l'idéologie dominante devenue une norme et relever d'une grille de lecture qui semble se passer d'un examen plus approfondi et de l'épreuve de la réalité.

Je viens de voir parler Soral sur Dailymotion et proposer une analyse percutante du lien qui existe entre la mise en cause depuis mai 68 de la morale bourgeoise (avec toute la contention autour de la consommation qui est liée à la morale du travail : traditionnellement on ne dépense pas à tire-larigot, on dépense une fois l'argent gagné, on maitrise ses pulsions consumméristes) et les intérêts du Marché mondialisé.

Que la morale libertaire devenue dominante depuis 30 ans aille dans le sens de l'économie ultralibérale tombe sous le sens puisque la casse des liens traditionnels (familiaux, moraux, religieux, locaux) va entrainer l'isolation des individus, leur manque de repères à cause d'une éducation qui ne laisse plus à désirer, la dépression (fatigue de l'homme moderne qui a à se faire lui-même)et donc la consommation (de médicaments, de spectacles, de biens).

A ce sujet, je crois avoir mentionné dans ce forum les causes de ma démission d'une association critique vis-à-vis de l'économie de marché dérégulée mais dont les membres se réclamaient plus ou moins d'une "tradition" gauchiste dans leur grille de lecture du monde, dans leurs façon de vivre et d'élever les enfants, dans certains partis pris féministes ou dans leurs façons de défendre ce que j'appelle la "libre circulation des envies" qui privilégie l'ephémère.
Peu avant ma démission paraissait un essai du pédiatre Aldo Naouri que je viens de relire : "Adultères" (Odile Jacob, 2006).

Je voudrais en parler dans ce fil en raison de la manière dont ce sujet que l'on croyait relégué au placard des "choix privés" ( = circulez, il n'y a rien à voir et surtout, que personne ne s'avise de porter de jugement ! Que les victimes se modernisent par un travail sur soi et que chacun se débrouille dans un monde que personne ne doit s'aviser de critiquer!) est abordé par un médecin formé à la psychanalyse qui n'entend pas "moraliser" les lecteurs, sachant quels obscurs embranchements nos désirs peuvent prendre, mais qui n'entend pas non plus se plier à la nouvelle idéologie expliquant tous nos comportements par la biologie et mettant toute forme de relation sur le même plan au nom d'un hédonisme permissif dont on hésite à mesurer les conséquences.

Naouri se place également à respectable distance de la tendance que je critiquais avec le livre de Labouret de "tout ramener à l'individu". Les individus sont pour Naouri traversé d'une histoire que l'on ne peut abstraire de l'histoire de la société où ils prennent leur place. Il refuse par exemple de mettre sur le même plan les casseurs et les victimes "complices" au regard d'une moderne morale de la responsabilité individuelle qui fait manifestement le deuil de toute...morale, de toute éthique dans les relations sociales. Non, toute personne trompée, sacagée, méprisée ou harcelée ne l'a pas inconsciemment cherché et quand bien même, ceci ne justifie pas cela !!!!
D'où la confiance avec laquelle j'aborde la lecture de chacune de ses parutions.


Le livre se présente comme une histoire : histoire des interdits autour de l'adultère (que l'Ancien Testament place à mi-chemin sur l'échelle de gravité entre le meurtre et le vol), histoires au pluriel surtout des couples dont il a soigné les enfants en tant que pédiatre :
"Je n'ai jamais eu à connaitre une infidélité ou une rupture qui n'ait produit d'intolérables douleurs quand ce n'était pas de profonds, de très profonds dégats. L'adultère n'est jamais une expérience facile à intégrer ou à dépasser.
J'ai essayé ici, à ma manière, d'aller au plus proche de l'intimité humaine, "non par la raison mais par la résonnance"".

Ce qui me plait dans cet essai est que, respectueux en cela du principe freudien, jamais Naouri n'impose une explication comme la seule valable. Chaque cas est traité en particulier avec la finesse que requiert tout voyage au centre de l'âme humaine.
Mais parmi les nombreux facteurs qui peuvent mener à l'adultère ou à une rupture, il découvre un fil rouge qui est la difficulté croissante à notre époque si suspicieuse vis-à-vis de l'autorité d'en finir avec la nostalgie de la "toute-puissance" enfantine. Seraient plus concernés,plus tentés d'aller voir ailleurs des personnes se débattant avec une mère soucieuse de ne pas laisser son enfant la quitter.
C'est une idée qui m'a parue intéressante et que je mets en parallèle avec la tendance à la "maternisation" des sociétés consuméristes (en voie de désymbolisation), société qui ont justement vu l'avènement de la libération sexuelle et juridiquement la dépénalisation de l'adultère ainsi que tout un ensemble de lois faites pour faciliter de divorce et enlever son pouvoir au père.
Naouri ne pose pas la question de cette libération ou de l'adultère en termes de "morale" classique mais se demande, au vu de ses nombreux petits patients, si la privatisation des familles est bénéfique à long terme pour la maturation psychique des générations à venir. Si, à vivre nos envies sans les freiner dans l'immédiateté de leur poussée, appuyés en cela par tout l'environnement social, nous ne préparons pas une société incapable de miser sur le long terme.
Il a notamment une analyse magistrale qui renverse complètement le discours "68 tard" à propos des mariages arrangés. J'en parlerai dans un prochain post.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Sam 3 Jan 2009 - 21:35

Un peu comme la génération M6:

http://sebmusset.blogspot.com/2008/12/m6-pour-un-peuple-presque-parfait.html
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Sam 3 Jan 2009 - 22:40

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Salomon Bel-Air
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Sam 3 Jan 2009 - 22:47

T'es qu'un gamin Maggle. Tu mérites ceci Stupid et cà sado et/ou même la *gui*. Et puis comme tu es chrétien, ce serait mieux que je te Cross .
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 1:12

Dans l'article présenté par Salomon, j'ai lu ceci:

Comme ses modèles, les riches et les célèbres, la génération M6 se mélange peu avec les autres classes. La vie du riche lui est inaccessible autrement que par les produits qui simulent la fortune. Quant au monde des pauvres, c’est son repoussoir ultime. En temps de crise, ça l’incite à encore plus travailler, et pour moins payé s’il le faut.

C'est exactement ce qu'on disait Lono et moi l'autre jour, en remarquant, l'épidémie d'accéssoirisation des marques: casquettes Louis Vuitton, sacs en série Louis Vuitton, ceintures et colliers D&G... Du gadget pour se donner un air de riche...
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Salomon Bel-Air
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 1:16

Merci de confondre Supporter et moi. Râleur On dirait que tu fais exprès. Bravo

Je ne pense pas que ces gadgets, pour les créateurs artistiques servent à se donner un air de riche, mais pour la clientèle, c'est vrai en partie. Élémentaire, tssss...


Dernière édition par Salomon Bel-Air le Dim 4 Jan 2009 - 1:19, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 1:18

Bonsoir à tous,

merci à Supporter pour ce lien qui décrit bien le "clonage" de la génération M6, en particulier les effets du formatage psychocoach médiatique sur les usagers...
Avant de passer à la seconde partie de mon sujet, je voulais indiquer la biographie de Saint-Just par Bernard Vinot parue fin 1985 chez Fayard. Vinot est d'ailleurs l'auteur d'une thèse de doctorat sur "Saint-Just, son milieu, sa jeunesse et l'influence de sa formation sur sa pensée et son action politique" (1984).

Et comme je n'arrive pas à visionner le document de Maggle, je passe à la suite de mon post.

Intro :
Soral (et d'autres auteurs dont Dany-Robert Dufour ,"L'art de réduire les têtes" ou Jean-Pierre Le Goff, "La barbarie douce" ) montre avec beaucoup de pertinence la complicité de l'antimorale libertaire avec l'économie de marché dérégulée (me confirmant dans cette impression de paradoxe douloureux que j'avais lors de mon engagement passé dans une association censée combattre le néolibéralisme et ses effets sur le lien social).

Développement :
On peut donc avec Labouret et sa critique de "La dérive idéologique de la psychiatrie" ou Roland Gori "L'empire des coachs" se demander si les "normes" comportementales estimées saines par la psychologie du travail sur soi et par la psychiatrie ne sont pas de facto les signes de l'adaptation sans frottements au nomadisme économique (rentabilité, combativité, égocentrisme, assertivité, acceptation sans critique morale des "lois" du monde du travail) et au nomadisme familial et sexuel qui l'accompagne et le renforce. On assiste à une pathologisation de ce qui dévie des normes néolibérales au travail mais aussi dans la vie privée.

A partir de là je me propose de revenir à Aldo Naouri et à un passage bien précis de son livre "Adultères" où il décrit les rituels nuptiaux de son enfance et la façon dont les couples se constituaient. La différence d'avec les critères de choix dominant actuellement pouvant nous éclairer sur les attentes vis-à-vis du couple et sur la place qu'il occupait dans la vie sociale. Je ne serais pas loin de penser que s'il est mis à mal aujourd'hui c'est qu'il constituait dans sa version classique un puissant rempart de résistance au Marché_la fidélité et la perennité étant à l'opposée des comportements que ce dernier vise à mettre en place.
L'idée admise implicitement par la plupart des membres de cette association dont j'étais membre selon laquelle résister à la logique marchande passe nécessairement par une résistance à l'"autorité" et au "pouvoir" ( politique) s'avérerait alors anachronique et mériterait d'être nuancée. Peut-être conviendrait-il de déplacer un peu la ligne de clivage entre "gauche libertaire décroissante antilibérale" d'un côté, "droite néolibérale Et conservatrice de l'autre".Mais cela ferait l'objet d'un autre post...

Naouri décrit donc la façon dont se constituait les couples dans un contexte social stable où chacun se connaissait du fait de la relative sédentarité des personnes. Il note que les unions se contractaient souvent entre amis d'enfance et surtout entre personnes de même classe sociale, de même confession : entre personnes qui avaient des références communes, ce qui était de bon augure pour la durée du couple.
On ne fondait pas une famille sur la passion ou le coup de foudre.
Aujourd'hui l'homme et la femme modernes sont persuadés que le choix dénué de considérations sociales, le choix "par amour" est un meilleur choix.
Les contraintes sociales, les arrangements entre familles nous paraissent d'intolérables atteintes à la liberté privée.

A cela, Naouri répond en fin observateur que l'autonomie du choix actuelle augmente l'angoisse du fait que l'échec ne peut plus être imputable à un système social contraignant mais au seul individu responsable désormais de tout ce qui lui arrive ( même logique dans l'entreprise où l'augmentation de l'autonomie au travail augmente l'angoisse des salariés et les contraintes parce qu'ils sont alors tenus pour responsable de tous leurs échecs).
Le choix "guidé" ou "arrangé" (répétons que la décision reste cependant entre les mains des fiancés et que l'Eglise chrétienne met l'accent sur le consentement mutuel et libre des mariés) avait donc pour effet bénéfique de protéger l'individu tant soit peu. En cas d'échec, il ne se voyait pas contraint à une pénible remise en cause personnelle ( via la psychothérapie par exemple) et nul ne l'aurait tenu pour "responsable" de son bonheur ou de son malheur.

D'autre part, cette définition traditionnelle du couple l'inscrivait obligatoirement dans une histoire qui le dépassait en amont (on ne choisissait pas vraiment son ou sa fiancée, le destin était déterminé en grande partie par les familles) comme en aval ( le couple était tenu de "tenir" pour les enfants). Cette obligation de se voir comme un maillon renforçait la solidité des unions. On restait ainsi souvent "pour les gosses" mais cette pérennité forcée avait pour effet de permettre au couple des solutions et des sorties de crise qui ne se trouvent qu'à très long terme. On était plus patients parce que l'on avait pas le choix mais d'un autre côté ces formes d'obligation sociales pouvaient aussi faire accéder à une entente dans la sagesse et dans la sérénité.

Ajoutons aussi que les parents en arrangeant un mariage pour leurs enfants leur transmettait implicitement ce message : je te laisse partir au nom d'une autorité qui me dépasse, au nom d'un ordre social que j'accepte. Dans les unions actuelles, c'est souvent l'attachement inconscient à l'un des parents qui pousse un individu qui se croit libre à faire...un mauvais choix qui cassera d'autant plus facilement que l'environnement social appuie dans le sens du nomadisme. On peut donc se demander si les sociétés actuelles, en voulant se débarrasser de l'ordre social avec les frustrations qu'il demande (de la symbolique paternelle) ne sont pas en train de glisser sur la pente de la symbolique incestueuse. Naouri rappelle fort justement l'étymologie du mot "inceste" qui signifie : "qui n'a manqué de rien". C'est la logique même de la société de consommation.

Je me permets ppour ma part de soulever une hypothèse concernant les sociétés plus traditionnelles : la confiance en l'autre y était probablement plus grande parce que les références communes plus fortement ancrées : en rencontrant l'autre on ne rencontrait pas un parfait inconnu aux réactions imprévisibles, susceptible de vous larguer au nom de son épanouissement personnel mais quelqu'un qui avait toutes les chances d'avoir reçu un type d'éducation semblable au vôtre.

Plus de contention et de contraintes sociales avaient pour effet d'habituer dès tout petit les sujets à ce "moins-à-jouir" nécessaire au lien social dont parle Dany-Robert Dufour. On n'arrivait pas au mariage avec les mêmes attentes qu'aujourd'hui : moins d'attentes d'ordre égocentrées ou passionnelles, moins de pulsions mal canalisées, plus de maturité et de contention.
Ce qui ne veut pas dire que les époux n'étaient pas tentés par l'adultère ou l'aient moins commis qu'aujourd'hui mais que l'autorité organisant toute la vie sociale, de l'éducation à la vie de couple, du travail aux relations familiales ou amicales, posaient des règles strictes qui ne laissaient que peu d'espace au déploiement vertigineux de l'individu et de ses attentes auquel on assiste aujourd'hui. Les sujets et les couples étaient mieux "ficelés"_ pour employer une métaphore routière, ils ne roulaient pas sans ceinture et respectaient les codes. Ficelés, ce qui me fait penser à Ulysse attaché à son mât, ce qui l'a empêché de couler avec les sirènes.

Conclusion:
le Marché n'a-t-il pas intérêt à faire croire au mythe de l'homme autofondé ( débarassé de toute dette symbolique, de toute tradition, de tous devoirs) et à le faire passer pour un progrès souhaitable dans le but d'atomiser les individus et de fragiliser leurs résistances ?
L'idée que l'autorité et les liens autres que contractuels et horizontaux seraient des entraves au plein épanouisseemnt de l'individu n'est-elle pas une fable néolibérale plus qu'un principe progressiste ?
J'en reviens donc à l'idée de base que le "modernisme" dans la vie privée sert les intérêts du nomadisme marchand et non les individus.
Idée exprimée d'ailleurs par Houellebecq lorsqu'il évoque la paupérisation d'une partie grandissante de la population au plan intime et relationnel que le néolibéralisme a créée et qui reflète au plan privé la paupérisation économique des rejetés du Marché.
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Salomon Bel-Air
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 1:31

Tu sais quoi, Corto, j'aime bien lire tes commentaires (surtout le dernier, tu as du passer un temps fou, je t'ai vu te mettre en mode invisible, mais foin de tout ça comme dirait Médiator), et je me demandais si tu connaissais"Irène Théry" (dont je te conseilles un excellent séminaire sur le lien suivant: http://www.grep-mp.org/conferences/Parcours-15-16/demariage.htm), "Stanley Cavell" qui en analysant le cinéma juifs Hollywoodien, a pu comprendre que ces ce dernier ont inventé le remariage suite au changement géopolitique de la société Ricaine et pour finir Yves Charles Zarka, philosophe et historien de la pensée politique, qui a écrit "L'Autre voie de la subjectivité" qui pourrait fortement t'intéresser.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 1:51

Merci Salomon !
Je ne connaissais pas ces documents mais j'ai déjà lu quelque chose de Irène Théry sur la famille.Je vais regarder les liens.
Bonsoir à tous.
Corto
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 11:38

Salomon Bel-Air a écrit:
Merci de confondre Supporter et moi. Râleur On dirait que tu fais exprès. Bravo

Je ne pense pas que ces gadgets, pour les créateurs artistiques servent à se donner un air de riche, mais pour la clientèle, c'est vrai en partie. Élémentaire, tssss...

Je te présente mes plus plates excuses, ce n'est pas fait exprès du tout.
Mea culpa.
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Dim 4 Jan 2009 - 23:30

Bonsoir à tous,
afin de compléter mon fil, je voudrais citer quelques passages d'"adultères" de Naouri.

"L'inclination et son paradoxe.
Les unions contractées par le truchement d'arrangements ont été, comme je l'ai laissé entendre, unanimement et régulièrement décriées dans nos civilisations au nom des seules unions dignes de ce nom parce que respectueuses du sujet et fondées sur son inclination et son libre choix. (...)

Naouri explique que les unions par choix libre se heurtent tôt ou tard à la découverte de l'autre et de sa réalité. Les couples qui tiennent (et classiquement ils n'avaient pas d'autre choix) sont ceux où l'on est capable d'"autrifier" (néologisme de Naouri), c'est-à-dire de composer avec une réalité qui n'est pas celle imaginée par l'illusion contenue dans le "choix libre".
Naouri constate que de nos jours

"(...) nous devrions avoir, selon la logique qui a violemment dénoncé les malheurs engendrés par les mariages arrangés, une bonne proportion(...) de couples heureux, stables, satisfaits. Or qu'en est-il ? Exactement tout le contraire !
L'institution du mariage a pris un sacré coup dans l'aile, le divorce ne s'est jamais mieux porté et les familles recomposées, parfois plusieurs fois, sont devenues monnaie courante à côté des familles monoparentales(...)".

Ce qui a disparu est en effet l'idée de mariage et de famille non en tant qu'assemblage affectif filial et parental mais en tant qu'institution.
Ce qui rejoint mon propos des derniers posts, à savoir que le Marché a intérêt à casser ou affaiblir les institutions.
Poser son inclination comme fondement de son couple (et sa fin comme cause d'une rupture) revient à évacuer la dimension sociale et institutionnelle, en dernier ressort la dimension "paternelle" des relations humaines, sapant par là leur inscription dans le temps et la durée, ce qui compromet gravement l'avenir des générations suivantes.

"La vision amoureuse de nos générations montantes refuserait en quelque sorte d'aller au-delà de son option adolescente. Elle refuserait l'idée, adulte, elle, que l'amour connait des phases de changement".(Naouri)
Ce qui explique la fragilité des unions actuelles peut donc être aussi le fait que les lois se sont en quelque sorte "adaptées" à la logique nomade en facilitant le divorce et qu'il est plus attrayant de changer de "partenaire" que d'effectuer ce nécessaire travail d'ajustement à la réalité de l'autre dont les générations d'autrefois s'accommodaient par la force des choses. Naouri note que la polygamie est revenue, elle est seulement diachronique : on a plusieurs unions les unes à la suite des autres, afin d'avoir "le meilleur" et de fuir dès que "le pire" (routine, vieillissement, adultère ...) se présente.

"Voilà pourquoi les couples forgés sur l'arrangement pouvaient survivre. La contention qui maintenait leur engagement fondé sur le partage du meilleur comme du pire, amenait les partenaires à se supporter, et parfois à dépasser leurs insatisfactions au nom même de la présence indéfectible de l'autre, présence qui permettait de ne pas être omnubilé par la crainte d'avoir à revivre la vieille trahison qu' a été_parce qu'elle est toujours vécue comme telle_la disjonction d'avec la mère."

A ce propos, je voudrais faire une hypothèse de plus : n'est-ce pas au fond la facilité des divorces qui, agissant comme une épée de Damoclès sur la tête des conjoints, les pousse à ne pas pouvoir dépasser leurs insatisfactions et même à casser en cas d'adultère et non l'inverse ?
Si une protection institutionnelle forte existe autour du couple, la crainte d'étre "jeté" et de perdre sécurité, identité mais aussi statut sera bien moindre. Sous cette assurance de ne pas être abandonné, les conjoints peuvent plus facilement s'investir dans l'harmonie de leur couple ( qui ne va jamais de soi) que s'ils savent que, quels que soient les efforts qu'ils auront déployés, l'autre restant "libre" peut les larguer tout de même au nom d'une logique de l'épanouissement personnel auquel nos relations actuelles semblent se subordonnner. Difficile dans ces conditions de bâtir un lien de confaince !

Si je note cela, c'est parce que je fais des va-et-vient constants entre ce qui se passe dans les couples modernes et ce qui se passe dans les entreprises.
L'entreprise demande en effet un investissement intense, personnel, une adhésion "interne" à ses salariés, et ce d'autant plus qu'elle est passée en quelques décennies d'un modèle hiérarchique ( autoritaire) à un modèle "narcissique" qui laisse plus d'autonomie aux salariés mais renforce leur responsabilités ( et en conséquence augmente la pression).
Or le taux de chômage actuel correspond à la "nomadisation" actuelle de l'économie mondialisée (renvoyons à tous les fils de Chevillette sur le côté "planifié " du chômage).
Le salarié va être plus que jamais exposé aux risques de chômage (comme les conjoints au risque d'abandon, c'est à dessein que j'emploie ce terme) mais en même temps on va exiger de lui un investissement personnel plus accru et plus interne.
Si on compare les modèles entrepreneuriaux et les modèles matrimoniaux traditionnels et modernes on constate une même logique depuis 30 -40 ans : déclin de la hiérarchie et des contraintes externes, l'individu a plus de responsabilités ( il "décide" lui-même, il forge un "projet") mais aussi plus d'angoisses, plus de risques d'avoir beaucoup donné de lui-même et de se faire jeter tout de même parce que les exigences au travail comme dans les relations sont plus élevées et la concurrence exacerbée du fait de l'affaiblissement des institutions.
C'est dans le cas du travail comme dans celui du couple une même logique d'affaiblissement des contraintes externes et des protections institutionnelles avec des risques accrus : la confiance dans les relations et dans l'avenir devient une peau de chagrin_ d'où les difficultés à miser sur le long terme.'
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Chevillette
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Lun 5 Jan 2009 - 0:08

Tout à fait, d'ailleurs, crise et chômage ne faisant qu'augmenter, on peut faire un paralléle aves les relations humaines et surtout sentimentales qui suivent la même pente!

Les unions sont de plus en plus courtes avec une tendance à la fuite dés que la situation ne correspond plus aux attentes de l'un ou l'autre. Parfois, cela se compte en jours et dés que l'un des deux atteint le narcissisme ou l'ego de l'autre c'en est fini immédiatement.

On est donc dans une situation ou l'autre est plus une béquille narcissique dans un monde de plus en plus précaire, et où il est aussi interchangeable car la complexification amenée par son existence en tant qu'Autre entraine un rejet car prendre en compte l'Autre peut s'avérer encore plus dangereux pour notre stabilité émotive (Cela pourrait aller au delà de ce qu'on voudrait)!

On est face à des CDD affectifs qui rassurent un temps mais ne soulagent jamais le vide symbolique attaché à la précarité intrinséque de la situation vécue globale!
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MessageSujet: Re: Vos dernières lectures   Lun 5 Jan 2009 - 0:59

D'accord avec Chevillette
et l'on peut ajouter une référence , Zygmunt Bauman, "L'amour liquide" et "La vie liquide" (Rouergue) qui analyse cette fluidification des rapports.

Le problème est le suivant : les couples n'étant plus tenus "malgré eux" par un ordre social plus fort que leurs narcissisme et qui les dépassait se trouvent déliés du "conjugo" à vie mais contraints pour "garder" l'autre de le séduire sans relâche au risque que la séduction soit plus forte ailleurs.

Ceci entraine une fragilisation des couples et une fragilisation de l'individu qui n'a plus la possibilité de s'adosser à une morale, un ordre, des références communes. Il va donc être renvoyé à son narcissisme auquel plus aucune règle de contention ne viendrait mettre un frein. Cette logique nous livre aussi bien à notre narcissisme qu'à celui des autres. C'est à mon avis la raison pour laquelle les "modernes" ( les hypermodernes) sont soucieux de ne pas "devenir trop dépendants" du pouvoir de séduction des autres ( largement exploité par la pub). Les comportements amoureux étant laissés à la seule décision des individus, nous nous voyons plus effrayés par le pouvoir que l'autre pourrait détenir qu'enclins à bâtir une relation sereine avec lui, cette dernière demandant une part de renoncement narcissique.

Une psychanalyste citant Freud dans un essai sur le narcissisme ( "La maladie d'idéalité",L'Harmattan) Janine Chasseguet-Smirgel, parle de l'instance morale et de l'interdit ( l'autorité qui organisait naguère le lien social) comme d'un "pansement" qui viendrait stopper l'hémorragie des blessures narcissiques. En effet, obéir à un interdit et NE PAS céder à toutes ses pulsions peut être salvateur pour le narcissisme de l'individu qui "sauve la face" en quelque sorte, en se disant : "je suis un type bien, je n'ai pas transgressé"' plutôt que "Je suis nul, je ne suis pas parvenu à séduire cette femme trop belle pour moi" en cas d'échec.

Petite parenthèse : c'est le topo d'un roman du XVII siècle, "La Princesse de Clèves" de Madame de La Fayette dont l'héroine, amoureuse d'un autre homme que son mari, refuse énergiquement de l'épouser une fois devenue veuve parce qu'elle le sait coureur : la vertu, explique-t-elle, sera donc au service de son équilibre et de son repos. Elle s'appuie sur la morale afin de se conforter dans une décision qu'elle a prise afin de ne pas risquer d'être blessée lorsque très probablement il ira "voir ailleurs". Comment eut-elle agi au XXIème siècle ?


On oublie un peu vite que les sociétés "libérées" en renvoyant l'autorité sont devenues des sociétés de performance ou la honte ( de ne pas être à la hauteur)tend à remplacer la culpabilité( de transgresser).

Chevillette a raison de souligner le "flou" dans les limites où peuvent nous entrainer des relations dont la référence objective est évacuée : comment fixer des limites, ne compter que sur ses propres forces pour en fixer sans savoir si l'autre possède le même "code" etc.
De plus, le contexte social ne soutient pas les sujets, il les pousse au contraire à une pénible remise en cause d'eux-mêmes (c'est la même logique que lorsque quelqu'un est au chômage) lors d'une rupture ou lorsqu'ils subissent les effets de la "dérégulation" relationnelle.

J'aime assez le terme de "CDD affectifs" auquel j'opposerais celui de "fonctionnariat" pour ce qui concerne le mariage. Les fonctionnaires passent dans un contexte néolibéral pour riscophobes, paresseux, etc.de la même manière que les personnes "conservatrices" au plan privé passent pour "réacs" ou pathologiquement dénuées de confiance en elles, de tolérance, d'attractivité ou de joie de vivre...

A mon grand étonnement j'ai observé dans diverses associations dont le but militant était de combattre la dérégulation néolibérale (sur le versant économique) les plus fortes revendications de type libéral ou libertaire pour ce qui concernait la vie privée (éducation démocratique, éloge des relations à court terme sans engagement, attaques de la morale traditionnelle et de l'autorité sous diverses formes, psychologisme...). Ceci m'a finalement paru un paradoxe puisqu'une dérégulation en entraine une autre. Je pense que la grande remise en cause de l'autorité qui a eu lieu en mai 68 et les mutations profondes qu'elle a entrainées dans la société ont fait le lit du néolibéralisme actuel. Il me parait donc absurde de vouloir en limiter les effets par une attitude de remise en cause de l'autorité qui prolongerait mai 68.
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JOHN
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MessageSujet: L'effondrement du système technologique   Lun 5 Jan 2009 - 3:08

Ci-dessus :
Jul le Marteau a écrit:
Ce n'était pas un critique. Seulement, je me laissais aller à exprimer mon désarroi face à tous les problèmes "psy" : abêtissement, manipulation, infantilisation, déresponsabilisation, qu'on nous met dans la gueule en plus de tous les problèmes bien réels et "physiques" nous torturant déjà : pollution, faim dans le monde, pénurie prochaine de ressources naturelles, espèces en voie d'extinction, mais toujours plus d'humains...
Et que j'en viens à espérer la fin des temps.
Pour Theodore John Kaczynski – allias Unabomber – la véritable cause de tout ça – tant la grande majorité (de l'augmentation sans cesse croissante) des « problèmes "psy" » que « tous les problèmes bien réels et "physiques" nous torturant déjà » – découle (des conséquences inévitables) du « progrès » technique.

« Progrès » technique qu’il appelle aussi le « système » ou civilisation « techno-industrielle ». Ainsi il reproche à la plupart des « débats » ou « combats » politiques (surtout ceux de « la gauche ») actuels de servir indirectement le « système » en ce qu’ils ne font que (vainement) s’attaquer à des effets... que le « système » lui-même aimerait résoudre pour perdurer : aussi ces courants au mieux font le boulot à sa place, au pire permettent de contribuer à distraire l’attention des masses sur des effets… sans jamais s'attaquer à la vraie cause ou la remettre en cause.

L’idée centrale de Kaczunski c’est que globalement les (conséquences négatives ou) mauvais côtés du progrès techn(olog)ique surpassent toujours les bons (au moins sur la durée ou/et dans leurs conséquences imprévisibles ou/et incontrôlables)…

Ses idées ont été reprises désormais (de façon directe ou indirecte) par les nouveaux courants prônant « la décroissance ».

Son « Œuvre complète » : « L'effondrement du système technologique » (2008) – que j’ai presque fini de lire – vient d’être éditée : http://www.editions-xenia.com/livres/unabomber/
Citation :
Theodore John Kaczynski, alias Unabomber, est le prisonnier le plus célèbre des Etats-Unis. Pour faire publier son manifeste, La société industrielle et son avenir (1996), il n’hésita pas à commettre des attentats meurtriers.

Emprisonné à vie, Kaczynski a poursuivi son travail intellectuel au travers d’essais ainsi que d’une abondante correspondance. Il s’attache dans ses écrits à saper les fondements d’une société suicidaire, qu’il juge incapable de se réformer. Seule la révolution, juge-t-il, pourra mettre fin à notre course à l’abîme programmée. (1)

Derrière des actions extrêmes et condamnables, Unabomber manifeste une pensée rationnelle et une érudition impressionnante. Il se réfère à des classiques de la critique de la modernité tels que George Orwell, Ivan Illich ou Jacques Ellul. Si sa pensée inspire des groupes anarchistes ou des mouvements altermondialistes radicaux, elle constitue aussi une mise en garde précoce contre la dérive consumériste-industrielle. Ses vues sur le “progrès”, jadis si marginales qu’il dut les imposer à l’explosif, font aujourd’hui presque partie de l’“écologiquement correct”.

Ce livre rassemble ses principaux essais, la plupart inédits, un entretien très personnel ainsi que ses lettres les plus importantes. Il ne s’agit pas d’un programme terroriste mais d’un ouvrage qui touche à l’anthropologie, à la philosophie et à la sociologie. Sa lecture est indispensable à quiconque réfléchit sur l’évolution des sociétés humaines et aux enjeux du développement technologique.

La présente édition, qui paraît simultanément en version originale anglaise aux éditions Xenia, contient la seule version authentifiée par l’auteur de La société industrielle et son avenir (2008). Elle constitue la source de référence pour les écrits de Theodore J. Kaczynski.
(1) Dans l’« Avant-Propos » celui-ci écrit (et développe les 4 points suivants), p. 25-28 :
Citation :
1. Le progrès technologique nous conduit à un désastre inéluctable. (…)

2. Seul l’effondrement de la civilisation technologique moderne peut empêcher le désastre. (…)

3. La gauche politique est la première ligne de défense de la société technologique contre la révolution. (…)

4. Ce qu’il faut, c’est un nouveau mouvement révolutionnaire, [dé]voué à l’éradication de la société technologique, et qui prendra des mesures pour tenir à l’écart tous les gauchistes et consorts : (…)



Citation :
Sous forme d’essais et de lettres, une pensée radicale mais incontestablement visionnaire se dessine. Bien avant les débats qui font désormais rage sur le réchauffement climatique, d’une façon documentée et précise, Kaczynski tente de réveiller les consciences sur le danger que court l’humanité face à la technologie sous toutes ses formes.

Kaczynski milite pour un arrêt complet et définitif de la recherche et de l’industrie technologiques, sans aucune exception
. Cet arrêt qui ne peut pas s’opérer selon lui autrement que d’une manière révolutionnaire devra permettre à l’humanité de sauver ce qui peut l’être encore.

La destruction qu’il appelle de ses vœux est rien de moins que celle de notre mode de vie actuel. Cette radicalité intervient dans le débat écologique comme pour dissiper les brouillards et les demi-mesures : Kaczynski nous pousse à choisir notre camp.
Source : http://www.akribeia.fr/product_info.php/products_id/1036?osCsid=c948e8170d9b71e2b1b94164e6901c7e


Dernière édition par JOHN le Lun 5 Jan 2009 - 17:15, édité 1 fois
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